Les fidèles du Boukornine

lundi 3 mars 2008

Profils: Mohamed le maçon d’avant

Un spectacle désolant m’a anéanti en ce jour si ensoleillé pourtant. Mohamed jeune homme de 23 ans, maçon depuis sa tendre enfance. Il avait côtoyé les briques et le ciment quand les enfants de son âge jouaient au Lego. La raison d’être de son âme demeurait, le sourire dessiné sur les lèvres de sa mère quand il lui ramenait un couffin plein de fruits et légumes une fois par mois, quand sa misérable paye le lui permettait.
Un jour qui paraissait comme tous les autres l’a fait basculer du haut d’un toit de quatre étages et avec son corps a basculé toute sa vie. Il a été ramené aux urgences dans une voiture non médicalisée, avec tout ce que cela implique de déficits surajoutés accompagnant chaque virage pris par le véhicule. Après un examen minutieux, le diagnostic fut posé : c’est une luxation des septième et sixième vertèbres cervicales. Sa moelle en fut comprimée. Et son influx nerveux interrompu. Ses neurones souffraient énormément, mais il faut dire, pas autant que sa pauvre mère. Elle venait le voir tous les jours, du matin au soir. Ils ne s’adressaient pas la parole. Ils ne pleuraient pas. Ils avaient conçu un nouveau langage où le seul mode était la souffrance et l’unique règle grammaticale était le chagrin. Il attendait très vaillamment qu’on lui fasse cette foutue intervention chirurgicale dont l’immense succès serait qu’il puisse un jour s’asseoir convenablement sur une chaise roulante. A son âge, il est très difficile qu’il jubile de se voir sur son siège pour handicapés. Et pourtant, tu ne percevras jamais dans ses yeux une goutte de désespoir. Aujourd’hui, je me suis trouvé face à lui et je n’ai rien pu lui dire. Il n’y avait tout simplement rien à ajouter. Je m’étais, seulement pour quelques minutes, joint à leur langage pour exprimer ma sympathie. Je prierai pour le voir un jour plus souriant, c’est tout ce que je pourrais faire pour l’aider. C’est sûrement pour chasser la tristesse du monde de mes semblables que j’ai choisi ma voie.
Je rêve déjà du jour où j’y arriverai !

2 commentaires:

Anonyme a dit…

je prie aussi pour que tu y arrives.

sawsen a dit…

g toujours su que tu as un coeur gros comme tt