Les fidèles du Boukornine

vendredi 30 septembre 2011

Leena Ben Mhenni, voilà ce que je pense de toi...



Leena, on s'est jamais attardé dans une discussion. Sauf une ou deux fois peut-être. Mais voilà ce que je pense de toi.

Je n'ai jamais supporté le style avec lequel tu écris.
Que veux-tu ? ça ne passe pas... J'essaie de te lire, mais je n'y arrive pas. Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir essayé...
Sauf quand tu écris pour les GlobalVoices... Peut-être que c'est parce que c'est en anglais. Et ma connaissance de la langue de Shakespeare est un peu moins que rudimentaire.

Leena, je ne te cache pas que je n'ai jamais réussi à t'écouter plus d'une minute. Les interminables "eeeeeeeeuh" et autres "euuuuuuuuuuuh" pour pondre à la fin des réflexions pas si brillantes que cela... J'ai peut-être un peu mieux à faire.

Leena, quand tu parles aux médias étrangers et que tu commences tes phrases avec: "Le peuple tunisien veut..." ça me met hors de moi. Tes idées ne représentent que ta personne, ça tu devrais le savoir.

Leena, quand je tombe par hasard sur ta voix en changeant de station radio, je passe à la suivante sans tarder. Je me dis qu'un jour, je t'écouterai, mais pas aujourd'hui ! Parce que j'ai mieux à faire !

Leena, quand j'ai appris que tu a écrit un livre, je suis resté bouche bée. Tu n'es même pas capable de me retenir l'espace d'un texte d'une dizaine de lignes, il me faudrait plus d'un siècle pour terminer ton livre, je pense, non sans me forcer.

Cependant, Leena, il me serait impossible de passer outre ton combat.
Tu étais l'une des rares à bloguer sous ton vrai nom. A parler aux médias étranger, à militer, à afficher clairement tes positions sans craindre les représailles d'un régime sans merci.
Tu es sortie dans la rue, comme nous tous. Mais sous ton vrai nom et non sous un pseudo comme c'est le cas de la plupart d'entre nous.

Leena, je pense que tu n'as pas beaucoup de talent mais que tu as donné sans compter pour une cause qui nous concerne tous au péril de ta vie.
Leena, je pense que tu mérites toutes les distinctions du monde. Si on nous annonce que tu es prix Nobel de la paix je serais au moins aussi heureux que toi.
Après tout, Shamon Perez et Barack Obama n'ont rien fait pour la paix au moment de leur consécration et toi, tu as collaboré à nous rendre plus heureux et un peu plus libre quand-même.
Leena, je t'aime bien, parce que tu es une blogueuse tunisienne libre et émancipée.

Mes sincères amitiés ! 

La mascarade électorale




Quand tu récites un mawel, que l'écho te répond aussitôt et que les étoiles semblent vaciller d'ivresse. Quand tu bois et tu rebois, hélas, en vain ! Qu'à la longue, finissent les canettes et se tarit le vin.

Comment t'expliquer ?  C'était trop beau pour être vrai.
Il y avait tout le monde dans la rue. Il y avait des matraques et du gaz lacrymogène à tous les coins de rue.
Mais personne ne pleurait.
Comment t'expliquer ? C'était magique.
Je regardais les bourreaux de la police dans les yeux dans une danse jubilatoire où la chorégraphie était si parfaite pour faire valser la dictature et terroriser le despote.

Comment t'expliquer ? J'étais naïf. Mais peut-on rêver sans être puérile ?
Je regardais le drapeau tunisien pendant des dizaines de minutes, le regard vide, en écoutant en boucle "can't take my eyes off you" interprétée par la magnifique Lauryn Hill.

Qui osait croire qu'on allait nous refaire le scénario de 87 ?

Et puis, il y a eu la contre-révolution. Et comment t'expliquer ? On s'est fait baiser.
Il n'y a pas d'autres mots.
On a chopé toutes les Maladies Sexuellement Transmissibles que Dieu a pu créer et même les autres.
On a eu mal au cul. Mais on s'est assis quand-même pour tenter de reprendre un souffle coupé à coups de cutters.

Et puis vint la mascarade électorale. Et puis vint les Kamel Ltaief, Kamel Morjane, les Mohammed Jegham, les RCD bis, Larbi Nasra les terroristes d'Ennahdha amnistiés de je ne sais quel droit et autorisés rien que pour nous faire payer.

Et puis il y a eu le pôle démo, cette secte de zombies qui te sortent de partout croyant détenir la vérité absolue. Ces raëliens qui feraient mieux d'aller se rhabiller.
Et puis il y a eu l'UPL, Ennahdha, Ettakattol et les voix achetées.
Et puis il y a eu ce peuple manipulable, mené en bateau et trahi par tout le monde, matraqué par les mensonges où qu'il étende le regard.
Et puis il y a eu le CPR trimbalant sa paranoïa à la con et ses putains d'alliances stratégiques.
Et puis il y a les rumeurs, les calomnies, l'amalgame, l'ignorance et les campagnes de dénigrement.

Et puis on nous a demandé de nous inscrire et on a payé le prix fort pour la campagne publicitaire avant de nous confier que de toute façon on était tous inscrit.

Et puis les scandaleuses écoutes téléphoniques de Ltaief rendues publiques qui n'intéressent pas les médias puisque cette pourriture détient tous les pouvoirs et contrôle tout le monde.
Et puis à Kamel Morjane d'affirmer l'air de rien qu'il a effectivement édité des passeports diplomatiques pour les Ben Ali datés du 16/1 et qu'on pouvait rien lui faire de toute façon. Putain de pays où il est permis d'avouer sa traîtrise impunément.

Et puis cette justice à deux balles qui fait de la figuration.
Et puis cette révolution à laquelle on a cru et qui nous a anéanti.
Et puis on nous parle d'élections. On nous chante que "Enti essout"

Et puis je vous confie, de vous à moi, que je crois plus à une éventuelle révolution dans les prochains mois qu'à cette mascarade électorale qui coûtera au contribuable un peu moins de 10 millions de dinars.
Un peuple naïf et opportuniste. Des hommes politiques plus véreux que jamais. Des partis qui convertissent nos voix en dollars. et moi je suis là à parler à un ciel inerte...
Pauvre de moi, je suis devenu fou. Fou de toi... Fou à cause de toi... Tunisie en perdition...

lundi 19 septembre 2011

قلم الرصاص الحي



إسمي بوقرنين.
ساعات نضحك والقلب ينين
على شعب داسوا كرامتو سنين،
ولسلبو ونهبو يأتيهم الحنين.
حبوا يقضيو عليه وهو في كرش أمو جنين. 


ندون كي ندوان
وندوان كي شعبي يتألم.
نحكي وما نخافش ضربة مقص وبلسان المجموعة نتكلم.
مرة نقول الصح مرة نزيد فيه ومرة نفلم. 

حكاية بدات ثلاثة سنين لتالي.
قلت نكتب ولا أبالي.
لا يوجد فرق إذا مت هرماً أو بعد اغتيالي.
والمهم نزيد خدمة لعمار البوهالي.

ثلاثة سنين، ساعة حلو ساعة مر.
البلعة ماء زمزم والكمية خمور.
المهم ديما ناشط ولا مكان للخمول.
نكتب ديما في الفجاري وفي
الصباح نقوم مثمول. 

ثلاثة سنين فيهم الرديف، بن قردان وبوزيد الغالية،
حبوا يخمدوا كلام الحق بالدمومات الجارية،
قاملهم شعب ينادي بمعرفة الحقيقة عارية. 

ليوم كيما سنصرني عمار
 أقسم أن أبقى في قلوبكم المرضى مسمار
ومن نشر الدمار لن يحصد أبداً العمار 


Ce texte a été publié le 29 décembre 2010 sur ma page facebook après la censure de ce blog. 

jeudi 15 septembre 2011

Pour elle...





Pris au piège dans son sourire. Je ne me débats point. Je ne cherche pas à fuir. C'est à travers elle que je m'évade.

Je vois dans ses yeux la violence du syndicalisme, et la délicatesse d'une transition démocratique dans un pays trop attaché à ses valeurs tiersmondistes.
Pour ce qui est des élections, j'ai déjà un parti pris pour son visage.
De l'extrême gauche à l'extrême droit et même d'un point de vue centriste, elle me fait rêver.
Ni régime parlementaire ni présidentiel. Sa taille de guêpe n'a nullement besoin de régime.
Ses traits sont musulmans, sa dentition chrétienne, sa chevelure juive et son sourire sioniste. Me concernant, je dois avouer que "I laïque"

Le Bon Dieu vit dans l'éclat de son regard. Et moi, je crois en Dieu. Le créateur et la création se confondent en l'espace d'un clin d'oeil magique qui résume en un instant des millions d'années, des civilisations entières. 

Tenir la main de ma resplendissante demoiselle, la regarder en silence avec des yeux baignés d'émotion, espérer secrètement être encore là quand les rides plisseront son visage. C'est ça l'amour, mon fils ! 

Au clair de lune et de son triste reflet sur le port de Sidi Bousaïd... Je bois ses paroles calmement, religieusement. Je m'enivre de la musicalité de sa voix. Sa classe princière m'étourdit. Je ne vois plus qu'elle. 
Le monde s'arrête de tourner. Le monde se tait un moment pour laisser aux deux âmes sauvages le bonheur de s'apprivoiser. 

Une brise marine vient titiller les sentiments et attiser le feu de leur passion.
Les étoiles se regardent timidement, un léger sourire au coin des lèvres comme pour dire leur immense honneur d'assister en direct à la naissance d'une légende. 

"J'ai fait ce rêve étrange où je suis tombé sur de très beaux diamants, où j'étais devenu un homme à la richesse inestimable. En me réveillant, j'ai pu comprendre que ce trésor qui m'est arrivé par enchantement c'était toi !"

Elle sourit, ne dit mot.
Le Boukornine, qu'on devine au loin dans cette nuit automnale à la chaleur collante, semble plus que jamais majestueux, plus que jamais heureux, plus que jamais fier de son enfant. 

Une tasse de thé aux pignons fit soudain, irruption dans ce rêve qui a pignon sur rue.

Puis, dans cette spiritualité ambiante, ces deux êtres souriants se levèrent, se prirent la main et s'éloignèrent, s'enfonçant doucement dans l'inconnu. 
Depuis, je ne les vois plus, mais ce flou, vois-tu mon enfant, c'est ça l'amour...  


mardi 13 septembre 2011

La révolution médicale, c'est pour très bientôt !




Je suis un jeune interne en médecine révolté par l'état des lieux de ce secteur pourri jusqu'à la moelle !

De jeunes internes, comme moi, sont en train d'être sauvagement agressés tous les jours dans les différents centres de soins du pays dans l'indifférence la plus totale.

Un policier qui brandit son arme sur les résidents et internes à Ben Arous, un patient qui défonce la gueule d'une résidente aux urgences ORL de l'hôpital Charles Nicolle, une interne qui à défaut d'un coup de pouce reçoit des coups de poing aux urgences de la Rabta, une interne qui frôle la mort de justesse lors d'une agression au CAMU, une interne et une résidente férocement pris à partie par une patiente au service de gynéco de Ben Arous.... Et j'en passe !

Tous ces évènements ont eu lieu il y a moins de deux semaines.
La violence est notre pain quotidien.
Tous ces incidents ont eu lieu sans que des poursuites ne soient engagées et dans la parfaite insouciance de nos seniors qui se disent pourtant affectés mais qui reprennent, après un léger soupir, le cours normal de leurs vies.

On est des êtres vivants ! Si c'étaient vos gosses qui se faisaient tabasser vous feriez quoi dis-donc ?!
On est arrivé à un point où les victimes de ce genre d'agressions ont honte d'en parler ou de porter plainte.
Je me suis déplacé à maintes reprises pour parler avec des confrères et des consoeurs qui ont été violentés et je puis vous dire que c'est la loi du silence.
Il n'y a pas de honte à réclamer son du  ! Il n'y a pas de honte à gronder pour exiger que notre dignité ne soit plus bafouée, d'autant moins avec si peu de scrupules et tellement d'impunité !

J'ai déjà publié sur ce blog la vraie histoire de l'incident de Ben Arous. (Cliquez-ici ) Depuis j'ai été contredit par les mensonges du torchon électronique "Attounissia" et par un communiqué du ministère (cliquez-ici).

Après quelques jours le ministère appelle, je cite: "les citoyens à aller protéger les centres de soin" (cliquez-ici) et puis, le conseil de l'ordre, plongé depuis je ne sais quand dans un mutisme inquiétant nous pond un communiqué qui condamne très timidement les faits alors qu'ils devraient penser sérieusement à s'alarmer !

On se moque de nous.
Les seniors sont vautrés tranquillement dans leurs fauteuils moelleux, bien au chaud alors que nous risquons quotidiennement nos vies. Ils se contrebalancent de ce que nous indurons.

Le ministère s'en fout royalement si tu te fais tuer dans l'exercice de ton métier. Au pire, il sortira un communiqué où il présente ses "sincères condoléances" à ta famille qui aura perdu un enfant qu'elle n'a pas vu grandir parce qu'il était trop occupé à préparer ses innombrables et interminables examens !
De toute façon le climatiseur marchera toujours dans les bureaux, le jeu solitaire sera toujours d'actualité, on se tournera toujours autant les pouces et la terre continuera de tourner !

Personnellement, j'ai été victime plusieurs fois aux urgences de menaces de mort sans que personne ne bouge le petit doigt.
Etant un enfant de la banlieue sud au sang chaud de nature, à la culture populaire et au verbe acerbe, j'ai su en venir à bout tout seul comme un grand avant d'initier une grève qui aurait pu me coûter très cher, en désertant les urgences appuyé par une pétition de plus de trois cents signataires.
C'était en solidarité avec une amie, interne, qui s'était faite gifler par une patiente sans que l'interne en question n'ait pu porter plainte. (Menaces, pressions...) (Cliquez-ici)

Aujourd'hui, il n'est plus question de se taire ! Il faut employer les grands moyens !
Jeunes médecins, l'heure est grave !
Si aujourd'hui c'est ton confrère qui mord la poussière, demain ce sera ton tour ! Si tu ne te bouges pas le cul maintenant, personne ne viendra te porter secours quand on te fracturera le mandibule à coups chaises qui volent et de tables qui se déposent sur ton faciès !

Le Syndicat des Internes et Résidents de Tunis organise une AG ce mercredi à l'amphithéâtre du service de médecine légale de l'Hôpital Charles Nicolle pour discuter d'une éventuelle action commune. (Cliquez-ici)

Dans notre secteur, il y a plus d'un problème. La pourriture est telle qu'on se demande si c'est récupérable. Mais rassurez-vous, on ira jusqu'à l'amputation, si tel est la volonté divine.
On est les seuls à pouvoir révolutionner notre secteur. Assumons notre responsabilité historique !
Pour l'heure, il y a extrême urgence aux urgences !
Commençons par le plus élémentaire à savoir réclamer des conditions de travail dignes...
Le combat continue mais la révolution est en marche !



samedi 10 septembre 2011

Vous voulez la démocratie ? On va vous faire payer !






La démocratie... La souveraineté du peuple... "le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple" comme dirait Abraham Lincoln.

On en a tellement rêvé, qu'un jour, le rêve s'est fatigué et a légué nos espoirs trop encombrants à la réalité.
108 partis politiques se disputent maintenant 217 sièges pour rédiger la nouvelle constitution tunisienne et écrire par la même occasion un des passages les plus importants de ce "petit pays d'Afrique du nord".

Depuis, on n'a de cesse de nous le faire payer.
Les coups d'état policiers se multiplient avec des insurrections et des désertions de policiers qui croient (peut-être tristement à raison) avoir le droit de vie ou de mort sur cette nation qu'ils ont opprimée depuis des décennies.

Les forêts prennent feu simultanément dans des circonstances mystérieuses emportant des centaines d'hectares de paysages pittoresques et d'oxygène, faut-il le rappeler.

Pour peu qu'une question sérieuse soit discutée, le tribalisme éclate comme par magie, par ci et par là obligeant le gouvernement à faire du chantage.

On vous offre la sécurité en contre-partie de votre droit de manifester !
Si par malheur, une bande "d'irresponsables" ose quand-même défier les lois du Béji le Tout-Puissant dans une manifestation pacifique ! C'est la guerre annoncée !

Après avoir décimé les quelques dizaines de manifestants effarés, dans la nuit, surviennent des braquages, des prises de villes par des salafistes.

Le tunisien lambda qui n'a jamais rien demandé à personne, en arrive même à regretter Ben Ali ! Et ce n'est pas un cas isolé !
"Au moins il nous offrait la sécurité !"
"On ne mérite pas la démocratie !"
Que de conneries, n'ai-je entendu.

Et puis, au moment où l'on s'attendait le plus à des candidats pour les élections. On nous gratifie de Candida Albicans (qui est un champignon opportuniste polyvalent).
Des footballeurs, des RCDistes confirmés, des chanteurs de cabaret, des incultes en somme à qui on demandera d'écrire une belle page de notre histoire, eux, pour qui aligner trois fautes en un seul mot ne relève nullement d'un exploit.

Et on nous sort la fameuse histoire du référendum, juste avant la campagne électorale. Ils investissent les médias, ils nous sortent les arguments qui plaisent. Ils misent sur la peur du tunisien moyen.

On a voulu vraisemblablement nous dégoûter de cette démocratie dont on a si longtemps rêvé.
Malheureusement pour eux, on bataillera à corps défendant pour que la date du 23 octobre ne soit pas reportée à nouveau.
Pour la première fois de son histoire, le peuple tunisien aura le choix.
Quels que soient les choix de la majorité, il faudra respecter.
Honte à vous, contre-révolutionnaires acharnés ! Si vous aviez servis votre pays avec autant de conscience, on serait un pays développé.
Cela dit, vous avez choisi votre camp. L'histoire ne vous le pardonnera jamais.
Un de ces quatre elle vous chiera comme elle a fait avec votre saint-patron !
Et croyez-moi, on sera son laxatif ! 

lundi 5 septembre 2011

Dans mon pays, il fait noir...









Il y a des mots balbutiés dans le noir, dans la douleur, au beau milieu d'une beuverie, avec les yeux qui pétillent, fixant une étoile précisément comme pour y accrocher l'infime espoir restant après que les immenses rêves se soient écartelés par les manigances des contre-révolutionnaires.

Ne m'en voulez pas si ce soir, j'ai juste envie de partager avec vous ces larmes, d'un gosse qui se réveille pour trouver qu'on vient de lui voler le joujou pour lequel il vivait, le mien s'appelle liberté.

Vous avez envie de partir ? Trop de pudeur pour partager tout ce désarroi avec un blogueur que vous ne connaissez même pas ? Restez quand-même.
On croit connaitre des gens qui s'avèrent au bout de quelques années comme étant de parfaits inconnus, alors de grâce arrêtez de tergiverser !

Je veux rendre hommage à ces soirées passées à sécuriser nos quartiers dans un froid de canard au péril de nos vies pourtant loin d'être miséreuses. Il faisait tout noir, mais nos visages étaient illuminés !
Quand je postillonnais, le poing levé, élevant la voix pour expliquer ce que je connaissais de la politique et des différentes révolutions qu'a connues l'humanité à ces jeunes incultes qui m'entouraient avec leurs regards intéressés, quand je chantais à pleine voix dans la rue, quand on partageait au delà des repas, des jus préparés à la maison, ces accolades fraternelles avec des gens que tu n'osais même pas saluer la veille.
Quand on sortait manifester dans les rues lacrymogènes de Tunis, ce centre-ville qui fut et restera à jamais mon plus grand amour, pour y avoir passé une très belle adolescence.
Quand du temps de Ben Ali, je rentrais le soir de mes aventures rocambolesques tunisoises matinales, pour regarder le ciel, l'étreindre et l'implorer avec insolence et piété. Comme pour lui dire que de toute façon on y arrivera, avec ou sans lui...
Quand on rêvait de mourir en martyrs pour la liberté.
L'univers entier nous enviait nos rêves insouciants, notre fougue incommensurable et notre effroyable sens du sacrifice, prêts à dévorer toute entrave à notre révolution.

Aujourd'hui, nous nous retrouvons avec des braquages à tous les coins de rue, à toute heure, des forêts qui ont cette formidable aptitude à l’auto-combustion simultanée, ces barbus qui imposent à des gens tolérants et ouverts depuis des siècles des lois venues de pays où l'on ne vit pas, ces policiers réservés exclusivement à la répression des manifestations légitimes et pacifiques et ce tribalisme qui éclate et s'estompe comme par magie par ci et par là comme pour nous sommer de calmer nos ardeurs, de baisser nos pantalons et de revenir dans nos tanières et de laisser les corrompus et les truands achever notre "révolution" sous les acclamations de la "majorité silencieuse" qui nous qualifie de délinquants.

Aujourd'hui, avec cette âme de révolutionnaires en herbe arrivée à bout de souffle, mordant la poussière, ne se levant plus que pour mieux trébucher, laissez-moi pleurer.
Parce que les hommes pleurent, de ces larmes qu'il serait criminel de brimer, ces gouttelettes qui s'insinuent pour creuser un visage à la mimique figée, sous le regard compatissant de cette étoile à laquelle on s'agrippe pour ne pas sombrer.


Sous les murs de ma ville sainte assiégée, de ma Jérusalem encerclée, de mon Andalousie attaquée, de ma défaite annoncée, de ma fierté submergée, de ma liberté bâillonnée et de ma dignité massacrée.
Mon âme pleure des larmes d'hommes, une tristesse de guerriers dont la témérité n'est plus à prouver, doués d'une persévérance à toute épreuve.
Dans mon silence, dans ma solitude, surgit ma haine farouche des journalistes et des politiciens à qui le peuple a offert un cadeau aussi inespéré qu'immérité.
Trop occupés à faire chanter les hommes d'affaires pour les premiers et le pauvre peuple malheureux pour les seconds, ils nous ont abandonné une énième fois. La fois de trop...

J'entends les bombes pleuvoir de toute part, les femmes crier et les enfants pleurer. Je vois des hommes fuir en toute lâcheté.
Je n'ai pas peur, j'ai juste une douleur qui m'afflige.
Je ferme les yeux, étend mon index et récite l'attestation de foi, me lève vaillamment, regarde une dernière fois mon étoile qui scintille et court vers ma destinée.
Ils veulent ma liberté, ils veulent mon droit de rêver.
Ils devront me passer sur le corps... 

samedi 27 août 2011

La police fait la loi aux urgences de Ben Arous !




Hier, le 26 août 2011, plus de sept mois après la révolution tunisienne, une semaine après le départ inopiné de Sofiene Chaâri et faut-il le rappeler, prés de deux mois après mon anniversaire, un policier a brandi son arme en direction d'un résident en médecine, pauvre "bac + 11" coupable de soigner des malades avec tout le désintéressement du monde dans des conditions inhumaines.

L'histoire s'est déroulée au trauma centre de Ben Arous à 14h.
Trois heures plus tard, je suis réveillé au beau milieu de ma sieste par un coup de téléphone. Un ami qui a été témoin de l'affaire, m'en parle, tout remonté, terrorisé même !
Je vérifie, appelle une dizaine de personnes. L'information se confirme.

Vers 14 heures, les consultants s'agitent dans la salle d'attente des urgences de l'Hôpital de Ben Arous.
Le résident d'orthopédie présent sur les lieux demande à l'agent de sécurité de faire sortir les familles à l'autre salle d'attente pour qu'il puisse examiner les patients dans de bonnes conditions.

Mais un homme habillé d'un jean et d'un tee-shirt refuse de sortir.
Devant l'insistance du "SOGEGAT" à faire appliquer la loi, il sort son flingue qu'il avait soigneusement caché, le charge et braque ces hommes en blouse blanche qui ont eu la malheur de sacrifier leurs vies pour que les citoyens se sentent bien.

"Vous faites moins les malins maintenant !  Vous voyez l'hôpital de Ben Arous ? Il suffirait que je ramène huit personnes et on le brûlera en entier bande de bâtards !"

Cependant, et comme on est dans un pays où la loi est au dessus de tout le monde, le policier rentre comme si de rien n'était.
Au départ, c'est un autre policier qui était venu le délivrer des griffes de ces citoyens "cagoulés" "sauvages" qui voulaient que justice soit rendue.
La foule s'excite, les esprits s'échauffent et on retient le policer jusqu'à l'arrivée des militaires...
Sauf que ces derniers surprendront tout le monde en laissant repartir le policier les mains détachés sans même le conduire au poste...

Esprit fraternel ramadanesque me diriez-vous ? Même si c'était le cas, laissez-moi en vomir...
Le directeur de l'hôpital est venu calmer les esprits. "C'est rien..." lance-t-il amicalement au policier cowboy à ses heures perdues.

Il y a des caméras de surveillance qui ont tout filmé. Espérons que les cassettes ne seront pas dérobées pour couvrir ces criminels !
A l'heure où j'écris ces quelques lignes, le Syndicat des Internes et Résidents de Tunis a été contacté et une action serait en train d'être entreprise à l'échelle nationale.

On savait qu'il n'y avait aucune reconnaissance face à tout le mal qu'on se donne pour rendre le sourire aux corps malades.
On savait que la fréquence des agressions dont font l'objet les médecins sont en nette recrudescence.

On savait que l'unique satisfaction dans ce métier était purement morale avec les "yer7am waldik" reconnaissants de patients soustraits à la maladie et réofferts à la vie.

On ne savait tout de même pas qu'on avait le droit de dégainer son arme et de nous braquer impunément. Un insigne est-il un passe-droit ?
Il faut savoir que les médecins n'ont jamais eu de revendications sociales. On n'a demandé que la réforme de notre secteur et que ce genre d'incidents soit réprimés d'une façon exemplaire pour ne pas donner d'idées à d'autres âmes malades.

Affaire à suivre !


Mise à jour du 30/08/11: Le ministère de la santé a précisé qu'il s'agissait d'un agent des services pénitentiaires, que les militaires ont "maitrisé la situation" et qu'une plainte a été déposée par la direction générale de l'hôpital.


Suffisant dîtes-vous ? Laissez-moi rire ! 

dimanche 14 août 2011

Klem Ellil



Je prends mon stylo, pose des mots sans fin, évoque des maux et une faim.

Une fin malheureuse, une fin inopinée, un amer passage obligé pour les âmes en détresse, pour les âmes qui souffrent d'une insatiable paresse, d'une douloureuse absence d’allégresse.

C'est dans la solitude que l'homme devient désespérément créatif. Pourtant, c'est mélangée à ses larmes, que l'homme déverse une poésie d'une infinie puissance, d'un infini courage, d'une sincérité déconcertante, d'une beauté désarmante.

C'est la mort qui donne à la vie tout son charme.
la paix n'est-elle pas autant convoitée par la ménagère de cinquante ans que par le trafiquant d'armes ?
le doute ne trouve-t-il pas son bonheur dans la certitude ?
les courbes de la vie ne se vautrent-elles pas dans la monotonie de la rectitude ?

C'est le doux spectacle des corps déchiquetés d'insurgés morts à la gloire de leur étendard, des têtes décapitées, des membres désarticulés et des testicules délogés qui nourrissent l'abnégation des survivants, leur désir de mourir comme leurs congénères pour l'amour de valeurs désuètes mais ô combien séduisantes.

Il faut dire à l'amour d'arrêter de mentir et de stopper les tirs.
Il est temps que s'arrête la mort et que l'on commence à bâtir.
Il faut évacuer les survivants et réciter des versets à la mémoire des âmes dans le vent.

Le monde part en couille, les corps sont paralysés par la trouille et les idées brillantes usées par la rouille.
Où sont-ils à présent ces chevaliers, ces preux ? Ils ne nous ont laissé que leurs chevaux lépreux...

Il faut dire à la vie, qu'avec ses malheurs, elle nous ravit. Elle nous ravive. Elle nous enivre. Elle nous lessive.
Il faut dire à la vie, que demain nous vaincrons, que demain, du moins, nous irons mieux. Nous sortirons dans les rues, nous danserons sur des airs qu'on connaissait pas. Nous sauterons plus haut que ne le voudrait la gravité. Nous sauterons plus que ne l'impose la gravité de la situation.

Ne jamais perdre espoir, prendre son temps et croquer jusque dans la troisième poire. Se dire que peu importe si ça foire. Puisque finalement, tout sera oublié avant que ne s'achève le soir.


samedi 6 août 2011

La révolution de la "Generation Gap"




Nous sommes la génération du DanUp qui t'emmène très loin (ihezzek leb3id), la génération des jeans Bogart, accoutrement de ceux qui n'ont pas de gout (labset leg3ar), la génération des jeans taille basse, la génération de la voix nasonnée, la génération qui discute les décisions injustes de ses parents quand on trouve que ces derniers ont tort, la génération qui n'a pas de savoir-vivre mais qui sait comme personne apprécier le moment présent.

Nous sommes la génération qui tutoie les dieux, se moque de la mort et vénère l'amour, une génération passionnante mais ennuyée, une génération vivante mais qu'on tentait par tous les moyens d'assassiner.

Nous sommes la génération que certains traitaient d'aliénée, de plagiaire de la débauche occidentale. Nous sommes la décadence des moeurs et on s'en fout royalement. La génération des baisers volés sur les bancs publics. La génération accablée par la loi relative aux outrages aux bonnes moeurs.

Nous sommes une génération qui parle en évoquant ses organes génitaux à outrance même en parlant de religion. Nous sommes la génération de la révolte, une génération intenable, une génération furieuse, une génération haineuse, une génération créative, une génération irrespectueuse, une génération sous-estimée mais une génération romanesque, utopiste et révolutionnaire.

Une génération vulgaire, une génération qui emmerde tout le cosmos, une génération qui hait la police, ces délinquants qui opèrent des braquages à l'insigne. Une génération qui arrose le monde de ses crachats mélangés à des expectorations purulentes. Une génération qui pisse sur les qu'en-dira-t-on. Une génération qui sait où se trouvent les radars automatiques, qui roulent à 170 km/h sur l'autoroute Tunis-Hammamet. Une génération qui dérape à la sortie de l'autoroute et qui frôle la mort avant de reprendre sa route sans aucun répit, l'index en extension en signe d'ultime repentir en vue d'une éventuelle étreinte avec les nuages.

Quand vous, générations précédentes qui vous transmettiez la culture de la castration de père en fils vouliez nous inculquer vos valeurs "sacrées", vous n'y avez vu que du feu.

Nous sommes cette épopée qui a fait rêver le monde et valser les dictateurs.

Quant à vous, bande de déments frappés de plein fouet par la sénilité, vous êtes le peuple de la soumission qui a toujours accepté de vivre sous une dictature avec une suffisance criminelle et un silence complice.

Il faut exploser la tronche aux tyrans. C'est la seule chose que nous comprenons. Nos références ? Le groupe de rap NTM qui chante Nique la police, assassins de la police sur fond de "Non je ne regrette rien" de Piaf.
Oui pauvres losers ! On a dégagé Ben Ali et vous vous êtes agrippés aux vestiges du système pourri de peur d'être dépaysés. Allez au diable bande d'incapables ! Vous avez peur pour l'économie ? Allez en Arabie Saoudite rejoindre votre amour Ben Ali, il vous offrira du boulot.

Quand je commencerai à vous ressembler, je me jetterai du haut d'un pont. 

vendredi 5 août 2011

La mère du martyr





Couverte d’un voile qui laisse entrevoir une frange d’une chevelure teinte au henné…  Mais un voile qui n’a de religieux que l’apparence vu qu’en réalité ce n’est qu’un voile de misère, un voile de sénilité, un voile de tristesse…
Elle a la soixantaine. Pourtant, elle en fait vingt ans de plus. 


Rien ne la retient à cette vie si ce n’est ce résidu de foi en un Dieu qui la rôtirait inévitablement si elle passait à l’acte et se donnait la mort.
Khalti Fadhila est une dame respectée du quartier, on l’estime pour sa bonhommie, pour son sourire figé et tout récemment pour son martyr d’enfant.

La révolution tunisienne… Elle ne veut même pas en entendre parler. Elle a sacrifié malgré elle son fils unique pour que des morveux de Gammarth lisent en diagonale attablés au café journal la deuxième page de Charlie Hebdo.

Pour elle, rien n’a changé depuis Ben Ali. Mis à part, faut-il le rappeler, cet enfant parti trop tôt par une balle perdue qui s’est logée dans sa boite crânienne lui ôtant la liberté de penser et par la même occasion une vie miséreuse mais ô combien précieuse pour cette bonne femme qui n’avait d’autre fortune que les anecdotes de cette progéniture égarée.

Mohammed, ou Hamma pour les intimes, est un jeune qu’on se plait à appeler délinquant rien que parce qu’il roule des joints, rien que parce qu’il boit chaque soir du vin rouge de marque Koudiat, rien que parce qu’il s’en fout de la religion, rien que parce qu’il n’évoque Dieu que pour blasphémer, rien que parce qu’il est édenté, célibataire et perdu à 30 ans, rien que parce qu’il ne correspond à l’idéal tunisien.
Mais sa mère l’adorait.

Après la mort de son mari dans un accident de la voie publique il y a trois ans, il ne lui restait que ce rejeton pour raison de vivre. Aujourd’hui il n’est plus.
Il est l’un des trois cents martyrs « morts pour la révolution de la dignité, la révolution de la liberté, la révolution du jasmin »

Il a quand-même eu droit à des funérailles exceptionnelles où on lui a chantait les larmes aux yeux : « La ilaha ella allah w echahid habib allah »
Même si, juste après,  il a regagné sa place de damné dans ce quartier où l’on ne savait pas pardonner aux ivrognes et encore moins aux présumés hérétiques.
Aujourd’hui, khalti Fadhila, veuve depuis trois ans, mère de martyr depuis six mois vit dans une solitude infernale.

Ce fils que personne ne regrette était l’amour de sa vie, sa raison d’exister, son sourire quotidien, son soleil, sa merveille et paradoxalement, sa fierté.
N’a-t-on pas le droit d’être fier d’un enfant impie ? N’a-t-on pas le droit de s’en battre les couilles de la révolution ? N’a –t-on pas le droit d’en vouloir à la terre entière ? N’a-t-on pas le droit d’espérer que la révolution échoue ?

« Qu’ils aillent au diable avec leurs valeurs suprêmes. Mon seul principe dans la vie, mon seul moment de bonheur correspondait à ces blagues que venait me raconter mon fiston, ivre-mort.  Il ne faisait de mal à personne. »

Aujourd’hui Khalti Fadhila vit un ramadan des plus plaisants. Sous le soleil de kasserine, elle fait le jeûne et se tourne vers Dieu au moment de manger cette seule soupe qui meuble une table pourtant assez conséquente, pour lui dire :
« Toi Dieu qui est si grand ! Toi le Très-Haut ! Toi le Juste ! Pourquoi as-tu pris mon enfant alors que tu sais qu’il n’a rien à voir avec ces idées pourries importées de l’occident ? Toi qui m’inflige le supplice de perdre mon fils, t’a-t-il dérangé, toi dans les cieux, quand il buvait du Koudiat ? Qu’a-t-il fait pour être un martyr maudit ? Ni bien au paradis ni accepté dans ce monde ? Toi, Dieu, je t’offre mon jeûne, ma foi de mère de martyr damné qui voit son cœur mourir tous les jours, prends mon âme, mais ne leur donne pas ce qu’ils veulent avoir. Apporte-leur un autre dictateur ! Je veux qu’ils sombrent dans des querelles sans fin, Je veux que tu leur pourrisses la vie ! Je veux que mon fils ne soit pas mort pour les rendre heureux alors qu’il n’a jamais été un des leur ni n’a jamais vécu pour les faire sourire.  O toi le Tout-Puissant exauce mes prières au nom de tous les martyrs partis pour rien !»

Ceci est le récit d’une malédiction… 

lundi 25 juillet 2011

Ne pas voter c'est cracher sur l'histoire !




Ton équipe nationale jouait à Radés. Dés qu'elle a encaissé un but inattendu contre une équipe nullissime, tu ne t'es pas abstenu de supporter l'équipe adverse et de siffler les joueurs qui te représentaient clamant à qui veut l'entendre que tu étais un supporter exclusif d'un des grands clubs tunisiens.

Ton pays vivait l'agonie sur le plan politique et économique. Tu ne t'en es jamais plaint. Tu te sentais merveilleusement bien, au contraire.

Tu ne connais rien de l'histoire de ton pays. Le 20 mars n'a jamais été pour toi plus qu'un jour férié. Par contre tu attendais impatiemment le défilé  du 14 juillet.

Tu as vécu comme tout le monde, avec beaucoup de détachement le début de la révolution tunisienne. Puis un certain 13 janvier, tu as même eu le culot et le courage de mettre sur ton profil facebook un statut subtile que l'on pouvait interpréter de mille manières mais par lequel tu étais le seul à y voir une critique pour le régime en place.

Plus fort encore, le 14 janvier, tu es sorti devant le ministère de l'intérieur pendant 10 minutes chrono.
Depuis, tu sens que c'est toi qui as fait la révolution et tu répète à tue-tête que rien n'a changé dans ce pays, que le système pourri est toujours en place, qu'il n'y a aucune avancée en matière de libertés et que cette révolution est une arnaque purement et simplement, au moins aussi répugnante que le parfum contrefait offert par Ennahdha: J'aRdore de Abessalem Dior.

Tu te dis que tous les partis sont pourris et calculateurs et qu'ils sont tous à l'affût pour te voler ta révolution.

Sauf que si des gens sont sortis dans la rue sans gilets pare-balle et sans autre ambition que de libérer la Tunisie, c'est pour que des morveux comme toi et moi ayons l'opportunité inouïe de voter.

Si tu ne sais pas pour qui voter, tu sais au moins quel parti tu ne voudrais pas voir triompher. Au pire tu feras un vote blanc. Mais, c'est inconcevable de rater ce rendez-vous avec l'histoire encore impensable il y a six mois.
Pour une fois, tu as la possibilité d'aller voter en ayant l'impression de pouvoir changer le cours de l'histoire de ton pays.
On vivait sous une dictature qui nous empêchait de respirer librement. Aujourd'hui, on a enfin la possibilité d'inspirer l'avenir de notre pays.

Amis morveux, petits et grands, encore récalcitrants concernant l'inscription. Je suis comme vous. J'ai des doutes sur la transition démocratique. Mais tant que l'espoir persiste, il ne faut pas rater cette chance.
Si vous ne le faites pas par conviction, faites-le pour l'amour de ce pays, pour le respect du sang de nos martyrs...
Amis de toute part, pour l'amour de Dieu, INSCRIVEZ-VOUS ! 

mercredi 20 juillet 2011

La justice révolutionnaire en Tunisie




On vivait dans un monde où l'injustice était de mise, où les innocents purgeaient des peines inhumaines et où les coupables dormaient bien au chaud auprès de leurs bien-aimées.
Mais tout cela, c'est de l'histoire ancienne.
Bouazizi, l'ange déchu ou le démon masqué en super-héros a donné l'étincelle par laquelle le monde est entré dans une ère nouvelle, un univers de paix, d'égalité et de fraternité.

D'ailleurs, depuis le 14 janvier, en Tunisie, on ne compte plus :
Les mafieux qui sont libres comme l'air.
Les agitateurs qui sont détenus provisoirement puis vite libérés.
Les agresseurs qui ne sont même pas poursuivis
Les comploteurs contre la sûreté générale de l'état qui sont inculpés pendant 24 heures avant d'être relâchés et embrassés sur le front en guise d'excuses. Accueillis par une foule conquise qui clame haut et fort: "Vive l'envoyeur du canal !"
Les Trabelsi et leurs bougres à qui la justice a pardonné malgré elle les innombrables abus.
Les Ben Ali qui ont volé des immeubles et à qui on reproche à tout casser, le vol d'un autoradio.
Les gendres du président déchu qui ont gardé leurs biens malgré la "volonté populaire" de récupérer le dû d'un peuple soumis pendant des décennies par droit de matraques et de brodequins boueux à suer sang et eau pour le bien-être des tout-puissants.
Des magistrats pas du tout véreux, pas du tout corrompus, contrairement aux apparences et qui ne sont, de ce fait, pas du tout inquiétés en dépit des sit-in et des vagues de protestations qui réclament le démantèlement du réseau de mafieux pourris depuis des décennies, vierges depuis six mois, qui salissent soigneusement une justice déjà décrédibilisée.

Cela dit et pour ne pas être mauvaise-langue, il ne faut pas oublier d'énumérer non sans un brin de fierté et de gloire les acquis de notre révolution bénite ! Je cite:

Les manifestants qui sont condamnés ou contraints de passer par la case "Caserne".
Les journalistes qui sont intimidés ou tabassés.
La censure institutionnalisée.
Les consommateurs de cannabis qui sont considérés comme de dangereux criminels. Et j'en passe...

Il est indiscutable que pour préserver les acquis de cette révolution sinon pour réaliser ses objectifs, il faut qu'il y ait une justice indépendante représentée par des magistrats honnêtes, chose qui, malheureusement, tarde encore à voir le jour.

jeudi 7 juillet 2011

Fut un temps, une révolution...



Très lointaine me semble cette époque où le peuple tunisien a fait  sa révolution.

Très lointain ce moment où je me faisais cogner par des policiers sauvages avant de rentrer l'air de rien, rassurer mes parents qui n'en savaient rien.

Aux oubliettes ces moments où, un certain 14 janvier, j'étais déchaîné, les larmes aux yeux, la voix éteinte, chantant en frottant ce qu'il me restait des cordes vocales l'hymne national tunisien aux cotés des "Dégage !" et des "Khobz w mé w Ben Ali lé !".

Se sont très vite effacées de nos mémoires ces instants où bizarrement tout le monde a laissé tomber toute la haine qu'on a pu cultiver pendant des années de tyrannie, où le riche donnait au pauvre et le miséreux au plus nécessiteux en collant sur le front de son prochain un baiser baveux mais sincère, brouillon mais je le préfère au regain du mépris entre individus tous aussi charmants et aimables d'un peuple téméraire et indissociable qui a donné l'exemple à l'humanité.

Parties en fumée ces minutes où Bouazizi, héros en carton ou véritable figure légendaire, qu'il soit alcoolique ou pieux, thésard ou sans diplôme, a fait trembler le tyran, le Ben Ali, le mafieux et son clan, le Don Corleone de l'Afrique du Nord en usant d'une seule allumette frottée contre une seule surface rugueuse, donnant naissance à une seule flamme qui embrasa le monde entier.

Aujourd'hui, je suis nostalgique, de ce rêve que j'ai cultivé depuis ma tendre enfance comme en attestent les témoignages de mes amis. L'utopie d'un peuple qui s'aime et qui aime polémiquer dans le respect de la diversité.

Comme j'ai pleuré face au triomphe contre le despotisme, aujourd'hui je pleure les méfaits du pragmatisme. Je pleure le peuple qui ne te sourit plus au métro. Je pleure le peuple qui s'est lassé de se mobiliser. Je pleure le peuple qui s'est laissé mener en bateau. Je pleure le peuple qui a fait une rechute de passivité et de léthargie. Je pleure le peuple du "dégage" qui ne sait plus user de son sésame qu'à mauvais escient. Je pleure l'ennui qui nous a frappé

Peuple tunisien, il y a de cela six mois tu as fait une révolution et épaté le monde. Aujourd'hui tu t'enlises dans des sables mouvants alors que les forces de l'ombre opèrent et installent leur contre-révolution.
Peuple tunisien, de grâce, ressaisis-toi ! Sois beau et solidaire comme tu as toujours su le faire.

mercredi 6 juillet 2011

Texte orphelin







J'écris un texte sans cause à défendre, sans violence à prétendre, sans mains tremblotantes à tendre.
Un texte qui a la gorge serrée, un texte obnubilé d'avoir trop bu, d'avoir trop pleuré de n'avoir pas assez ri.
J'écris pour une révolution certes volée, violée, traînée dans la boue ou traînée tout court. Mais une révolution quand-même.
J'écris pour des mères qui ont enterré des enfants polis, turbulents et innocents. J'écris pour un drapeau flottant très haut à qui on a voulu faire goûter la poussière au nom de je ne sais quel dieu dans je ne sais quelle mythologie.
J'écris pour des partis politiques calculateurs et pourris, pour les partis pris, les partis trop tôt et les menés en bateau.
J'écris pour ceux qui en chient mais qui sourient, pour ceux qui triment et qui préfèrent le système D au système D' (déprime)
J'écris un texte où les idées fusent. Un texte rédigé sans muse et sans ruse. Un texte orphelin mais un texte heureux. Un texte prosaïque mais que la poésie courtise. Un texte sans nom qui ne cherche pas à ce qu'on le baptise.
J'écris indifféremment, le malheur de la flottille, la solitude d'une étoile esseulée qui brille et la grandeur d'un sourire arboré par une femme infidèle qu'on lapide.
J'écris les pas des amputés, la musicalité perçue par la surdité et le bonheur d'être un enfant maltraité.
J'écris les rêves d'un patient du service de réa de Charles Nicolle trop jeune pour mourir mais trop vieux pour s'en sortir.
Je crie avec de la craie de pacotille des mots qu'on balbutie sans comprendre l'algorithme adjacent ni pourquoi j'ai utilisé "adjacent" ni pourquoi dans la légende spartiate il y avait exactement trois cents, ni le mystère de la douleur que l'on  ressent.
Je crie mon exil dans ma patrie. Je crie mais de loin on voit que je ris.
Je crie ya msafer wahdek de AbdelWaheb et puis je dors.
Bonne nuit.