Les fidèles du Boukornine

samedi 15 septembre 2012

La prise d'assaut de l'ambassade US, une autre lecture




Avant toute chose, je tiens à exprimer toute ma solidarité avec les diplomates américains et à condamner fermement les tristes évènements auxquels on a assisté, impuissants, sur les écrans de télévision. 

Je ne reviendrais pas sur l'incroyable désorganisation des forces de l'ordre résumée à merveille par Ali Laârayedh, le ministre de l'intérieur à la télé, le soir même en disant: "On les attendait par devant, ils nous ont pris par derrière". (Non ! Ce n'est pas une blague, malheureusement.)

Je ne reviendrais pas non plus sur la culture de la mort qui dicte aux adeptes de de Abou Yiadh et de Abou Ayoub de semer la terreur là où ils passent.

Toutefois, dans ce billet j'essaierai de comprendre ce qui pousse certains des manifesants d'hier à être aussi violents, loin de toute idée de justifier la barbarie de ce qu'ils ont perpétré. 


Ceux qui ont suivi les évènements qui ont accompagné l'exposition de El Ebdelleya savent déjà que ceux qui descendent dans la rue après les atteintes au sacré ne sont pas exclusivement des salafistes.

Ces barbus sont certes majoritaires mais ils arrivent à embrigader des centaines d'autres jeunes qui ne sont pas particulièrement pieux mais qui ont accouru pour répondre à l'appel des salafistes.

Il s'agissait hier, comme lors des évènements sanglants qui ont suivi l'exposition artistique d'El Ebdelleya, de manifestants chômeurs, miséreux pour la grande majorité qui ont fait preuve d'une violence inouïe. 


Ces tunisiens vivent dans la précarité et ne voient pas le bout du tunnel. 

Pour oublier la morosité de leur quotidien et l'absence totale de perspectives, ils se shootent à la religion, une sorte d'antidépresseur, de soupape de sécurité. 

C'est pour ça qu'il faut s'attendre à ce qu'à chaque fois que cette soupape saute, c'est tout le malaise social qui resurgit. Des gens prêts à se sacrifier que même la pluie de gaz lacrymo ni les tirs de sommation n'arrivent à dissuader de tout saccager.

 Il faut voir les vidéos publiées hier des incidents, d'aucuns commencent leurs déclarations par "Je suis chômeur, w hamdoullah !", c'est pour ça qu'au terme de la manifestation, une fois le chaos installé, Ils avaient oublié ce pourquoi ils étaient là, même les barbus les plus "pieux", et se sont rués pour amasser le butin et piller l'école américaine et l'ambassade. 

Ils sont alors rentrés fièrement arborant leurs trophées de guerre. 

 Leur guerre n'est pas contre les américains au fond, mais contre la pauvreté, les abus de pouvoir de la police, l'inégalité des chances et contre la faim, surtout..

 Du temps de Ben Ali, où faire la prière du Fajr à la mosquée était considéré comme du terrorisme, cette soupape de sécurité était le football. 

D'ailleurs je me rappelle bien d'un certain 8 avril 2010, où j'étais dans les gradins du stade d'El Menzah et où j'ai assisté in vivo à une explosion spontanée des supporters. 

Personne n'avait compris. Même pas les policiers. 
Il faut dire que les contrôles à l'entrée du stade se faisaient de plus en plus violents et méprisants, ce jour là, la providence avait choisi que le Club Sportif d'Hammam-Lif marque trois buts à l'Espérance de Tunis et de là ont commencé les hostilités. 

Des images dignes d'une guerre, j'en garde des souvenirs impérissables. Le stade fut fermé pour travaux dés la fin du match, pour vous dire l'ampleur des dégâts matériels. N'en parlons même pas du nombre des blessés et de leur gravité...

Mais depuis, il y a eu le printemps arabe et surtout le huis-clos qui a privé ces jeunes en détresse de leur "soupape de sécurité". 

 Tout est lié en Tunisie: Chômage, humiliation policière, coupures d'eau et d'électricité, cherté de la vie... 

 Je rappelle que des dizaines de tunisiens fuient leur pays quasi-quotidiennement au risque de mourir ou au mieux de se faire expulser en arrivant en Italie.

Les gens ne font pas ça pour le plaisir, voyez-vous. 

Hier, ce n'était pas de l'antiaméricanisme qu'on a vu en direct dans ses formes les plus sauvages devant l'ambassade américaine, mais plutôt la détresse d'une jeunesse en pleine implosion sociale. 
D'ailleurs je vous garantis que la majorité écrasante des agresseurs donneraient ce qu'ils ont de plus cher pour se rendre aux Etats-Unis pour. 

Je répète que je n'excuse en rien les crimes d'hier et que les faits n'en sont pas moins condamnables. 
J'espère que la justice prononcera des peines exemplaires à l'encontre des agresseurs.

Mais ce la ne suffira si on veut réellement éradiquer cette barbarie de nos terres et guérir la cause de mal et non refiler un traitement symptomatique en se voilant la face sur la maladie elle-même, comme toujours.

4 commentaires:

Maalej Walid a dit…

Un sandwich, un paquet de cigarettes ou un billet de 10dt... Presque rien pour les recruteurs mais bon à prendre pour ces jeunes qui vivent un mal-être profond, cherchant leur place dans ce pays qui ne cesse de les ignorer et qui leur promet inlassablement monts et merveilles alors que rien n'apparait à l'arrivée..
Le pire, c'est que ceux qui dirigeaient ces milices hier mettaient les plus jeunes devant, en faisant des boucliers humains...

moncef a dit…

c'est bien comme analyse mais il ne faut surtout pas oublier que les pauvres et les non instruis sont toujours manipuler par les riches et les politiciens pour leurs intérêts de plus on ne peut jamais les faire disparaître, réduire l’écart sociale oui,instruire les maximum des Tunisiens possible mais leurs apprendre le civisme c'est le point d'interrogation

Rabah a dit…

Pensez vous qu'un régime dictatorial et théocratique va œuvrer pour améliorer les conditions sociales, économiques et culturelles de ces milliers de jeunes chômeurs dont la seule soupape de sécurité est le recours à la violence? La volonté d'éradiquer le mal n'est pas dans l’intérêt de ces régimes elle va à l'encontre de leur pérennité.Un peuple cultivé, prospère et civilisé constitue un obstacle à leur gouvernance.Ils le savent et vont continuer à manipuler et embrigader ces masses pour subsister au pouvoir.

zou a dit…

même si je trouve l'analyse juste, je suis écoeuré de lire ta compassion (pour ne pas employer un terme blessant) avec les américains. En plaçant les américains devant des tunisiens (qui sont morts).
Tu participes à la scission entre tunisiens. Tu essaie de montrer ta compassion avec ces gens désoeuvrés, mais au fond de toi...