Les fidèles du Boukornine

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dimanche 1 janvier 2012

2012, le rêve continue...



Le dernier réveillon, je l'ai passé dans la douleur. Ce réveillon s'est déroulé sous le signe de l'émotion.
Je tiens à remercier 2011 pour ses larmes de joie, pour la révolte qu'il nous a inspiré, pour la peur dont il nous a exorcisé et pour la joie de reconquérir notre pays trop longtemps occupé.

C'est devant mes yeux baignés d'émotion que les images défilent virevoltantes, me donnant le tournis.
Zouhaïer Yahiaoui allah yarhmek ! Merci pour Tunezine ! Merci d'avoir existé !
Merci à Takriz ! Merci à Tunisnews ! Merci à ReveilTunisien ! Merci à Nawaat !

Merci à toutes les mamans qui se réveillent avec la douleur d'avoir perdu un gosse offert à la révolution d'un peuple qui n'en pouvait plus d'être asservi !

Merci à tous les opposants qui n'ont jamais prostitué l'encre de leurs plûmes ni les particules qui se rassemblent pour former leurs âmes si pures !

Merci à ceux qui ont un jour embrassé la terre bénite de ce pays ! Merci à tous les expatriés, qui comme moi, applaudissaient instinctivement dés que l'avion se posait sur le sol tunisien.

Merci à tous les sanglots étouffés dans le noir, sans que personne n'en sache jamais rien d'avoir donné naissance à cette révolte.

Merci à tous les "Je t'aime" chuchotés à ce pays dans ces moments où il était interdit d'embrasser le drapeau rouge à l'étoile et au croissant sans élever des soupçons quant à ses orientations politiques.

Merci à tous les militants du bassin minier qui ont pâti depuis toujours de l'ingratitude et de l'hostilité du pouvoir.

Merci à tous les regards que le destin a figé. Merci à tous les corps frileux que les couvertures trop insuffisantes ne réussissent pas à réchauffer. Merci aux déshérités. Merci aux marginaux. Merci à tous les coeurs gros. Merci à toutes les mères célibataires de mener leur combat contre l'injustice et les regards méprisants.

Merci aux diplômés chômeurs d'ingurgiter autant "d'express serrés" sans se donner la mort. Merci aux chômeurs qui n'ont connu de l'université que la virtualité des espérances de la famille qui se sont brisées contre l'iceberg de la réalité glaciale.

Merci à tous ceux qui ont espéré en cachette. Merci à ceux qui ont élevé la voix à leurs risques et périls. Merci à ceux qui ont pactisé avec le diable mais qui regrettent aujourd'hui amèrement. Merci à tous les tunisiens d'être tunisiens. Merci à la vie de m'avoir fait de cette terre. Merci à ma mère de m'avoir inculqué l'amour de cette patrie. Merci à mes parents de m'avoir enseigné qu'un homme n'est un homme que parce qu'il ne se tait devant aucune injustice.

Merci à tous les journalistes qui ont été frustré, qui ont bu chaque soir à vomir leur peine de tromper leur peuple, de trahir sa confiance, qui ont fuit leur image dans le miroir durant des décennies.

Merci à tous les sacrifices, à tous les compromis, à toutes les années de prison, aux coupables de délits d'opinion, à tous les sévices au nom d'une pensée ou d'une croyance non homologuée.

Merci à la censure de nous avoir exaspéré. Merci à la répression de nous avoir désespéré au point de nous étouffer faisant de nous des kamikazes prêts à nous sacrifier pour pouvoir souffler.

Merci à ce pays qui me manque atrocement pour peu que je le quitte pour mes heures de sommeil nécessaires à mon salut.

Je n'ai rien oublié. Je n'oublierai jamais rien. J'aime ce pays d'une manière maladive. Je suis un olivier qu'on ne peut plus déraciner qui s'enivre de la brise, qui danse au gré du vent, qui pleure au rythme des sécheresses et chante "fer7anine" de Cheikh Imam même quand ça va mal.

2012, je m'en fous des chiffres. Tu n'es qu'une formalité. Je suis un meuble tellement vieux qu'on ne peut plus le déplacer. 2012, on a une révolution à poursuivre. On a un combat à mener. 2012, quelles que soient tes prévisions pour mon pays, sache que tu auras affaire à moi pour peu que tu aie la moindre intention de toucher un seul cheveux de ce petit pays qui abrite une grande nation.

2012, on a une liberté d'expression à préserver sinon à renforcer. On a des régions oubliées à développer. On a une corruption à déraciner. On a un esprit dictatorial à combattre. On a une presse impuissante à remettre sur pied. On a une conscience politique populaire à élever. On a des dogmes à combattre. On a une misère à éradiquer. On a une culture à renforcer. On a une ignorance à arracher. On a un peuple à adorer et un pays à vénérer.

Tu es prévenu et tu n'as pas d'autre choix que de t'y plier. 

vendredi 23 décembre 2011

Monologue d'un condamné à aimer son pays à perpétuité




Il est temps de dormir.
Mais comment fermer l'oeil quand ta terre fraîche agonise ?
La dictature te souhaite la bienvenue.
Les assoiffés du pouvoir sont tous aux aguets pour violer ton histoire, la dignité de ton peuple, sous-couverts de la religion, un viol qui se veut halal.
Tunisie, je t'ai sous la peau, je t'ai dans mes sanglots, dans mes rêves et mes réveils difficiles.
Tunisie, je t'ai dans mes frissons, dans mes larmes et quand je trébuche.
Tunisie, j'ai le nez qui coule et le navire de mes utopies qui fait naufrage.
Tunisie, je ne te demande rien, juste le soin de porter haut ton étendard.
Tunisie, je ne crois pas en l'euthanasie, je crois en un Tout-Puissant, je crois en son pouvoir à assurer ta résurrection.
Tunisie, on parle déjà de censure, de népotisme et d'ingérence.
Tunisie, de ta révolution populaire pour la liberté et la dignité, il n'en est foutrement rien !
Tunisie, tes pauvres meurent encore de froid, tes chômeurs se tournent encore les pouces, tes damnés sont plus que jamais regardés de travers et tes marginaux encore oubliés.
Tunisie, tu ne t'en es toujours pas remise de tes anciennes blessures que tes vieux démons resurgissent pour t'asservir à nouveau.
Tunisie, je ne suis qu'un coeur, que deux poumons et qu'un seul et unique foie. Mais j'ai foi en toi, en ton peuple si "stupide" soit-il comme dirait Taoufik Ben Brick de voter délibérément pour sa prochaine dictature.
Tunisie, je dors chaque soir sur l'espoir de te voir heureuse et je me lève tous les matins sur la douloureuse désillusion de te voir prise dans les mailles des mêmes filets qui t'ont paralysé autant de décennies.
Tunisie, je ne m'en irai la conscience tranquille que lorsque je t'aurais offert mon âme et mon corps et tout ce que j'aurais économisé jusqu'ici.
D'ici là dors sur tes lauriers ! Je veille au grain pour que personne ne touche à un poil de ton histoire, de ta  civilisation et de ta formidable présence.
Tunisie, quel sort m'as-tu jeté pour que je ne puisse voir qu'à travers tes yeux ? Respirer que par tes arbres perchés ? et m'exprimer qu'à travers l'harissa avec laquelle tu m'as gavé ?
Quel qu'il soit ne m'en exorcise pas, de grâce ! Combien d'Hommes payeraient de leurs vies pour vivre le centième de mes émois !
Je prend Dieu à témoin, je t'aime de ta Bizerte à ta Borj El Khadhra ! De ta Gammarth à ta Cité Ettadhamen ! De tes bourgeois hautins à tes miséreux condamnés à avoir faim et froid !
Je ne sais pas si cela t'importe ou te procure-t-il une quelconque satisfaction, je sais seulement que tu es belle, que tu coules dans mes veines et que ton adoration est jouissive.
Dors bien ! Fais de très beaux rêves de dignité, de liberté et de démocratie ! Je garde l'oeil pour mordre jusqu'à la moindre intention malveillante. 

lundi 24 octobre 2011

Ma Tunisie, pourquoi ?



J'ai écrit depuis longtemps ma peine de te voir malmenée, mordre la poussière par les soins d'un dictateur sanguinaire.
J'ai été censuré, j'ai été tabassé, j'ai couru, j'ai crié, les larmes aux yeux, je t'ai souvent pleurée, je t'ai crue perdue, je t'ai vue pendue, je t'ai pensée partie pour de meilleurs lendemains.
Le lendemain arriva un jour, on avait dégagé le despote, la main dans la main, la voix enrouée, le coeur en ruines, les martyrs pas encore enterrés.

En un quart de siècle d'existence, j'ai toujours cru en ce peuple, en sa capacité de renaître de ses cendres, de semer la citoyenneté, la conscience, la dignité, la liberté là où rien ne pouvait pousser et de voir fleurir un jour la démocratie dans ce petit pays d'Afrique du Nord.
Comprenez alors, je vous prie, l'ampleur de ma désillusion.

Au terme de cette mascarade électorale où toutes les règles ont été violées, où le citoyen lambda a été soudoyé, manipulé, mené en bateau. Où les médias nous ont assassiné ! Où le peuple a fait preuve de connerie monumentale, où la tolérance, les valeurs suprêmes ont été diluées dans le régionalisme et la haine réactionnaire d'une société qui à défaut de se trouver dans l'utopie, se cherche encore dans la médiocrité.

Cela fait des jours que je ne dors plus. Mon taux d'adrénaline ne baisse pas. J'ai voté. J'ai regardé les responsables du bureau de vote dans les yeux. Je suis resté un bon moment dans l'isoloir, j'ai regardé le ciel et j'ai voté.
Je vous mentirais si je vous disais que je n'ai pas tremblé, que je n'étais pas pris d'une chair de poule, que je n'ai pas brimé ces larmes de joie d'avoir vécu ce jour où mon peuple a triomphé.

Mais les résultats, voyez-vous, m'ont atterré.
Hechmi Hamdi ? L'homme qui devrait se taire à jamais ? Celui qui retourne sa veste plus vite que son ombre  qui fait un tabac ? Parce qu'il est de Sidi Bouzid ?
Moubadra ? Qui est classé premier au Sahel ? Parce que c'est un parti fasciste ? Parce qu'il est tenu par des sahéliens ?
C'est quoi ce bordel ?
Ennahdha qui joue à guichets fermés ? Le parti des ennemis de la tolérance, du civisme, les tricheurs, les manipulateurs, les vitrioleurs, les extrémistes à peine masqués d'un semblant de sourire modéré !

Le peuple a dit son mot ? Ok !
Ce sont les règles du jeu ? Ok !
Hechmi Hamdi est grandiose ? Ok !
L'Initiative, c'est des militants ? Ok !
Ennahdha est la voie du salut ? Ok !

Amis de longue date, je ne sais où aller... Je ne sais à qui me confier... Je ne sais qui insulter...
Je m'en vais de ce pas m'euthanasier... Peuple de mon coeur, tu m'as tué...
Pourtant, le henné n'a pas eu le temps de s'effacer. C'est triste comme tout, une mariée qui décède le soir de son mariage...

vendredi 30 septembre 2011

Leena Ben Mhenni, voilà ce que je pense de toi...



Leena, on s'est jamais attardé dans une discussion. Sauf une ou deux fois peut-être. Mais voilà ce que je pense de toi.

Je n'ai jamais supporté le style avec lequel tu écris.
Que veux-tu ? ça ne passe pas... J'essaie de te lire, mais je n'y arrive pas. Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir essayé...
Sauf quand tu écris pour les GlobalVoices... Peut-être que c'est parce que c'est en anglais. Et ma connaissance de la langue de Shakespeare est un peu moins que rudimentaire.

Leena, je ne te cache pas que je n'ai jamais réussi à t'écouter plus d'une minute. Les interminables "eeeeeeeeuh" et autres "euuuuuuuuuuuh" pour pondre à la fin des réflexions pas si brillantes que cela... J'ai peut-être un peu mieux à faire.

Leena, quand tu parles aux médias étrangers et que tu commences tes phrases avec: "Le peuple tunisien veut..." ça me met hors de moi. Tes idées ne représentent que ta personne, ça tu devrais le savoir.

Leena, quand je tombe par hasard sur ta voix en changeant de station radio, je passe à la suivante sans tarder. Je me dis qu'un jour, je t'écouterai, mais pas aujourd'hui ! Parce que j'ai mieux à faire !

Leena, quand j'ai appris que tu a écrit un livre, je suis resté bouche bée. Tu n'es même pas capable de me retenir l'espace d'un texte d'une dizaine de lignes, il me faudrait plus d'un siècle pour terminer ton livre, je pense, non sans me forcer.

Cependant, Leena, il me serait impossible de passer outre ton combat.
Tu étais l'une des rares à bloguer sous ton vrai nom. A parler aux médias étranger, à militer, à afficher clairement tes positions sans craindre les représailles d'un régime sans merci.
Tu es sortie dans la rue, comme nous tous. Mais sous ton vrai nom et non sous un pseudo comme c'est le cas de la plupart d'entre nous.

Leena, je pense que tu n'as pas beaucoup de talent mais que tu as donné sans compter pour une cause qui nous concerne tous au péril de ta vie.
Leena, je pense que tu mérites toutes les distinctions du monde. Si on nous annonce que tu es prix Nobel de la paix je serais au moins aussi heureux que toi.
Après tout, Shamon Perez et Barack Obama n'ont rien fait pour la paix au moment de leur consécration et toi, tu as collaboré à nous rendre plus heureux et un peu plus libre quand-même.
Leena, je t'aime bien, parce que tu es une blogueuse tunisienne libre et émancipée.

Mes sincères amitiés ! 

lundi 25 juillet 2011

Ne pas voter c'est cracher sur l'histoire !




Ton équipe nationale jouait à Radés. Dés qu'elle a encaissé un but inattendu contre une équipe nullissime, tu ne t'es pas abstenu de supporter l'équipe adverse et de siffler les joueurs qui te représentaient clamant à qui veut l'entendre que tu étais un supporter exclusif d'un des grands clubs tunisiens.

Ton pays vivait l'agonie sur le plan politique et économique. Tu ne t'en es jamais plaint. Tu te sentais merveilleusement bien, au contraire.

Tu ne connais rien de l'histoire de ton pays. Le 20 mars n'a jamais été pour toi plus qu'un jour férié. Par contre tu attendais impatiemment le défilé  du 14 juillet.

Tu as vécu comme tout le monde, avec beaucoup de détachement le début de la révolution tunisienne. Puis un certain 13 janvier, tu as même eu le culot et le courage de mettre sur ton profil facebook un statut subtile que l'on pouvait interpréter de mille manières mais par lequel tu étais le seul à y voir une critique pour le régime en place.

Plus fort encore, le 14 janvier, tu es sorti devant le ministère de l'intérieur pendant 10 minutes chrono.
Depuis, tu sens que c'est toi qui as fait la révolution et tu répète à tue-tête que rien n'a changé dans ce pays, que le système pourri est toujours en place, qu'il n'y a aucune avancée en matière de libertés et que cette révolution est une arnaque purement et simplement, au moins aussi répugnante que le parfum contrefait offert par Ennahdha: J'aRdore de Abessalem Dior.

Tu te dis que tous les partis sont pourris et calculateurs et qu'ils sont tous à l'affût pour te voler ta révolution.

Sauf que si des gens sont sortis dans la rue sans gilets pare-balle et sans autre ambition que de libérer la Tunisie, c'est pour que des morveux comme toi et moi ayons l'opportunité inouïe de voter.

Si tu ne sais pas pour qui voter, tu sais au moins quel parti tu ne voudrais pas voir triompher. Au pire tu feras un vote blanc. Mais, c'est inconcevable de rater ce rendez-vous avec l'histoire encore impensable il y a six mois.
Pour une fois, tu as la possibilité d'aller voter en ayant l'impression de pouvoir changer le cours de l'histoire de ton pays.
On vivait sous une dictature qui nous empêchait de respirer librement. Aujourd'hui, on a enfin la possibilité d'inspirer l'avenir de notre pays.

Amis morveux, petits et grands, encore récalcitrants concernant l'inscription. Je suis comme vous. J'ai des doutes sur la transition démocratique. Mais tant que l'espoir persiste, il ne faut pas rater cette chance.
Si vous ne le faites pas par conviction, faites-le pour l'amour de ce pays, pour le respect du sang de nos martyrs...
Amis de toute part, pour l'amour de Dieu, INSCRIVEZ-VOUS ! 

mercredi 22 juin 2011

Le Pr. Zaouch, la révolution des jeunes médecins et mon humble personne

Inutile de vous rappeler que le système médical tunisien est profondément malade, titre de mon précédent billet qui rapporte quelques pathologies qui menacent l'intégrité du patient et du médecin admis dans les hôpitaux tunisiens.

Samedi dernier, une demoiselle, interne dans le service de chirurgie A de l'hôpital Charles Nicolle, se fait violemment gifler par une patiente alors qu'elle assurait une garde aux urgences.
Etant de garde le même jour au sein du service de chirurgie en question, j'ai pu assister et essayer de défendre, non sans peine, la dignité bafouée de cette jeune interne, tout ce qu'il y a de plus sérieux et compétent.

On a permis avec quelques confrères volontaires que le service des urgences ne soit pas paralysée parce que l'interne violentée se devait d'aller porter plainte et ne pouvait plus continuer la garde. 

Entre temps, l'interne est prise à partie par une bande d'ouvriers qui la menacent de témoigner contre elle si jamais elle ne retire pas sa plainte. Etant livrée à elle même, aucun soutien moral de la part de cette administration complice par son silence et sa passivité à outrance de cette agressivité ambiante qui nous touche chacun à son échelle. 
L'interne affolée décide de se rétracter et de revenir compléter sa garde comme si de rien n'était. 

Pire encore cet acte  n'est pas isolé. Tous les deux-trois jours, dans les hôpitaux universitaires de Tunis, des médecins se font violemment agresser laissant chez certains d'importants dommages.
Ces crimes restent souvent impunis, du fait de la nonchalance de l'administration face à notre honneur piétiné. 
Les hôpitaux de Salah Azaïez, l'Hôpital d'Enfants ou tout dernièrement celui de la Rabta peuvent en attester.  

Fort de l'appui de mon chef de service, le grandiose Pr. Zaouch, sommité mondiale dans le domaine chirurgical et militant de longue date et celui d'une pétition que j'ai fait, moi-même en compagnie de deux autres collègues, tourner le lendemain, selon laquelle on n'était plus apte à assurer des gardes aux urgences tant que notre sécurité n'était pas garantie et pour protester contre l'absence totale d'encadrement dans ces lieux où nous consultent des centaines de malades pendant chaque garde avec un rythme effréné et desquels nous sommes contraints de faire le tri parfois à tort et à travers vu le manque d'expérience et le débordement manifeste dont nous faisons l'objet. 
La pétition a comporté plus de 300 signataires. 
Nous en avons fait des copies et en avons adressé au dit service. et aux autres services de chirurgie. 

Au final, hier mardi 21 juin 2011, je ne suis pas allé aux urgences. J'ai été dans mon service, en tenue et j'y ai passé toute la garde. 
Le chef de service des urgences a été obligé de recruter d'autres internes pour me remplacer à la dernière minute. Mais je pense que le message est passé. 
J'assume pleinement les conséquences de mes actes. Que ceux qui s'obstinent à nous encourager à se faire gifler en silence et à ne rien apprendre de surcroît fassent notre boulot à notre place. Que le système médical pourri bâti sur des chimères implose tranquillement. 

Je précise à nouveau que c'est de notre ressort, nous jeunes médecins, de révolutionner notre secteur. Qu'on arrête avec notre sempiternelle peur de changer les choses et de bousculer les a priori  !   

Voilà qui est dit.
Affaire à suivre... 

mardi 14 juin 2011

Un secteur médical profondément malade...



Je suis profondément dégoûté de la pratique médicale dans les hôpitaux tunisiens.
Sans vouloir tomber dans l'extrême facilité et la bassesse de la généralisation, mais on voit chaque jour des abus de pouvoir qu'il serait criminel de passer sous silence.
Les hôpitaux sont corrompus et sales. Il faudra être plus que patient pour être patient en Tunisie.

Pas de compresses stériles. Et pour cause, tous ces infirmiers qui ont ouvert illicitement des infirmeries en utilisant le matériel hospitalier. Personne ne fait rien, parce que tout le monde est complice. 

Des malades qui sont obligés de passer par la consultation privée du chef de service pour être hospitalisés dans un hôpital que le contribuable a payé de son sang et de son argent avec la complicité des surveillants. 

Des médecins cupides et intéressés. Des patients égarés, quoique souvent bien soignés.


Mais où est le serment d'Hippocrate dans tout cela ?
Nous en sommes à des années lumières...

Des médecins qui se traitent de tous les noms d'oiseaux en public comme en privé. Des patients dont on abuse de la confiance, de l'argent et de la dignité.

Je m'insurge ! Je me révolte !
J'ai fais médecine parce que j'ai des idéaux de philanthropie. Oui mesdames et messieurs, j'ai bien dit philanthropie !
Connaissez-vous seulement, le sens de ce mot ?

N'en parlons même pas de ces rats que j'ai croisé dans une certaine biberonnerie. Il est aussi d'innombrables autres problèmes très profonds telle la prise à partie des médecins par les patients devenue une triste

Dernièrement, j'ai suivi avec beaucoup d'intérêt le Syndicat des Internes et Résidents de Tunis qui a organisé des manifestations ainsi que des grèves pour mettre la pression sur les responsables. Je croyais qu'on menait le même combat pour des soins dignes pour tous les citoyens de ce pays.
Il s'est avéré que le seul réel problème jugé urgent par ce syndicat c'est le droit de faire des stages à l'étranger et la suspension de cette fameuse loi relative au service national vu que finalement les grèves prévues pour les 13-14-15 juin ont été suspendues à la dernière minute.

Dans la page officielle du syndicat, on ose même crier victoire ! Mais de quelle victoire parlez-vous ?
Il n'y a aucune gloire quand la gangrène qui évolue depuis des années dans ce milieu médical pourri n'a pas été traitée d'une façon radicale.
En sachant que l'activité du syndicat des médecins est gelé depuis trois bons mois, Dr Khelil Zaouia ne faisant plus l'unanimité, on doit endosser la responsabilité historique de révolutionner notre secteur. C'est à nous, qu'il incombe d'agir désormais !

On est, de jeunes médecins, encore imprégnés de hautes valeurs morales contrairement à certains de nos aînés que l'argent a dévié du droit chemin, sauf le respect que je leur dois.
C'est à nous de mener ce combat et de mettre les bouchées doubles pour qu'un jour, le patient redevienne la prunelle de nos yeux.
Prenons exemple sur nos voisins, les médecins algériens et marocains, qui malgré la répression sauvage de la police continue à se battre pour la dignité du médecin, celle de la médecine et celle du patient.

Maintenant, si vous me dites qu'il s'agit d'un gouvernement provisoire, qu'il serait impromptu de lui demander des comptes alors qu'il n'est là que pour gérer les affaires courantes en attendant ces foutues élections historiques qui tardent à venir. C'est une idée que j'accepterai volontiers. Cela dit, ce sujet mérite d'être discuté et toute vérité est bonne à dire !


A bon entendeur, salut !  

samedi 28 mai 2011

Un slam pour les internes et résidents tunisiens






Je suis un des innombrables stagiaires internés.
Aux visages cernés, au rythme de gardes effréné,
Armés que de leur volonté et d'un simple carnet.
Dévoués pour leurs malades à longueur de journée.
Trouvant que c'est tout à fait normal de devoir marner.
Insurgés par les propos indignes des responsables bornés,
Plongés dans l'incompréhension, parfaitement consternés,
Comment ose-t-on de nos efforts sincères baliverner,
Désormais on se taira plus pour nos droits profanés,
Pour nos malades bassinés, constamment embobinés,
Sur des brancards de fortune tristement acheminés,
Par le manque de moyens à une mort bête destinés,
Sur les efforts, sachez-le, on n'a jamais lésiné,
Aller à l'intérieur sans infrastructure équivaut à vous guillotiner,
Nous préférons encore faire grève, à nos principes cramponnés,
C'est l'hymne du malade que vous nous entendrez entonner,
On lutte pour des hôpitaux dignes pour les riches et les infortunés,
Ceux qui arborent des piercings et ceux qui préfèrent le henné,
On veut être impliqué dans la réforme comme tous les concernés,
On ne veut ni augmentation de salaire ni la révolution braconner,
Ce que nous tentons de faire c'est notre secteur, révolutionner,
Pour l'intérêt de nos malades, des tuberculeux aux orteils gangrénés,
Le mardi 31 mai devant le ministère de la santé, le RDV est donné,
L'équipe de garde sera en poste, le service minimum sera actionné,
Pour nos diplômes emprisonnés, nos rêves piétinés,
les fausses promesses ruminées et notre blouse blanche incriminée,
Ce peuple révolutionnaire qu'on tente insidieusement d'exterminer,
Nous serons forts, nous serons nombreux, nous serons agglutinés,
Pour plus qu'une âme malade ne se sente marginalisée et damnée.
Soyons unis ! Soyons de notre témérité et de notre patience ornés,
Plus jamais ce rêve de soins dignes pour tous ne devra être ajourné ! 

mercredi 18 mai 2011

Dis moi qui sont ces gens...




Dis moi qui sont ces gens qui se délectent de notre sang, au nom de la politique...
Je vis mal dans cet univers immonde, retouché à la chirurgie plastique...
Journalistes amateurs, militants profiteurs, aux convictions de tiques...
Des partis mal-partis, de mensonges sertis, nuls en pratique...
En ce jour, ils sont morts, nous laissant des remords et une vie chaotique...
Des militaires au patriotisme austère, en héros authentiques...
J'emmerde les intégristes, aux faciès tristes et aux idées dogmatiques...
Vos attaques, votre haine, vos déclarations hautaines, que des piqûres de moustiques
Ma patrie ne pleure pas, on fera nos premiers pas de transition démocratique...
Qu'ils aillent en enfer, ici ils n'ont rien à faire, ces criminels fanatiques...
A tous nos martyrs, ayant succombé à des tirs, votre mort m'est traumatique...
Que Dieu vous gâte dans ses cieux, vous héberge sur des pieux poétiques...
Pour finir, déployons des efforts drastiques, soyons honnêtes, soyons sarcastiques, mettons le doigt sur les problématiques, quitte à être taxés d'hérétiques.
Notre peuple est mythique et on va gagner, c'est mathématique...


samedi 7 mai 2011

Je suis un témoin oculaire d'une Tunisie qui brûle...









J'étais au Centre-Ville aujourd'hui. 
J'ai la tristesse de vous annoncer solennellement que ce pays  brûle. 
Pourtant, j'ai une réputation de grand con d'optimiste, même quand ça va mal, avançant quoiqu'il arrive que "Lébés"...

J'ai vu des hommes indignés de la sauvagerie dont ils ont fait l'objet hier. 
J'ai vu des fonctionnaires de l'état dévoués à la cause du citoyen, prêts à leur fournir en abondance un gaz qui va droit au coeur au point de provoquer un larmoiement ému et sincère.


Des attroupements par ci, par là. Des jeunes surtout et des beaucoup plus jeunes. Certains serrant des pierres dans les mains, d'autres justes effarés de voir leur Tunisie sombrer et leur révolution violée en public.

J'ai vu une police concentrée sur l'avenue Habib Bourguiba mais qui menait à chaque fois un assaut sur une des rues avoisinantes, violentant tout ce qui bouge avec une barbarie inouïe. 
J 'ai vu aussi pour être honnête, des manifestants qui les provoquaient. 
J'ai vu des visages angéliques et d'autres balafrés. J'ai vu des femmes, des enfants, des voilées, des sexys, des pauvres, des riches. 
J'ai vu un pays sous le choc. J'ai vu un peuple qui pleure à pleine voix sa peine d'être toujours de la chaire à canon pour ces politiques véreux attablés dans un resto chic qui se partagent sans aucun scrupule les tranches d'une pizza succulente nommée Tunisie en se foutant royalement des pions qui esquivent les tirs de bombes lacrymogènes sur lesquels il y a écrit en gras: MKII-560CS à croire mes yeux.

Des yeux baignés de larmes. Des larmes meurtris de ce mélodrame qui dure, de ce rêve qui foire à coup sûr. 
La liberté chez nous a eu une sacrée odeur lacrymogène. 
Le rêve chez nous a massacré les ambitions sans gêne. 
La trêve chez nous n'aura duré que le temps qu'on nous morigène.

Dans un des assauts de la police en notre direction, et nous étions au niveau de la zone du passage de Tunis, j'ai couru à n'en plus finir, à ne plus sentir mes jambes. 
Courir non pas pour fuir ni pour en finir. Courir pour aller de l'avant, courir vers l'avenir. 
Avec un présent qui cale et un passé loin de me convenir. 
Je suis rentré certes, mais je compte bien revenir. 
Demain, après demain hantant les pas des inhumains. 
Le thorax exposé, les mains nues, les idéaux apposées sur mes lèvres charnues.

Ma Tunisie, si une bombe lacrymogène venait à percuter mon crâne, m'ôtant la vie au passage, saches que ton amour survira à mon âme. Quand je serai charogne, que les insectes nécrophages se régaleront de ma trogne, je garderai toujours ma main sur ta joue déposée et la tête sur ton épaule adossée. 

D'ici là, dors bien. On ne mourra pas aujourd'hui, peut-être un peu demain. Mais je resterai à jamais face à ta splendeur un éternel gamin qui s'émerveille de ton sourire à l'odeur du jasmin...

dimanche 1 mai 2011

نْحبِّكْ يَا تُونس

تهون الحياة خمسُ مرّاتٍ في اليومِ الواحِدِ في حُبِّكِ يا تونسُ.

تَبكي عينايَ لأنّي لم أستَشهِد يومًا في عِشْقِكِ ويطيرًُ القلبُ فَرَحًا بِأنّي حَيٌّ أُرزَقُ لِأَرْزُقَ تُرابَكِ قُبلَةً على الجبينِ وعَشرةً على الوجنتيْن.

إنتي باب الجنّة والمْجاز، إنتي في الشّبوبِيّة إعجاز، إنتي بِنّة على بِنّة، إنتي الوطِيّة إنتي الحِنّة، إنتي الأُمّ، إنتي الكِنّة.

ماحبّيتش وعُمري ما نْحِبّ و طول عُمري في عوض نْصبّح نْسِبّ، ما نْفَرّق بين قصورات وخرب، كي ريتك قُلت هذه هيّ، أميرة الحضارات المِنسيّة، آلهة الجمال والحُرّيّة.

بترابِك بشطوطِك، بوْلادِك بجدودِك، بفُمِّك بخْدودِك، بأَرضِك بحدُودِك، بصَحرتِك بهَبلتِك، بجْفاك بلَمْستِك، بهَوانِك بقُوّتِك، بلْحيك بيسارِك، بشْوارعِك بدْيارِك.
حَبّيتْ فيك روحِك الخفيفة، الخليط بين ريحة الياسمين والجّيفَة، عينِيك وأجْفانِك، كراسِيك وأكْفانِك.

حَبّيتِك حتّى ماعادش الحُبّ، حَبّيتِك كيما يَحْكيوْ في الكتُب، بلا طمع في فلوسِك ولا في مناصب، غير مشمومِك قُدّامي وأنا شايِخ ناصِب.

يا تونِس إسْمَعني نَحكيلِك حكاية، حُبّي ليك عُمرو ما يكون ليه نهاية. في أرضِك تولِدت وفي ترابِك يِدفنُوني، وكلامي عُمرو ما يِتبَدِّل ولو تعمِل فِيَّا الدُّونِي.

موعِدنا في تُمْبُك جويلية نهار عيد ميلاد جديد، نهار إنتخاب المجلس بإرادة شَعبِيّة من حَديد، وأنا بحُكم الأغلَبِيّة راضي والله على ما أقوله شهيد.

jeudi 28 avril 2011

A quoi joue la police tunisienne ?



La police tunisienne a tabassé, assassiné, humilié, épié, fiché, surveillé, transgressé les lois et commis des abus à tout va durant l'ère du président déchu.

Pourtant, ils ont été les premiers à récolter les fruits de la révolution tunisienne.
Ils ont gagné à être syndiqués. Ils ont obtenu une augmentation de salaire très significative. Ils ont bénéficié de mesures exceptionnelles d'amnistie pour les policiers qui ont été injustement écartés. Mis à part quelques rarissimes cas d'agents qui ont été jugés, la majorité écrasante n'a pas été inquiétée.

Pourtant ce sont leurs brodequins qui ont écrasé les boites crâniennes des tunisiens depuis des décennies !
Les bourreaux de ce peuple, ceux qui n'ont pas hésité une seule seconde à tirer sur leurs compatriotes, sont désormais les heureux bénéficiaires d'une récolte qu'ils ont tenté par tous les moyens de détruire.

J'ai déjà dans un récent billet (cliquez ici) reconnu qu'il n'était pas de tout repos d'être policier à l'heure qu'il est dans ce pays où tout est hors de contrôle.
Cependant, aujourd'hui il me parait évident que cette police faillit à sa mission.
Ces citoyens assermentés pour servir leur patrie font désormais dans la surenchère sans aucun scrupule.
On l'a vu notamment pendant le match qui a opposé le CAB au CSS et qui s'est terminé en catastrophe avec pour déclencheur, la fuite des policiers.

Des blogueurs sont passés à tabac pour peu qu'ils aient la mauvaise idée de couvrir un évènement pacifiste, légitime et spontané d'un peuple qui a offert son sang en échange de sa liberté de penser, de s'exprimer et de manifester.

Cette même police devient tout à coup bienveillante quand il s'agit de manifestations de RCDistes qui réclament leur réhabilitation et leur refus d'une exclusion collective.

Des vieux réflexes qui trahissent l'ancienne architecture du pouvoir en Tunisie ? Les dogmes selon lesquels l'état c'est le RCD, que l'état c'est la police et que par conséquent la police c'est le RCD ?

Ces derniers jours la police multiplie les grèves et enchaine les manquements à leurs obligations.
Pour une fois bon sang, agissez en tant qu'Hommes et arrêtez d'exister en tant qu'animaux féroces sans discernement ni foi ni loi. Prenez exemple sur la bravoure et la dignité du peuple tunisien dont vous faites à priori partie.

vendredi 22 avril 2011

Ces libertés toujours prises en otage !


Toute personne naît libre, vit libre et meurt en tant que tel.

Libre de penser, de s'exprimer, de croire, d'idolâtrer, de danser, de crier, de parler, de sourire, de vivre, de sautiller, de courir ou de marcher, de dormir ou de cravacher, d'avaler ses mots ou de les cracher, d'exposer ses maux ou de les cacher.
Notre liberté de s'exprimer, on l'a arrachée à nos oppresseurs au prix du sang de nos jeunes, de quelques jambes amputées et de quelques reins fracassés.


Aujourd'hui nous sommes toujours privés de certains des droits de l'homme les plus élémentaires. Je cite à titre d'exemple, celui d'être décadent quand on le veut sans subir les remarques déplacées de moralisateurs à deux balles repentis il y a deux jours et qui après avoir joué aux cowboys pendant des décennies, se prennent pour Dieu, excusez du peu !
En effet, avec la montée en puissance de l'intégrisme religieux tenant un double discours tellement bien rôdé qu'il me fait craindre le pire et disposant d'un financement colossal, nos rêves sont menacés au même titre que ces libertés individuelles pour lesquelles nos aïeux ont bataillé dur.


Par ailleurs, l'Homme africain ou plus généralement, celui qui a le malheur de naître dans un pays sous-développé est privé de sa liberté de circulation.
On a parfois du mal à le saisir, mais l'Homme est libre de circuler là où bon lui semble, là où il se sent à l'aise. Tous ces obstacles ne sont que foutaises ! Visa et autres formalités sont des mesures liberticides et nous vivons dans un monde qui n'applique le bon sens que la où réside l'intérêt du puissant.

Une petite pensée à nos frères dans des cages à ciel ouvert à Lampedusa, à Trapani  et  ailleurs. Ceux là qui ont passé les frontières au péril de leurs vies avec pour unique rêve celui d'une vie meilleure.
Vous passez pour des hors-la-loi certes mais en réalité, vous êtes des guerriers de la liberté. Tous ces avions charters qui vous rapatrient comme de minables cargaisons, c'est inhumain ! c'est inadmissible!
Au diable les indicateurs économiques ! Au diables la xénophobie ! Il y a de la place pour tout le monde sous le soleil !
Je finirai avec le titre d'une chanson du grandiose chanteur ivoirien Tiken Jah Fakoly "Ouvrez les frontières !"

vendredi 8 avril 2011

La police tunisienne, d'un bourreau à un "héros" !





J'ai toujours haï la police de toutes mes forces du jour où du haut de mes dix ans, je me suis pointé avec un ami qui venait s'enquérir sur la disponibilité de sa carte d'identité nationale, dans le commissariat d'Hammam-Lif. A ce moment là, un policier m'a pris à partie gratuitement évoquant mon dieu et celui de toute ma famille dans des termes d'une violence inouïe insupportables pour l'âme innocente que j'étais.

Je les percevais comme des délinquants qui poursuivaient d'autres délinquants sauf que les premiers ont des insignes et ont le pouvoir d'incarcérer les seconds pour des crimes pour lesquels les premiers ne sont pas passibles d'emprisonnement.
S'ils retrouvaient un citoyen en train de se bourrer la gueule, ils lui confisquaient tout l'alcool qui était en sa possession, ils se le partageaient, le buvaient illico devant ses yeux attristés avant de briser les bouteilles vides devant ses yeux et de repartir pour de nouvelles "rezzia".

S'en est suivie des dizaines d'injustices dont j'étais témoin me révoltant à chaque fois, faisant de ma chanson préférée celle de Cut Killer et des NTM qui était présentée en vedette dans la bande originale du film français mythique: La haine !








Les évènements de Rdeyef puis de Sidi Bouzid n'étaient pas vraiment le meilleur choix pour cirer l'image d'une police répressive, véritable bourreau d'un peuple sans défense usant de balles réelles comme on fume des cigarettes, ne discutant aucunement les directives qui demandaient pourtant l'extermination du peuple dont ils font partie au profit du pouvoir en place qui les martyrise pour quelques misérables dinars.

Aujourd'hui encore, je garde des séquelles de ma haine enracinée pour les hommes en noir, figure de proue d'un ministère passé maitre de renommée mondiale dans le domaine de la torture.

Cependant, je me dois de me faire l'écho de ce que je vois aux urgences de l'Hôpital Charles Nicolle en toute honnêteté.
Je vois des policiers tabassés pour avoir fait leur boulot à savoir protéger le citoyen des malfrats et des abus. Je vois des policiers qui se font amocher par des bandes organisées parce qu'ils veillent sans tricher sur le droit du tunisien de dormir sur ses deux oreilles.
Je vois des hommes stressés, des hommes qui ont peur pour leurs vies, des hommes dont les regards en disent long sur leur effroyable quotidien mais des hommes qui font leur boulot consciencieusement et des hommes entièrement dévoués au service de la nation.
Rien que durant les derniers évènements de Beb Dzira, des dizaines de policiers ont été blessés avant de contrôler totalement la situation.

Je ne vais pas dire que ce sont des anges, loin de là, mais qui d'entre nous peut bien se targuer d'être exempt de tout reproche ?!

Il existe encore des abus perpétrés par la police. Il existe encore des policiers corrompus comme partout dans le monde, peut-être plus et peut-être moins. Toutefois, aujourd'hui, être policier est devenu un métier horrible, un métier héroïque, un métier noble d'autant plus qu'en post-révolution, la période anarchique habituelle où les braquages et la criminalité en général semble atteindre des sommets.


La peur du gendarme est un mal nécessaire, c'est une constatation inévitablement évidente. C'est une notion incontournable pour retrouver la fameuse "autorité de l'état" que nous répète à chaque fois notre papi à nous, Beji Caïd Sebsi, pour que la vie de tous les jours reprenne enfin, un cours normal.

Il faut tout de même qu'il y ait des structures sérieuses et intègres de surveillance des éventuels abus de la police, parce qu'il ne faut pas être émotif à en perdre la raison. Une rechute peut-être envisageable, ou peut-être serait-elle en cours et nous devons impérativement être armés comme il se doit pour y faire face.


P.S: Pour ce qui est de la police politique et de la DST, c'est un tout autre sujet...

samedi 2 avril 2011

لا بأس يا تونس ! لا بأس








On aura beau me répéter que l'heure est grave, que des tunisiens à l'apparence afghane et à la barbe moyenâgeuse scandent des slogans belliqueux en pleine avenue mythique Habib Bourguiba principale artère qui a irrigué ma jeunesse en doux souvenirs et bercé mon adolescence entre la douceur des coins de rue et la pente abrupte des périlleuses aventures qui nous menaient tout droit vers une perte certaine n'eusse été la bienveillance du Très-Haut.

Labess, répondis-je à chaque fois du haut d'un impassible sourire. 

Il y a le son des balles qui retentit sous les appels de ce bon millier de personnes de voir ce pays sous l'emprise d'interprétations diaboliques de ce que le Miséricordieux a pu inculquer à son prophète analphabète. 
Que la femme se terre chez elle et s'ensevelisse sous un niqab. 
Que la démocratie, parfaite illustration du blasphème made in occident soit abolie à jamais au profit d'un calife à la place du calife. 
Au diable les libertés individuelles ! Vous n'avez d'autre choix que d'adhérer ! On est prêt à mourir pour faire de la Rezzia de Tunis un exemple à suivre et du pouvoir en place une triste victime de notre abnégation et de notre infini attachement aux valeurs que Dieu a sacralisées. 

La police rétorque avec des réflexes vieux comme le monde, tel un violent coup de matraque sur la nuque ou une mère évoquée dans des positions peu enviables ou pire, un coup de brodequin sur l'angle mandibulaire qui rappelle vaguement la scène mythique du film culte American History X sauf qu'à la place des Skinhead on a des agents du désordre prêts à se sacrifier pour la patrie voire à sacrifier les patriotes qui ne veulent pas la fermer. 

Le rêve de voir cette parcelle de terre qui pointe le bout de son nez en plein dans la méditerranée, se hisser parmi les pays démocratiques ne tient plus qu'à un fil.
Mais à ceux qui se disent atterrés, apeurés et paralysés par la simple idée que notre révolution échouerait, je réponds avec toute la confiance qu'il a été donné à un humain d'arborer: Labess ! 

Malgré la dérive répressive d'un régime qui traîne les revendications légitimes du peuple que le monde entier lui envie, comme un fardeau. 
Malgré le Beji Caïd Sebsi destourien endurci qui peut te parler pendant deux heures sans répondre à aucune question. 
Malgré Farhat Rajhi qui a été démis de ses fonctions pour avoir refusé de prendre part au jeu répressif d'un gouvernement qui n'a toujours pas traduit en justice les criminels, les truands et les voleurs de la république.
Malgré la liberté acquise au prix du sang et tronquée par les médiocres et véreux politiques. 
Malgré l'occupation financière des superpuissances par le biais d'énormes dettes dont rien n'arrivera au peuple comme d'habitude.

J'engage mon honneur, je vous donne ma parole, je vous le  déclare solennellement: Labess ! 
Menacés, nous le sommes certes mes frères. Mais nous sommes libres et personne ne nous l'enlèvera cette fois-ci ! 
  

lundi 21 mars 2011

Le faux débat sur la laïcité


Les débats d'après 14 janvier sont comme une fripe, on y trouve de tout mais surtout de la camelote.
Alors, dans cette friperie idéologique on est parfois tenté de raccrocher, de devenir apolitique et de faire de la situation actuelle du football tunisien sa plus grande préoccupation.

Cependant, parfois, la nostalgie de l'époque où l'on débattait de tout sans aucune peur ni aucune vergogne refait surface et nous revoilà.

La scène politique et sociale en Tunisie est actuellement secouée et très divisée sur un interminable débat autour de la laïcité.
Rien de plus légitime, me diriez-vous ? Ou encore, c'est un indicateur de bonne santé sociale si le peuple se met à réfléchir et à prendre position ?
Peut-être, oui... Mais le problème c'est que ça vole très bas coté arguments et les gens ne maitrisent aucunement la question.

Par ailleurs, des manifestations pour la laïcité sont sévèrement réprimées par d'autres manifestants qui jugent cette prise de position blasphématoire, des femmes sont traitées de trainées pour peu qu'elles aient manifesté, des gens sont agressés au nom de l'islam et Dieu sait combien il en est innocent et des vidéos circulent sur le net affichant des personnes qui ridiculisent les laïques avec un humour digne d'un écolier en cour de récréation.

Je ne vous cache pas que je suis pour la laïcité et que je ne perçois aucune autre voie du salut pour notre nation que sous un gouvernement laïque.
Maintenant, essayons de comprendre le sens de la laïcité dans le calme et loin de ce climat  de chasse aux apostats. Nous sommes des gens supposés civilisés, Bon Dieu !
Commençons alors par dépassionner le débat.

La laïcité veut dire séparation entre autorité religieuse et état dans la gouvernance d'un pays et ne désigne en aucun cas l'athéisme. Je suis musulman et je trouve que l'islam si pur et si spirituel n'a pas à se prostituer dans un milieu répugnant comme la politique.  La compréhension de ce principe est essentielle pour le reste du débat. Parce que si tu me taxes de renégat au premier désaccord, il est clair que tu es loin de m'accorder le respect minimum nécessaire pour une discussion civilisée.

Je défend farouchement cette position vu que les exemples dans l'histoire d'ingérence des religieux dans les affaires de l'état se sont tous soldés par un échec cuisant ,une décadence à n'en plus finir et une réduction franche et affligeante de l'espace des libertés individuelles.

Où sont les revendications des anti-laïcité ?  Garder l'islam comme religion de l'état tunisien dans le premier article de la constitution. Bien sûr !
Ceci est un fondement de la constitution. Beji Caïd Sebsi a même qualifié ce point de "ligne rouge à ne pas franchir".

Où est le problème alors ? Appliquer la chariâa ?
Tu veux qu'on coupe les mains aux voleurs avec une taille à la coupe proportionnelle à la gravité du vol ? Qu'on décapite les assassins en pleine place publique sous l'étendard du Qasas ? Tu veux qu'on lapide à mort les femmes adultères en prenant soin de choisir une taille moyenne pour les pierres pour faire le plus mal sans tuer trop rapidement ?

Il faut garantir les libertés individuelles dans cette patrie connue depuis des millénaires pour sa tolérance à toute épreuve. C'est un énorme bond en arrière que de fermer les maisons closes. Ce serait un acte d'autant plus liberticide si on empêchait les gens de se bourrer la gueule dignement.
Le code du statut personnel est sacré pour moi et pour tous les tunisiens qui savent respecter l'histoire de cette nation. C'est une fierté nationale, un acquis considérable que nous envient tous les autres pays plus ou moyens ouvertement. Le Maroc par exemple bataille jusqu'à ce jour pour essayer de garantir le dixième des libertés dont jouit la femme tunisienne depuis le 13 aout 1956.

Pour garantir les libertés individuelles et contrecarrer les courants salafistes qui fantasment sur une Tunisie "talibanesque" nous nous devons de protéger la laïcité.

Je vois que concernant l'application de la laïcité, les rumeurs vont bon train.
Les horaires spéciaux au cours du mois de ramadan seront maintenus.
Les fêtes religieuses seront encore et toujours fériées comme c'est le cas en France vu qu'ici bas, l'islam est la religion de majorité écrasante.
L'éducation islamique sera encore et toujours enseignée. 
La femme pourra à souhait porter un hijab ou un string (ou les deux à la fois) sans être inquiétée pour autant.

En gros, arrêtons de diaboliser les laïques en dépeignant des ivrognes libertins athées et irrespectueux des mœurs et coutumes. C'est trop caricatural et le peuple tunisien est intelligent pour croire à ces niaiseries.
La Tunisie est un pays musulman certes mais la laïcité est un principe qui est là pour être érigé comme rempart à l'obscurantisme et aux éventuels aléas de notre jeune expérience démocratique.

Je ne trouve pas que cette dualité d'un état laïque dont la religion est l'islam est de l'ordre de la schizophrénie, loin de là. Les deux principes peuvent très bien s'épouser et cohabiter en toute harmonie.

Mon frère quand tu diffères de moi, que tu te prosternes pour Allah, Dieu ou le néant c'est un choix personnel et je ne te jugerais jamais pour tes orientations religieuses. Mon frère si tu bois de l'eau minérale, ou de l'alcool, que tu fais vœux de chasteté ou que tu fais de tes organes génitaux un fond de commerce, loin de me léser et parfois loin de m'enrichir (contrairement au petit prince) tu m'en vois souvent indifférent
Mais bien heureux de voir que tu peux exister avec la manière qui te chante sans craindre pour ta vie, pour ta dignité ou pour ton intégrité physique.

Pourquoi maintenant parler de faux débat ?
Tout simplement parce que si les deux parties s'attablaient et discutaient dans le calme et la sérénité je suis sûr qu'au lieu de la violence dont ils font preuve actuellement, ils en sortiraient avec beaucoup d'amour, de compréhension et d'accord dans le respect mutuel.


A bon entendeur !


P.S: Je m'excuse si l'organisation de ce texte est quelque peu anarchique. Je suis dans un piteux état. Cloué au lit depuis deux jours.

mardi 1 mars 2011

"Dégoutage" au pays du jasmin

Plus envie d'écrire. Plus envie de sortir.
C'est officiel, je déprime pour mon pays.
J'ai été à la Kasbah tous les jours pour appeler Ghannouchi à s'en aller et à nous laisser continuer tranquillement notre révolution rebâtir notre Tunisie sur des bases solides.
Je n'étais pas d'accord sur d'autres revendications tel le régime parlementaire ou le conseil de protection de la révolution. Il me suffisait que Ghannouchi s'en aille et qu'une assemblée constituante soit élue.

Ghannouchi a démissionné, Caïd Sebsi a été nommé. Aussitôt, la Kasbah a crié "Dégage Caïd Sebsi"
En discutant avec des "Moâtasmine" de la Kasbah, j'ai eu un choc insurmontable.
Ils sont contre tout le monde. "On restera à la Kasbah, on paralysera tout le pays jusqu'à ce que nos revendications soient entendues. Le peuple a choisi et le gouvernement n'a d'autres choix que de suivre. Nous voulons un régime parlementaire et que le conseil de protection de la révolution soit adopté"
et sur la question du vandalisme du centre ville le weekend dernier, ce taré s'est interrogé: "Et pourquoi la police a tiré ? Ils n'en ont pas le droit ! C'est criminel !"

Je ne porte pas la police dans mon cœur, loin de là. Mais lors du weekend dernier, si j'étais policier, moi-même j'aurais tiré... C'était réellement de la légitime défense et je ne crois pas que les milliers de 16/17 ans qu'on a vu célébrer leur "victoire" sur la police soient tous des milices.

Je me suis retenu de l'étrangler. Je l'ai quand même corrigé ce con de bourgeois qui joue aux révolutionnaires.

Pour commencer, le régime parlementaire doit faire l'objet d'un référendum, si on veut vraiment suivre ce type de gouvernance.
Concernant le conseil de protection de la révolution, cette institution est illégitime. Moi, personnellement, elle ne me représente pas, pourquoi me l'imposer si elle est anticonstitutionnelle ?  La Kasbah c'est le peuple ? Mais le reste du peuple alors, on en fait quoi ?
J'ai toujours été du coté des gens de la Kasbah mais à ce moment de l'histoire je pense qu'ils n'ont plus rien à faire là et que leurs revendications n'ont pas lieu d'être vu qu'on ne peut pas imposer à toute une nation des décisions qui changeraient le cours de leurs vies sans qu'il n'y ait une véritable concertation de toutes les parties prenantes à savoir ce peuple en premier et dernier lieu.
Ce peuple tunisien mineur dans sa culture politique, qu'on détourne et qu'on retourne mille fois afin de l'utiliser comme tremplin. Ce peuple orphelin dont les porte-parole se comptent par millions s'exprimant à tort et à travers ponctuant leurs phrases haineuses scandées au nez des médias d'un air dédaigneux par un naturel: "au nom du peuple" ou un "le peuple veut..." et jamais un "Nous voulons..."
Laissez tranquille "le peuple"... Il se prononcera sur les questions essentielles en temps voulu après s'être éclairé sur les problèmes et les solutions.

Terminons tout de même sur une note positive.
On a certes volé des armes, fait cramer les commerces, battu des blogueurs et des journalistes pour avoir fait leur boulot, braqué des personnes sans défense et mis à mal notre économie.
On mord certes, la poussière mais demain de la poussière naîtra l'espoir et l'illumination et alors on croquera la vie à pleines dents et on respirera la liberté à pleins poumons.
Alors seulement, nous pourrons jouir de nos acquis et savourer notre triomphe.

mercredi 16 février 2011

Mohammed Bouazizi, vendeur de clémentine à la sauvette...



Le monde se souviendra qu'un vendredi 17 décembre, il faisait beau dans une contrée perdue du centre de la Tunisie elle même perdue entre deux géants pétroliers baignant dans un bassin méditerranéen juste assez épais pour séparer le rêve occidental du calvaire africain.

Sur les manuels d'histoire pour lycéens djiboutiens le nom de Bouazizi côtoiera sans aucun complexe celui de Che Guevara.

Mohammed Bouazizi jeune vendeur de clémentine à la sauvette, bachelier qui lutte corps et âme pour sa survie et celle de ses prôches.

Tout le monde se rappellera de l'effet papillon qui a fait qu'une gifle sur la joue de Mohammed Bouazizi ait pu provoquer une tornade qui fera trembler tous les  trônes vieillissants de la planète.

Mohammed Bouazizi, jeune vendeur de clémentine à la sauvette attaqué sauvagement par la police municipale en la personne de cette jeune femme qui l'a giflé et lui a craché dessus en lui confisquant sa marchandise, sa charrette et sa balance puisque ce commerce est illégal.

Mohammed Bouazizi, jeune vendeur de clémentine à la sauvette est face au siège du gouvernorat de Sidi Bouzid pour réclamer son dû. Le gouverneur n'a pas daigné écouter ses doléances.
Il réitère sa demande mais il se confronte à la rigidité de la bureaucratie.

Mohammed Bouazizi, jeune vendeur de clémentine à la sauvette s'en fout de la bureaucratie, il l'a hait de toutes ses forces même s'il n'a pas lu Kafka.

Mohammed Bouazizi, jeune vendeur de clémentine à la sauvette dont la dignité a été violée en public, regarde cet édifice érigé en face de lui. Il sort une boite d'allumettes de sa poche trouée. Il sait qu'il a rendez-vous avec l'histoire.

Cependant, Mohammed Bouazizi, jeune vendeur de clémentine à la sauvette dont la photo fera le tour du monde, hésite encore.
S'immoler est un acte doué d'une inégalable symbolique mais s'immoler est doué d'une activité douloureuse des plus atroces.

Mohammed Bouazizi, jeune vendeur de clémentine à la sauvette a tout perdu même s'il pense que du haut de ses vingt six misérables années, un avenir plus misérable l'attend fait de crise économique, d'habits fripés, de manque affreux de moyens mais aussi de gifles, de crachats et de dignité piétinée par des moins que rien.

Mohammed Bouazizi, jeune vendeur de clémentine à la sauvette regarde Dieu en face et lui demande pardon. Il a décidé de se sacrifier pour son honneur, celui de sa famille, de son quartier, de sa ville, de son gouvernorat, de sa région, de son pays et surtout de celui de l'humanité entière.
Il prend une allumette la frotte contre une surface rugueuse d'où nait une flamme qu'il rapproche de ses habits 100% polyester, 100% inflammables.
Un corps prend feu, Sidi Bouzid s'embrase.
Le corps hurle, Mohammed Bouazizi agonise, accouchement laborieux d'un nouveau peuple, d'une nouvelle histoire, d'une dignité retrouvée et d'une volonté contagieuse de se soulever contre la dictature.
La rue est prise de compassion et de solidarité pour cet être sacré qui est venu les délivrer de la peur de leur oppresseur et de la crainte de leurs bourreaux.
S'en est suivie une glorieuse histoire au bout de laquelle les méchants fuient en Arabie Saoudite tour à tour alors que les méchants en sursis sur leurs trônes prennent des mesures sans précédent de libéralisation en écrivant leurs directives d'un stylo tenu entre deux doigts tremblotants.

Un mouvement planétaire d'émancipation des peuples a vu le jour, et au fil des semaines, l'humanité réécrit son histoire en déchirant les dictatures et en raturant les noms des corrompus.

Hommage à l'homme qui a changé le monde armé d'une seule boite d'allumettes et de sa foi en l'humanité.
Hommage à la charrette, hommage à la balance, hommage à la clémentine, homme au 17 décembre, un jour béni des dieux.
Hommage à la police municipale, hommage aux crachats, hommage aux gifles, hommage aux balles réelles, hommage aux BOP, hommage aux tortionnaires, hommage aux sous-sols du ministère de l'intérieur.

Hommage à ces flammes qui ont embrasé un corps innocent, incendié notre patience, réduit notre peur en cendres, émoustillé notre rage et éclairé notre voie.

Hommage à Mohammed Bouazizi, Tarek de son vrai prénom, jeune vendeur de clémentine à la sauvette, premier martyr de la révolution des hommes libres et initiateur de la prophétie de la dignité qui emportera le machiavélique Ben Ali et le tentaculaire RCD avant de faire exploser toutes les autres dictatures du monde, telle une bombe à fragmentation.

Repose en paix Mohammed Bouazizi, vendeur de clémentine à la sauvette, mon héros et celui de toute une nation.

mercredi 9 février 2011

Une association de blogueurs ! Pourquoi pas ?

L'idée a germé pendant des années.
Elle a engendré des querelles, des débats, des centaines de billets, de messages et d'avis sans jamais trouver un terrain d'entente.
Vu que l'un des fondements du blogging c'est l'anonymat, non pas seulement dans les pays sur lesquels plane l'ombre dictatoriale d'une oligarchie qui défend violemment son pouvoir mais aussi dans des pays comme la France et cela afin d'éviter toute embrouille liée à son activité de blogueur et de pouvoir écrire librement.

Les blogueurs, dans le sens large du terme, à savoir les utilisateurs de Facebook et de twitter compris (définition des médias tunisiens) sont des personnes menacées, sans vouloir se faire passer pour des victimes.
Sous Ben Ali, bloguer était une activité à risque. Slim Amamou, Hamadi Kaloutcha, Azyz Amamy et Fatma Arabicca, un peu plus tôt, peuvent en témoigner. Et cette liste est loin d'être exhaustive.

Après le 14 janvier, on a tort de croire, même pour les plus optimistes, à un changement radical et immédiat de cette situation.
Rome n'a pas été construite en un jour, les nostalgiques de la dictature et de la violence à l'égard de ces blogueurs, véritables piliers de cette révolution et dernier rempart face à ces pseudos journalistes passés maitres dans l'art de la désinformation.
Les témoignages de personnes qui ont été sujets de menaces, de coups de téléphone douteux, piratages de compte et autres procédés douteux, rien que ces derniers temps, se comptent par dizaines.
Par ailleurs, un virage dictatorial à l'issue de notre révolution est toujours à redouter. Il ne faut pas dormir sur ses deux oreilles...

Cette association aura pour but de défendre les blogueurs, de les rassembler, de susciter des vocations et de dénoncer tout dépassement à l'encontre de ces jeunes gens qui se sont fait un point d'honneur de chercher la vérité à la source et usant de leurs propres moyens contournant ainsi les barricades d'une presse supposée libre mais qui ne l'est pas toujours.

Je soumets à votre bienveillance cette idée vieille comme le monde mais ô combien importante à mes yeux.
J'espère que je ne serai pas le seul !
A bon entendeur !

dimanche 6 février 2011

Révolution en danger !

 

Révolution en danger mais nos armes ne sont pas encore rangées et nos cœurs loin de se sentir étrangers à la cause de ce sang versé sur des pavés et toujours pas épongé.

Révolution volée, peuple soûlé, idées dans nos têtes chamboulées, mémoire des martyrs violée, des corps de balles criblés, des militants encore accablés et un RCD au diable attablé. 

Révolution d'abord puis intervention de l'état-major menant ZABA à l'aéroport puis zizanie en plein essor puis pillages puis miradors puis liberté pour réconfort avec l'anarchie comme sponsor puis Ennahdha qui ressort puis RCD toujours mentor qui se fond dans le décor et qui nous tue, étant carnivore.

Mais la révolution se poursuit je le proclame ! avec les mêmes hommes et les mêmes femmes ! Le même courage et la même flamme ! et notre passion pour unique sésame ! Accouchement laborieux d'une liberté haut-de-gamme ! et un peuple uni pour seule sage-femme ! la dignité est notre oriflamme ! Laissez-nous passer, je le réclame !


Ce ne sont que des mots, un simple bout de slam... pour arriver à bon port, à la nage ou à la rame ! 
Je me shoote à la liberté, la révolution est ma came ! J'ai épousé la dignité et c'est définitif, je suis monogame !