Les fidèles du Boukornine

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mercredi 9 novembre 2011

Souad Abderrahim, la super nanny du peuple tunisien




Souad Abderrahim, pour qui vivrait dans une autre planète et ne la connaîtrait toujours pas est une élue islamiste non voilée, à la limite moderne, qui est utilisée par Ennahdha comme vitrine pour mettre en avant cette image de parti islamiste modéré et vendre aux tunisiens un semblant de projet de société qui allierait modernisme et islam et rassurer ainsi les plus récalcitrants.
Seul hic dans l'histoire, cette dame sous son enveloppe corporelle presqu'élégante, cache des idées dignes des talibans.

Je vous cite quelques uns de ses exploits:

Il y a quelques jours elle déclarait: "Ennahdha ne compte pas fermer les boites de nuit mais ancrera les bonnes moeurs." (Source ici)

Quelques jours plus tard, elle réagit face à l'incident qu'a suscité la statue présentée l'espace de quelques heures en pleine avenue Habib Bourguiba en déclarant à un quotidien tunisien:
"la statue qui a été exposée à l'Avenue Habib Bourguiba est une oeuvre immorale et élitiste qui aurait du être présentée dans un espace privé et non dans un lieu public où cela devient de la pure provocation"

Pire encore, elle vient de déclarer en réponse à la question que feriez-vous pour les mères célibataires et les femmes mariées à des non-musulmans ? :
"Comment voulez-vous que dans un pays arabo-musulman comme le nôtre, on mette une loi pour protéger des femmes (mères) célibataires ? On essaiera de les remettre dans le droit chemin mais en aucun cas, on n'essaiera de leur résoudre leurs problèmes leur donnant alors une légitimité légale d'exister."







Je me sens sincèrement outré par tant d'ignorance et d'étroitesse d'esprit. Comment une femme aussi bornée, aussi obscurantiste puisse avoir autant de temps de parole, autant de tribunes pour accueillir ses extravagances et encore pire, participer à la réalisation d'une constitution historique qu'on espère équilibrée et garantissant les droits de tous les citoyens tunisiens ? 

Cette personne confond d'une façon flagrante des notions élémentaires, elle est là parce qu'elle a été élue pour essayer de préserver les libertés et les droits de tout un chacun et elle pense réellement qu'elle est là dans un but moral, pour éradiquer la débauche, pour corriger les citoyens égarés, pour donner une fessée à ceux qui oublient le droit chemin. 

Je rappelle que le rôle éducatif ne revient guère à l'état ! Mais à la famille, à l'institutrice, aux professeurs, peut-être même à la rue et à ses expériences parfois, mais ô grand jamais, ce rôle ne peut incombe à l'état ! 

La liberté est une notion fondamentale dans la société que nous rêvons de bâtir, d'autant plus dans notre contexte post-révolutionnaire. 
La liberté implique qu'on ne peut condamner une personne sur un fait sauf si ce dernier constitue une violation franche de la loi et empiète sur la liberté d'autrui.

Les mères célibataires ont toujours existé. Ce sont des citoyennes tunisiennes. J'ai eu à en côtoyer beaucoup notamment dans les services de pédiatrie dans lesquels j'ai été affecté et je trouve que ces femmes ont beaucoup de courage d'avoir refusé parfois délibérément d'ôter la vie à cette progéniture, quoique le fruit d'un rapport interdit par la religion. 

Ces femmes sont des militantes ! Elles vivent un calvaire quotidien pour faire face aux regards accablants d'une société intolérante, paternaliste et répressive. Elles sont déjà socialement marginalisées et il serait criminel d'ajouter des termes légaux à leur désarroi ou de s'abstenir de les protéger par une loi qui leur faciliterait bien la vie. 

Cette femme qui se veut ouverte et moderne, est d'une prétention et d'une démagogie que je trouve révoltantes. 
Elle est même beaucoup plus rigide et anachronique que Hammadi Jbeli, lui-même extrémiste, du haut de ses dix ans d'isolement à Borj Erroumi, excusez du peu ! 

Maintenant, si elle croit qu'avec son brushing, elle va venir nous faire croire qu'elle va nous endoctriner avec ses préjugés à deux balles, vieux comme le monde et qu'elle peut proférer ce genre de conneries oxydées sans susciter notre furie, elle peut aller se rhabiller tout de suite.
On est un peuple qui ne chasse pas une dictature pour en installer une autre !
Si Ennahdha a choisi de s'allier aux symboles du RCD déchu (Ltaief et cie) croyant qu'ils lui faciliteraient l'installation de ses outils dictatoriaux, ils peuvent toujours rêver ! 

La différence avec le coup d'état de 87 est le facteur "peuple" ! Avant, c'était ZABA, le libérateur, l'acteur du changement, le sauveteur de la nation, aujourd'hui, les  vrais héros, c'est nous ! Le peuple tunisien ! Celui qui fait valser les dictateurs à coups de "Diiiiiiiiiigage !" Celui qui n'a plus peur, celui à qui la rue appartient désormais à jamais ! 

Alors, esprits sclérosés, âmes malveillantes et barbes hirsutes poussiéreuses, changez de discours, changez de politique, ce qui vous serait salutaire.

Si vous comptez asseoir votre dictature, l'Arabie Saoudite vous attend comme ceux qui comme vous, ont sous-estimé la volonté inébranlable de ce peuple de demeurer libre, ne l'oubliez jamais ! 

jeudi 7 juillet 2011

Fut un temps, une révolution...



Très lointaine me semble cette époque où le peuple tunisien a fait  sa révolution.

Très lointain ce moment où je me faisais cogner par des policiers sauvages avant de rentrer l'air de rien, rassurer mes parents qui n'en savaient rien.

Aux oubliettes ces moments où, un certain 14 janvier, j'étais déchaîné, les larmes aux yeux, la voix éteinte, chantant en frottant ce qu'il me restait des cordes vocales l'hymne national tunisien aux cotés des "Dégage !" et des "Khobz w mé w Ben Ali lé !".

Se sont très vite effacées de nos mémoires ces instants où bizarrement tout le monde a laissé tomber toute la haine qu'on a pu cultiver pendant des années de tyrannie, où le riche donnait au pauvre et le miséreux au plus nécessiteux en collant sur le front de son prochain un baiser baveux mais sincère, brouillon mais je le préfère au regain du mépris entre individus tous aussi charmants et aimables d'un peuple téméraire et indissociable qui a donné l'exemple à l'humanité.

Parties en fumée ces minutes où Bouazizi, héros en carton ou véritable figure légendaire, qu'il soit alcoolique ou pieux, thésard ou sans diplôme, a fait trembler le tyran, le Ben Ali, le mafieux et son clan, le Don Corleone de l'Afrique du Nord en usant d'une seule allumette frottée contre une seule surface rugueuse, donnant naissance à une seule flamme qui embrasa le monde entier.

Aujourd'hui, je suis nostalgique, de ce rêve que j'ai cultivé depuis ma tendre enfance comme en attestent les témoignages de mes amis. L'utopie d'un peuple qui s'aime et qui aime polémiquer dans le respect de la diversité.

Comme j'ai pleuré face au triomphe contre le despotisme, aujourd'hui je pleure les méfaits du pragmatisme. Je pleure le peuple qui ne te sourit plus au métro. Je pleure le peuple qui s'est lassé de se mobiliser. Je pleure le peuple qui s'est laissé mener en bateau. Je pleure le peuple qui a fait une rechute de passivité et de léthargie. Je pleure le peuple du "dégage" qui ne sait plus user de son sésame qu'à mauvais escient. Je pleure l'ennui qui nous a frappé

Peuple tunisien, il y a de cela six mois tu as fait une révolution et épaté le monde. Aujourd'hui tu t'enlises dans des sables mouvants alors que les forces de l'ombre opèrent et installent leur contre-révolution.
Peuple tunisien, de grâce, ressaisis-toi ! Sois beau et solidaire comme tu as toujours su le faire.

samedi 2 avril 2011

لا بأس يا تونس ! لا بأس








On aura beau me répéter que l'heure est grave, que des tunisiens à l'apparence afghane et à la barbe moyenâgeuse scandent des slogans belliqueux en pleine avenue mythique Habib Bourguiba principale artère qui a irrigué ma jeunesse en doux souvenirs et bercé mon adolescence entre la douceur des coins de rue et la pente abrupte des périlleuses aventures qui nous menaient tout droit vers une perte certaine n'eusse été la bienveillance du Très-Haut.

Labess, répondis-je à chaque fois du haut d'un impassible sourire. 

Il y a le son des balles qui retentit sous les appels de ce bon millier de personnes de voir ce pays sous l'emprise d'interprétations diaboliques de ce que le Miséricordieux a pu inculquer à son prophète analphabète. 
Que la femme se terre chez elle et s'ensevelisse sous un niqab. 
Que la démocratie, parfaite illustration du blasphème made in occident soit abolie à jamais au profit d'un calife à la place du calife. 
Au diable les libertés individuelles ! Vous n'avez d'autre choix que d'adhérer ! On est prêt à mourir pour faire de la Rezzia de Tunis un exemple à suivre et du pouvoir en place une triste victime de notre abnégation et de notre infini attachement aux valeurs que Dieu a sacralisées. 

La police rétorque avec des réflexes vieux comme le monde, tel un violent coup de matraque sur la nuque ou une mère évoquée dans des positions peu enviables ou pire, un coup de brodequin sur l'angle mandibulaire qui rappelle vaguement la scène mythique du film culte American History X sauf qu'à la place des Skinhead on a des agents du désordre prêts à se sacrifier pour la patrie voire à sacrifier les patriotes qui ne veulent pas la fermer. 

Le rêve de voir cette parcelle de terre qui pointe le bout de son nez en plein dans la méditerranée, se hisser parmi les pays démocratiques ne tient plus qu'à un fil.
Mais à ceux qui se disent atterrés, apeurés et paralysés par la simple idée que notre révolution échouerait, je réponds avec toute la confiance qu'il a été donné à un humain d'arborer: Labess ! 

Malgré la dérive répressive d'un régime qui traîne les revendications légitimes du peuple que le monde entier lui envie, comme un fardeau. 
Malgré le Beji Caïd Sebsi destourien endurci qui peut te parler pendant deux heures sans répondre à aucune question. 
Malgré Farhat Rajhi qui a été démis de ses fonctions pour avoir refusé de prendre part au jeu répressif d'un gouvernement qui n'a toujours pas traduit en justice les criminels, les truands et les voleurs de la république.
Malgré la liberté acquise au prix du sang et tronquée par les médiocres et véreux politiques. 
Malgré l'occupation financière des superpuissances par le biais d'énormes dettes dont rien n'arrivera au peuple comme d'habitude.

J'engage mon honneur, je vous donne ma parole, je vous le  déclare solennellement: Labess ! 
Menacés, nous le sommes certes mes frères. Mais nous sommes libres et personne ne nous l'enlèvera cette fois-ci ! 
  

dimanche 20 mars 2011

20 mars, plus que des cigarettes, une date qui fait un tabac !


Fut un temps où le dictateur déchu passait sous silence une partie incontournable  de notre histoire contemporaine, je cite par exemple la date de la proclamation de l'indépendance de la Tunisie, le 20 mars 1956.

Nous avions pourtant droit, pour fêter le 7 novembre, le jour du "changement béni" à une semaine fériée pour les élèves et étudiants, deux jours pour les travailleurs. Les drapeaux étaient placés partout dans les rues, et toutes les artères de la  Tunisie, on dépensait sans compter pour nous dire que nous devions nous réjouir d'avoir un dictateur à la tête du pouvoir.
Les livres d'histoire concentraient tous leurs efforts sur l'après-87 et occultaientt d'une façon très méprisable  10.000 milles ans d'histoire c'est à dire de l'époque Capsienne, qui se situait, tenez vous bien, au VIIIème millénaire avant JC.

Cela dit, on nous soulait avec les accomplissements du messie venu nous délivrer de l'épouvantable courant islamiste, dans la rue, dans les livres, dans les médias, dans l'art, dans le sport et quand on dormait.
Le message subliminal de la 25ème image voulait nous transmettre que Ben Ali était le père fondateur de la Tunisie moderne.

Je ne vous cache pas que je déprimais pendant les vacances du 7 novembre et surtout quand je voyais qu'on essayait, pour se rapprocher du sultan, de cracher sur l'histoire et de faire d'une date historique telle que le 20 mars, un jour férié anodin où les drapeaux tunisiens n'avaient même pas le droit d'être hissés de peur que le tunisien ne soit pris d'un élan de dignité et d'orgueil et ne se lève enfin pour réclamer son dû et sa liberté violée.

C'était bien sûr, sans compter sur les principes sur lesquels cette jeunesse en jeans taille basse et gavée aux yaourts à boire a été élevée.

Hier en passant devant le siège de la télévision nationale, j'ai été étonné de voir qu'on avait accroché des dizaines de drapeaux de notre chère patrie tout autour. J'en avais les larmes aux yeux.

Le 14 janvier est pour nous une deuxième indépendance. Nous nous sommes d'abord débarrassés de l'occupation puis de la dictature, il reste certes, une culture dictatoriale à déraciner. Mais le fait est là que nous sommes libres de fêter notre 20 mars.
Bonne fête à tous !

Pour finir, j'exige que la régie nationale des tabacs et des allumettes rebaptise définitivement sa marque de cigarettes phare: 20 Mars international.
Une date aussi importante de notre histoire n'est pas à vendre encore moins quand il s'agit de produit destiné à tuer des gens à coups notamment de cancers bronchopulmonaires...

mardi 8 mars 2011

Femme tunisienne, merci d'exister...

Je rends hommage ce soir à ces femmes tunisiennes qui ont su accoucher d'un peuple si séduisant si féérique.
Ces dames d'honneur et de courage qui ont toujours supporté leurs maris et leurs progénitures dans la conquête de leur dignité violée et martyrisée.

Je suis fier de vous mesdemoiselles et mesdames. Vous me comblez.

Je suis un amoureux, un passionné d’un seul sourire certes, d’un seul regard et d’une seule fossette mais c’est parce qu’en elle j’admire toute  la gent féminine.

J’aime les filles munies de leur gloss autant que les demoiselles armées de leur seuls courage et patience pour affronter les aléas de ce destin ridé.

J’ai une pensée particulière aux mères et aux sœurs de Bouzid, de Meknassi et de Menzel Bouzayene et puis de Théla, de Kasserine et d’ailleurs.
Ces dames qui ont dignement refusé les vingt milles dinars de dédommagement offerts par le gouvernement rappelant que rien ne pourra remplacer leurs enfants morts en martyrs pour la liberté et qu’elles ne troqueront jamais leur droit en une justice rendue pour quelques dinars aussi miséreuses soient-elles.

Mon esprit frémit aussi à l’évocation de cette femme tunisienne présente sur tous les fronts depuis que Bourguiba est venu l'émanciper (espérons que ce soit) à jamais des chaînes de l’obscurantisme.
Femme tunisienne, je t’aime. Je n’ai que mon cœur à t’offrir.

Tu accepteras je l’espère ma place dans ce bus étatique [à la peinture jaune esquintée par le poids de la dictature,] en guise de remerciement et de reconnaissance pour tes services rendus à la nation et je m’excuse au nom de tous les hommes de la terre pour tous les bleus qu’un XY ait pu causer à une si douce créature.

Femme tunisienne, pour faire court, et Dieu sait combien tu es occupée, merci infiniment d’exister !

mercredi 16 février 2011

Mohammed Bouazizi, vendeur de clémentine à la sauvette...



Le monde se souviendra qu'un vendredi 17 décembre, il faisait beau dans une contrée perdue du centre de la Tunisie elle même perdue entre deux géants pétroliers baignant dans un bassin méditerranéen juste assez épais pour séparer le rêve occidental du calvaire africain.

Sur les manuels d'histoire pour lycéens djiboutiens le nom de Bouazizi côtoiera sans aucun complexe celui de Che Guevara.

Mohammed Bouazizi jeune vendeur de clémentine à la sauvette, bachelier qui lutte corps et âme pour sa survie et celle de ses prôches.

Tout le monde se rappellera de l'effet papillon qui a fait qu'une gifle sur la joue de Mohammed Bouazizi ait pu provoquer une tornade qui fera trembler tous les  trônes vieillissants de la planète.

Mohammed Bouazizi, jeune vendeur de clémentine à la sauvette attaqué sauvagement par la police municipale en la personne de cette jeune femme qui l'a giflé et lui a craché dessus en lui confisquant sa marchandise, sa charrette et sa balance puisque ce commerce est illégal.

Mohammed Bouazizi, jeune vendeur de clémentine à la sauvette est face au siège du gouvernorat de Sidi Bouzid pour réclamer son dû. Le gouverneur n'a pas daigné écouter ses doléances.
Il réitère sa demande mais il se confronte à la rigidité de la bureaucratie.

Mohammed Bouazizi, jeune vendeur de clémentine à la sauvette s'en fout de la bureaucratie, il l'a hait de toutes ses forces même s'il n'a pas lu Kafka.

Mohammed Bouazizi, jeune vendeur de clémentine à la sauvette dont la dignité a été violée en public, regarde cet édifice érigé en face de lui. Il sort une boite d'allumettes de sa poche trouée. Il sait qu'il a rendez-vous avec l'histoire.

Cependant, Mohammed Bouazizi, jeune vendeur de clémentine à la sauvette dont la photo fera le tour du monde, hésite encore.
S'immoler est un acte doué d'une inégalable symbolique mais s'immoler est doué d'une activité douloureuse des plus atroces.

Mohammed Bouazizi, jeune vendeur de clémentine à la sauvette a tout perdu même s'il pense que du haut de ses vingt six misérables années, un avenir plus misérable l'attend fait de crise économique, d'habits fripés, de manque affreux de moyens mais aussi de gifles, de crachats et de dignité piétinée par des moins que rien.

Mohammed Bouazizi, jeune vendeur de clémentine à la sauvette regarde Dieu en face et lui demande pardon. Il a décidé de se sacrifier pour son honneur, celui de sa famille, de son quartier, de sa ville, de son gouvernorat, de sa région, de son pays et surtout de celui de l'humanité entière.
Il prend une allumette la frotte contre une surface rugueuse d'où nait une flamme qu'il rapproche de ses habits 100% polyester, 100% inflammables.
Un corps prend feu, Sidi Bouzid s'embrase.
Le corps hurle, Mohammed Bouazizi agonise, accouchement laborieux d'un nouveau peuple, d'une nouvelle histoire, d'une dignité retrouvée et d'une volonté contagieuse de se soulever contre la dictature.
La rue est prise de compassion et de solidarité pour cet être sacré qui est venu les délivrer de la peur de leur oppresseur et de la crainte de leurs bourreaux.
S'en est suivie une glorieuse histoire au bout de laquelle les méchants fuient en Arabie Saoudite tour à tour alors que les méchants en sursis sur leurs trônes prennent des mesures sans précédent de libéralisation en écrivant leurs directives d'un stylo tenu entre deux doigts tremblotants.

Un mouvement planétaire d'émancipation des peuples a vu le jour, et au fil des semaines, l'humanité réécrit son histoire en déchirant les dictatures et en raturant les noms des corrompus.

Hommage à l'homme qui a changé le monde armé d'une seule boite d'allumettes et de sa foi en l'humanité.
Hommage à la charrette, hommage à la balance, hommage à la clémentine, homme au 17 décembre, un jour béni des dieux.
Hommage à la police municipale, hommage aux crachats, hommage aux gifles, hommage aux balles réelles, hommage aux BOP, hommage aux tortionnaires, hommage aux sous-sols du ministère de l'intérieur.

Hommage à ces flammes qui ont embrasé un corps innocent, incendié notre patience, réduit notre peur en cendres, émoustillé notre rage et éclairé notre voie.

Hommage à Mohammed Bouazizi, Tarek de son vrai prénom, jeune vendeur de clémentine à la sauvette, premier martyr de la révolution des hommes libres et initiateur de la prophétie de la dignité qui emportera le machiavélique Ben Ali et le tentaculaire RCD avant de faire exploser toutes les autres dictatures du monde, telle une bombe à fragmentation.

Repose en paix Mohammed Bouazizi, vendeur de clémentine à la sauvette, mon héros et celui de toute une nation.

dimanche 6 février 2011

Révolution en danger !

 

Révolution en danger mais nos armes ne sont pas encore rangées et nos cœurs loin de se sentir étrangers à la cause de ce sang versé sur des pavés et toujours pas épongé.

Révolution volée, peuple soûlé, idées dans nos têtes chamboulées, mémoire des martyrs violée, des corps de balles criblés, des militants encore accablés et un RCD au diable attablé. 

Révolution d'abord puis intervention de l'état-major menant ZABA à l'aéroport puis zizanie en plein essor puis pillages puis miradors puis liberté pour réconfort avec l'anarchie comme sponsor puis Ennahdha qui ressort puis RCD toujours mentor qui se fond dans le décor et qui nous tue, étant carnivore.

Mais la révolution se poursuit je le proclame ! avec les mêmes hommes et les mêmes femmes ! Le même courage et la même flamme ! et notre passion pour unique sésame ! Accouchement laborieux d'une liberté haut-de-gamme ! et un peuple uni pour seule sage-femme ! la dignité est notre oriflamme ! Laissez-nous passer, je le réclame !


Ce ne sont que des mots, un simple bout de slam... pour arriver à bon port, à la nage ou à la rame ! 
Je me shoote à la liberté, la révolution est ma came ! J'ai épousé la dignité et c'est définitif, je suis monogame !

mercredi 2 février 2011

Menacés mais libres !







Bien sûr, il y a les milices.
Bien sûr, il y a encore les coups de matraque.
Bien sûr, il y a l'insécurité.
Bien sûr, il y a le couvre-feu.
Bien sûr, on parle de kidnappings.
Bien sûr, on entend parler de braquages partout.
Bien sûr, on parle même de viols.
Bien sûr, il fait froid.
Bien sûr, nos cœurs tremblent.
Bien sûr, Ghannouchi quoique intègre et digne de foi, a collaboré des années entières avec Ben Ali sans jamais avoir les cojones de partir en signe de protestation.
Bien sûr, les manifestants de la Kasbah ont été dispersés avec une violence que même Ben Ali aurait condamné.
Bien sûr, le ministère de l'intérieur est encore en cours d'épuration.
Bien sûr, il y a les centaines de milliers de tahhana qui sont encore en stand by en attendant que le vent tourne pour enfiler la bonne veste.
Bien sûr, tout le monde veut une augmentation de salaire au lieu de comprendre que pour cette phase de transition, notre pays a besoin de soutien et non pas que la population entière réclame tout de suite sa part du gâteau de la révolution.

Mais, voilà, il y a vous, nous, lui, toi et moi.
Peuple téméraire, peuple fort et peuple digne.
Il y a cette liberté de ton qu'on retrouve petit à petit dans nos médias avec un parfum temporaire et certes dérangeant pour certains, mais qui, je l'avoue, ne m'incommode guère.
Il y a ces débats politiques par téléphone avec tes amis en narguant ceux qui auraient encore la mauvaise idée de te mettre sur écoute.
Il y a ces plûmes libres qui voient le jour un peu partout dans le pays.
Il y a ce bonheur de se lever le matin en inspirant à pleins poumons un bon coup de liberté.
Il y a ces gens, sur tout le territoire tunisien qui gueulent pour tout et n'importe quoi. Et moi, j'aime cela. Je trouve cela beau, des  gens qui postillonnent en face d'une caméra en prenant position même si parfois cela devient ridicule, c'est toujours beaucoup plus intéressant que le silence.
Si le silence est d'or, il suffira d'être silencieux quand tu dors.
Il y a ce Farhat Rajhi qui m'offre la chance inouïe d'éprouver envers la personne et le métier de ministre de l'intérieur, pour une fois, autre chose que le dégout, la haine et la terreur.
Il y a cette nouvelle composition du gouvernement qui fait plaisir à entendre et honneur à écouter.
Personnellement, les expériences de la vie m'ont appris à ne jamais paniquer. La situation actuelle est d'autant moins propice à la terreur que finalement, on est plus que jamais menacés mais ô combien heureux d'être libres !

samedi 15 janvier 2011

Ma Tunisie... Je te pleure de joie...






Je m'appelle Khalil. J'ai 24 ans. Je suis apprenti médecin amoureux de son pays et bloggeur à ses heures perdues.
Depuis l'annonce du départ du despote Ben Ali, mon corps est en effervescence et mes larmes coulent.
Ce matin, j'ai déserté mon travail pour aller crier "Dégage !" devant le ministère de l'intérieur avec mes compatriotes avant d'être gentiment dispersés à coups de matraque de 1 mètre de long et de bombes lacrymogènes qui ne m'ont pas atteint.
Ma Tunisie, rien n'est aussi lacrymogène que la passion que je te voue.
Vingt-quatre ans d'existence. Vingt-quatre ans de lectures. Vingt-quatre ans d'aliénation.
Aujourd'hui, 14 janvier 2011, j'ai assisté et participé à la renaissance d'un peuple tunisien agonisant depuis que le système pourri et totalitaire du général Zinochet nous a interdit de penser.


Dans cinquante ans, si Dieu m'en laisse l'opportunité, je raconterai à mes enfants et à mes petits enfants l'épopée du peuple tunisien. Je leur conterai tous les soirs avant qu'ils ne s'endorment l'histoire de ce vendeur de clémentine à la sauvette portant le doux nom de Mohammed Bouazizi qui a immolé avec son corps un régime en béton armé fort de 23 ans de répression, de népotisme, d'abus et de despotisme....
Tous les martyrs sont mes prophètes... Votre sang béni a arrosé les terres sacrées de notre pays.
Le peuple tunisien est un exemple pour le monde entier.
Un jour il a décidé de destituer un dictateur au prix de sa vie, rien n'a pu le faire reculer.
Ni les balles réelles, ni les arrestations, ni les bombes lacrymogènes, ni les discours mensongers...
Peuple tunisien, il n'y a nul besoin de te déclarer ma flamme je sais déjà que tu en as conscience.
Combien il aura fallu de morts avant que le traitre Ben Ali ne se rende à l'évidence...
Peuple tunisien, tu as arraché ta liberté. Tu es grand, tu es fort, tu es beau, tu es intelligent, tu es mature, tu es courageux.
Ben Ali n'est plus.
Levez-la tête, on est libre ! Où que tu sois, où que tu ailles, clame ton appartenance à ce peuple on saura que pour peu que tu portes cette nationalité que le monde nous envie, tu es un Homme, un vrai, un homme libre et tenace.
Peuple tunisien, peuple opprimé, peuple matraqué, peuple trainé dans la boue, peuple volé et violé dans sa dignité, peuple terrorisé, peuple fiché, peuple épié, peuple torturé... Lève-toi et souris tu as gagné, on a gagné !
Peuple tunisien, mon peuple, ce soir je te pleure, ce soir je ne dors pas, ce soir je pleure les années de plomb, ce soir je pleure nos martyrs, ce soir je pleure notre dignité piétinée pendant tant d'années, ce soir je pleure la censure qu'on nous infligeait, ce soir je pleure les fouilles qu'on nous imposait, ce soir je pleure les tahhana qui t'ont vendu pour une poignée de dinars.
Ce soir, je crie ma joie, ce soir je pleure mon combat et celui de tous les tunisiens.
Ce soir, je vous dis que je vous aime. Ce soir, je vous dis que je n'ai pas peur de la mort ni de la tyrannie. Ce soir, mes larmes coulent.
Peuple tunisien, peuple libéré, peuple heureux, peuple téméraire, peuple unique, peuple courageux, peuple exemplaire, peuple émouvant.
Ce soir je ne veux pas rentrer. Ce soir je tiens un bâton pour protéger mon quartier des éventuels pillards qui profiterait d'un soir de chaos pour propager la haine et la peur et gâcher notre fête.
Demain tout ira mieux, l'armée sera partout mais nous serons libres.
Un bras d'honneur au passage à la France, au States, aux despotes du monde et à toutes les institutions. Notre liberté, on l'a eu touts seuls, on ne la doit à personne. Un mouvement pur et spontané né dans la rue des étincelles sur un corps sacré.

Ce soir, peuple tunisien, je t'embrasse. Peu importe si nous mourrons, j'aurai vécu le jour où je t'ai vue libre, fraîche et comblée.  Ne t'inquiète pas, on te remettra sur pieds au plus tôt, la main dan la main.
Tunisie, je t'aime...

lundi 11 octobre 2010

Un petit bout de vie...

On naît dans un cocon familial bellissime.
On grandit au rythme des dualités sacré-profane, vertu-vice et paradis-enfer.
On croit nous commander notre destinée et nous tracer un chemin fleuri.
On y adhère, nous aussi. Vu la beauté de la thèse et notre suggestibilité puérile.
On nous apprend, tout de même, qu'on a le droit de discuter, de crier quand on se sent injustement punis, que la liberté et l'amour existent et qu'ils régissent l'existence.
On découvre les amis, les amours, les feuilletons mexicains, Antonio, Max et surtout Raquel, les baisers volés, l'amour innocent et enfantin où les oiseaux servent de chefs d'orchestre et les nuages de nids d'amour.
On enchaîne les paquets de Grain d'Or, l'air de dire, c'est bien beau d'exister.
On réclame que les frites accompagnent tout plat que Dieu fait. Peu importe, si le bon goût tente de s'y mêler.
Le cholestérol, étant pour nous, l'unique voie du salut.
On regarde le sexe opposé avec intérêt, surtout la petite fille qui avait fait valser mon cœur. C'était mon premier amour, ma première preuve vivante de son existence, mon premier leurre et le premier piège dans lequel j'ai été pris avec tout le plaisir du monde.
Par ailleurs, on ne nous laissait pas nous abandonner à notre belle insouciance, mais on se permet de nous enfermer dans des crèches à la con, où des institutrices aux discours belliqueux nous terrorisent et nous font réciter des slogans pro-Irak dans la première guerre du golfe.
Nous a-t-on demandé notre avis ? Je me fais gronder quand je lui raconte que je ne me suis pas encore fait mon avis là dessus.
"Traître ! Saddam, c'est presqu'un prophète, presqu'un Dieu, alors éteins ton esprit critique et chante ses louanges comme on te dit"
Je me suis tu et j'ai quitté cette crèche là.
D'ailleurs, j'ai changé de crèches comme on rote après un repas gras et déséquilibré, avec une facilité et une répétition déroutantes.
Ayant eu du mal avec l'autorité. Ne saisissant pas, de quel droit autrui pouvait m'imposer ces lois auxquelles je n'ai ni participé à l'élaboration ni accepté les rouages.

Par la suite, vint l'adolescence, apportant son lot de questionnements existentiels et aggravant l'anarchisme qui nous animait déjà, tout jeune...
Pourquoi suis-je là ? Quelle voie emprunter ? On se révolte contre tout et n'importe quoi comme tout ado digne de ce nom pour se donner l'illusion d'exister à son propre compte et d'avoir des avis personnels.
Les parents ? Pourquoi faire ?
La religion ? J'ai une meilleure idée, le Rami dans les cafés perdus de la rue des salines. En plus, si tu perds tu paies.
Si tu n'as pas de sous, tu feras la vaisselle.

On tutoie Dieu, on lui demande pourquoi ils nous a créé du côté des losers... Pourquoi les mécréants sont forts et unis ? Pourquoi l'Espérance gagne tout ? Pourquoi Slim Chiboub avoua impunément que son équipe était avantagée par les arbitres? Pourquoi le CSHL dut quitter la nationale ? Pourquoi les études nous ennuient ? Pourquoi les profs de philo ne jurent que par des philosophes morts et enterrés et ne nous disent jamais ce qu'ils en pensent personnellement ?
Pourquoi l'opposition politique est diabolisée ? Pourquoi l'Islam fait peur ? Pourquoi l'occident est beau ? Pourquoi Tunis est moche ? Pourquoi on n'a pas de pétrole ? Pourquoi les arabes accumulent les sommets pour émettre des discours enrichis en bois alors qu'ils en servent à leur peuple tous les jours ?
Pourquoi ? Pourquoi ?
Comme ce fut le cas à la crèche, on nous pria gentiment de se la boucler... Ce que nous trouvâmes du mal à réaliser.
La directrice du lycée, les surveillants généraux, les surveillants et le censeur en fîmes les frais.
Nous avions faim de liberté, soif de vie et de rires.
Nous sûmes boire le calice jusqu'à la lie.
En sortir grandis et de meilleurs citoyens.
Nous cassâmes des verres, fîmes la loi dans l'enceinte du lycée, scandâmes des chants révolutionnaires que j'écrivais pour la plupart, quand je ne dormais pas.

Bien sûr, nous eûmes des frissons, des frayeurs, des émotions, des punitions et des coups de gueules mémorables mais nous sûmes rester dignes en toute épreuve.
Nous stoppâmes les cours quand la Palestine fit son Intifada parce que la Palestine, on l'aime bien mais surtout parce qu'on voulait goûter à la saveur exquise de la liberté, celle dont on voyait nos ascendants castrés.
Nous avions du culot, de l'humour, de l'énergie. Nous savions trouver les mots, galvaniser les troupes et organiser des tournois de football pour foutre la merde où que nous passions.
Nous faisions des collectes pour venir à bout des préparatifs de ces fêtes.
A cette époque là, les fumigènes et les feux de Bengale n'étaient pas interdits par les lois en vigueur, ce qui n'empêcha pas le surveillant général de nous prendre à parti avant que nous ne lui rendîmes la monnaie de sa pièce.
Là aussi, l'amour fit trembler nos âmes à l'intérieur de nos enveloppes corporelles. Nous vîmes une princesse s'approcher au loin et nous sentîmes aussitôt des palpitations et des sueurs froides à mesure que sa silhouette s'affinait.
C'était elle, et pas quelqu'un d'autre. Nous vîmes nos esprits s'embraser et nous commençâmes à penser que les parents avaient raison, l'amour fou fut...
Puis, les jours défilèrent et nous comprîmes à nos dépens que les belles choses étaient créées purement et simplement pour meubler les pages des romans.
Nous quittâmes toutes les filles de la terre et épousâmes, de ce pas là, des causes séduisantes quitte à voir nos parents convoqués toutes les semaines auprès de l'administration pour discuter de la sauvagerie de nos revendications...


Nous marquâmes notre époque, nous vécûmes fièrement et dignement, nous déchaînâmes nos âmes tremblotantes et le plus important, nous réussîmes brillamment notre BAC, ne sachant pas qu'au-delà de cet examen fatidique, allait commencer un autre calvaire, d'une toute autre espèce...