Les fidèles du Boukornine

samedi 30 août 2008

Les vieux


Les vieux gardent toujours ce sourire que leurs rides figent. Ils voient tout au ralenti. Ils n’arrivent plus à rêver, d’avoir tellement vécu d’expériences époustouflantes.

Ces mêmes vieux ne sortent plus beaucoup et quand l’envie de changer d’air se fait sentir, il leur suffit de fermer les yeux et de ruminer la belle époque, celle de leurs vingt ans, celle de l’insouciance et celle où ils vivaient vraiment sans penser à ce que le lendemain leur réservait.

Aujourd’hui ils sont en plein lendemain. Ils savent désormais ce que leur cachait leur destin.

Les vieux attendent ne sachant vraiment ce à quoi ils aspirent. Les tares se multiplient, la dialyse du dimanche, l’insuline d’avant chaque repas, le vaccin contre la grippe et les analyses répétées. Et pourtant ils gardent le même sourire si attachant.

Ils ont cet humour qu’on sent venu d’une autre ère mais qu’on adore quand-même. Ils ont toujours ce conseil, cette anecdote à raconter. Même si on baille au cours de l’histoire devenant parfois trop longue, on n’apprécie pas moins ces contes qui nous font rêver et qui renferment toujours cette leçon qu’il faut savoir percer entre les ricanements qui entrecoupent la narration.

Ils perdent de temps à autre, de précieuses minutes à vous citer avec précision les étapes de la recette familiale qu’ils se sont transmise de mère en fille au fil des siècles. On n’écoute jamais. On ne fait que hocher la tête par respect et par admiration à ce véritable rempart de la morale, de la tradition et des hautes valeurs qu’est le troisième âge.

Ils me font penser qu’au lieu d’arborer ces t-shirts à l’effigie de la ville américaine de « Dallas » ou d’un quartier de « Washington » nommé « Georgetown » on ferait mieux d’afficher un Gabés ou un Boukornine pour honorer nos aïeux et être fidèles à nos racines.

Fut un temps où nos vieux jouissaient d’un statut très particulier. Dans la rue, quand ils côtoyaient des jeunes quelque soit leur niveau d’instruction, on les saluait, et on baissait les yeux en signe de soumission à la génération qui a fait son temps.

Dans la famille, ils avaient leur mot à dire. Ils pouvaient dire ce qu’ils voulaient, imposer leurs lois aussi insensées soient elles à toute la famille, personne n’avait l’audace de leur faire face même si on savait que la démence sénile les faisaient souvent divaguer.

Les vieux sont là pour colmater toutes les brèches qui menacent l'intégrité de la famille et même si l'oncle ou la tante a envie de se défouler, par respect à la grand-mère elle taira son esprit de vengeance au moins jusqu'à ce qu'on aie enterré le doyen de la famille.

Aujourd’hui, les temps ont changé.

Quand on se marie, dans le contrat de mariage il est clairement stipulé par la femme de nos rêves que le parent est un poids qu’elle ne saurait supporter plus d’une semaine par an. Ainsi, on voit de plus en plus de mères et de pères vivre seuls dans une grande maison ou jetés dans un hospice.

C’est la faute à la mondialisation me dit-on. C’est elle qui nous fait larguer nos joyaux, notre fierté nationale, notre culture et notre identité et nos traditions.

Ils nous ont donné la vie, et fait de nous ce que nous sommes mais l’inflation est telle qu’on ne peut plus se permettre un verre de lait de plus dans la maison. Cette fille qui vient de vous rencontrer a plus d’influence que la femme qui vous a toujours aimé.

Telle est l’ingratitude des nouvelles générations.

Quant à moi, j’ai choisi de travailler dans un hospice pour être enfermé au même endroit que notre culture et dieu que c’est beau d’y être emprisonné !

10 commentaires:

Anonyme a dit…

quel joli choix t'as fait khalil en pensant à ceux qui ont donné un sens à notre existence , eh oui un sens et je défie tte personne qui pourrait nier le fait que leurs anecdotes ne nous ont pas impregné..malheureusement nous oublions parfois à qui nous devons tout ce que nous avons!
Ta gentillesse sera récompensée par une adorable "belle mère" nchallah, lol
(manel)

Gitana a dit…

c'est très touchant ce que tu viens d'écrire là.

kikitou a dit…

Khalil ce que tu a écrit est vrai mais je peux t'assurer qu'il existe encore des femmes et des hommes qui savent apprécier les vieux, les respecter, les chouchouter et même si c'était notre belle mère ou notre beau père, il faut se dire que si c'était ma mère ou mon père.

Mais allah ghaleb, comme tu dis les temps ont changé mais par pour tout le monde heureusement.

Bravo pour ce thème

MAD DJERBA a dit…

Aujourd'hui, j'ai discuté avec un inconnu dans un bus et il m'a donné cette définition : "être vieux, c'est ne plus avoir de projet, ce n'est pas une question d'âge." Quant au respect des jeunes vis-à-vis des anciens, il est toujours là, enfin je crois. Beaucoup de personnes âgées maintenant ne veulent plus non plus être à la charge des jeunes, veulent garder leur indépendance. C'est une nouvelle génération de vieux.

Gerontologie a dit…

Trés bon sujet que tu abordes ici .
un peu tabou et qui dérange.
"Les vieux" ,ennes elkbar ettouensa 2008 sont des gens trés respectables dans nos sociétés musulmanes et tunisienne en particuliers .
Un fait de socété majeur en Tunisie , c'est l'augmentation de l'esperance de vie avec une bonne qualité de vie .

Khalil a dit…

---> Manel
Merci ya Manel! rabbi yoster pour ma future belle mère :)

---> Gitana
Merci beaucoup!
Tu es la bienvenue sur ce blog!

---> Kikitou
Merci kikitou el ghalya!
Heureux de savoir que tu apprécies autant que moi les vieux !

---> Mad Djerba
C'est vrai que les vieux d'aujourd'hui sont différents de ceux d'il y a un demi siècle mais la façon avec laquelle les jeunes les traitent n'est plus la même je peux t'assurer qu'on ne les respecte plus comme avant.
Sinon magnifique définition!

---> gérontologue
l'augmentation de l'espérance de vie avec en plus l'effet à long terme du planning familial... Maintenant il y a beaucoup plus de vieux qu'avant et les proportions par rapport à la société sont beaucoup plus importantes.. En tout cas rabbi yfadhalhomlna!
Et marhbé bik !

kikitou a dit…

Tout le monde est appelé à devenir vieux, aujourd'hui ce sont nos grands parents, demain nos parents et dans un futur proche nous mêmes, alors ne regardons pas que le bout de notre nez mais au delà et comportons nous en conséquence

Anonyme a dit…

c’est l’une des périodes les plus critiques de la vie , si ce n’est la plus critique !
plusieurs facteurs font que certains arrivent à camoufler ce refus de vieillissement, cette tendance à l’isolement, ce sentiment de dépendance, cette impression d’être une « charge lourde » , et admettent que c’est une étape comme tant d’autres , alors que d’autres craquent ! et ça se traduit par des comportement que vous connaissez tous ; des paroles offensives contre les jeunes(ya 7asra ki kenou irrjel rjel w nnse nse)(avec ts mes respects,je ne suis pas d’accord,avec le tps la mentalité change mais pas le sexe))) , une impatience comparée à celle des petits enfants (n7ib tawa tawa walla mouch lazem) , une intransigeance extrême, une autorité incomparable, mais aussi une envie qui découle d’une jalousie , une envie d’être gâtés !!
alors total respect à nos papis et à nos mamies, et évitons autant que possible d’exprimer une irritation quelconque !

je vous invite à réfléchir avec moi ; qu’est ce qui fait que certains s’adaptent plus que d’autres à la vieillesse ?? moi je dirais que l’intelligence et le niveau culturel jouent un grand rôle..
(manel)

Khalil a dit…

très beau commentaire Manel.
Je suis tout à fait d'accord. Les vieux se réfugient souvent dans le dénigrement des nouvelles générations comme pour se consoler de n'en plus faire partie...
Quant à l'adaptation, elle dépend de beaucoup de facteurs qui n'ont pas beaucoup à voir avec l'intelligence à mon avis. C'est plutôt une question de conscience et d'acceptation. Quand on est conscient de sa vieillesse et qu'on ne refuse pas ce phénomène biologique, on vieillit mieux..

Anonyme a dit…

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