Les fidèles du Boukornine

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lundi 21 novembre 2011

Solidaire avec Dr Ben Mansour



J'ai contacté aujourd'hui l'avocat de Dr Mourad Ben Mansour, le médecin qui vient d'être condamné à 6 mois de prison ferme. Selon lui, voici ce qui s'est passé.

Dans le contexte alarmant des 13-14/1, le Dr Ben Mansour se dévoue et assure les gardes aux urgences de l'hôpital Kheireddine au péril de sa vie.

Le 13 janvier, il reçoit un blessé par balle, l'examine, assure les premiers soins et juge nécessaire de l'adresser au Centre Hospitalio-Universitaire le plus proche à savoir, l'H. Mongi Slim de La Marsa afin de bénéficier d'une prise en charge plus spécialisée.

Au cours de son transport, le patient succombe à ses blessures. Il est immédiatement reconduit à l'Hôpital Kheireddine.
Le Dr Ben Mansour constate le décès.
La famille déchaînée par la nouvelle, et c'est compréhensible, décide de rentrer en emportant le cadavre.

Le lendemain, Dr Ben Mansour reçoit la visite de dizaines de proches du défunt furieux et armés jusqu'aux dents (armes blanches). Ils le somment de signer le certificat de décès pour pouvoir enterrer leur mort et faire leur deuil.
On est le 14 janvier, un jour où la Tunisie est plus que jamais un état de non-droit. Un jour historique où l'insécurité a atteint son paroxysme.
Le médecin n'a d'autre choix que de délivrer le certificat de décès signalant que la mort est de "cause naturelle" et qu'il n'y a pas d'obstacle à l'inhumation. En précisant que la cause du décès est un "arrêt cardio-respiratoire" ce qui est très vague parce qu'on meurt tous d'un arrêt cardio-respiratoire.
Le médecin a noté dans le dossier médical que le décès était probablement du à la balle et a décrit l'orifice d'entrée.

La suite de l'histoire, vous la connaissez surement. Ben Ali s'envole pour l'Arabie Saoudite, le pays connait ce qu'on appelle communément "la révolution de la liberté et de la dignité"
L'état décide en signe de reconnaissance aux martyrs de la révolution de dédommager les familles en déboursant à chacune 20 milles dinars.

La famille de la victime se voit refuser ce dédommagement vu qu'il n'y a pas eu d'autopsie confirmant la mort par balle.
C'est alors qu'elle porte plainte contre le médecin qui lui a délivré le certificat de décès, en l'occurrence Dr Ben Mansour.

Le verdict a été prononcé le 16/11/11: 6 mois de prison ferme, radiation du tableau de l'ordre des médecins à vie et une amende de 1500 dinars à tous les héritiers de la victime !

On va essayer de décortiquer ce jugement.

Pour commencer, pour qu'il y ait infraction, Il faut la réunion de trois éléments: éléments légal, moral et matériel !
L'élément légal est un texte de loi qui énonce clairement l'infraction et la peine encourue. (On dit qu'il n'y a pas de peine ni de crime sans loi)
L'élément matériel consiste en un acte et non une pensée. Il faut être passé à l'action pour être condamné.
L'élément moral est le caractère intentionnel de l'acte. Que ce ne soit pas un acte involontaire.
Il y a un quatrième élément qui peut annuler l'infraction même dans la réunion des trois autres comme c'est le cas ici: L'élément injuste, en d'autres termes quand l'acte entre dans le cadre d'une légitime défense, quand l'accusé a été contraint de réaliser l'acte.
La loi ne pousse pas à l'héroïsme. C'est ce que nos professeurs de médecine légale nous ont enseigné.

Ce qui veut dire dans ce cas précis que le médecin n'a pas commis d'infraction du moment où il a été menacé dans son intégrité physique en signant le certificat de décès. D'autant plus dans le contexte extraordinaire du 14 janvier où on ne comptait plus les désertions parmi les forces de l'ordre et où on pouvait tout faire impunément.

Pire encore, le médecin a rapporté tous ces faits au poste de police du Kram le lendemain vu que celui de la Goulette avait été incendié la veille.

Concernant la radiation du tableau de l'ordre des médecins à vie, depuis quand c'est du ressort de la justice ?
On nous a enseigné que c'était à l'ordre des médecins de radier, d'interdire temporairement l'exercice de la médecine ou de blâmer et non au juge !
Je ne puis vous cacher ma perplexité face à cette décision !?

Enfin, concernant l'amende de 1500 dinars à chaque héritier du défunt. Il n'a été souligné ni le nombre des héritiers, ni leurs identités, ni leurs adresses. Ce qui veut dire qu'on peut avoir 300 héritiers ? Ou que des gens peuvent s'autoproclamer héritiers ?

Le médecin, un des héros de la "révolution" qui a risqué sa vie pour soulager les maux de ses concitoyens. Le Dr Ben Mansour, un des bons citoyens qui se sont sacrifiés pour leur pays, est aujourd'hui en prison.

Je ne peux que me révolter. Surtout que l'acharnement de la machine judiciaire est sélectif et qu'aucun des assassins de nos glorieux martyrs n'a été condamné alors qu'on se sert des médecins comme bouc-émissaires et on les présente comme des complices de l'ancien régime qui voulaient camoufler les exactions de l'appareil répressif de l'état.

Il ne faut pas se tromper de bourreau. Il ne faut pas se tromper de héros.
La médecine a été l'un des secteurs qui a le plus souffert pendant la révolution.
Demandez aux internes, résidents, assistants et à tout le personnel soignant combien de jours d'affilée ont-ils passé à l'hôpital cette période là !
Demandez à leurs corps à quel point ont-ils souffert en silence pris dans un élan de patriotisme et de sens du devoir !
C'est ainsi qu'on nous remercie ? En nous logeant, tous frais payés, certes mais derrière des barreaux !

Le médecin va faire appel de ce jugement et j'espère que cette affaire ne passera plus inaperçue, qu'il y aura une mobilisation du corps médical pour faire valoir notre dignité et se soulever contre cette injustice.

mardi 13 septembre 2011

La révolution médicale, c'est pour très bientôt !




Je suis un jeune interne en médecine révolté par l'état des lieux de ce secteur pourri jusqu'à la moelle !

De jeunes internes, comme moi, sont en train d'être sauvagement agressés tous les jours dans les différents centres de soins du pays dans l'indifférence la plus totale.

Un policier qui brandit son arme sur les résidents et internes à Ben Arous, un patient qui défonce la gueule d'une résidente aux urgences ORL de l'hôpital Charles Nicolle, une interne qui à défaut d'un coup de pouce reçoit des coups de poing aux urgences de la Rabta, une interne qui frôle la mort de justesse lors d'une agression au CAMU, une interne et une résidente férocement pris à partie par une patiente au service de gynéco de Ben Arous.... Et j'en passe !

Tous ces évènements ont eu lieu il y a moins de deux semaines.
La violence est notre pain quotidien.
Tous ces incidents ont eu lieu sans que des poursuites ne soient engagées et dans la parfaite insouciance de nos seniors qui se disent pourtant affectés mais qui reprennent, après un léger soupir, le cours normal de leurs vies.

On est des êtres vivants ! Si c'étaient vos gosses qui se faisaient tabasser vous feriez quoi dis-donc ?!
On est arrivé à un point où les victimes de ce genre d'agressions ont honte d'en parler ou de porter plainte.
Je me suis déplacé à maintes reprises pour parler avec des confrères et des consoeurs qui ont été violentés et je puis vous dire que c'est la loi du silence.
Il n'y a pas de honte à réclamer son du  ! Il n'y a pas de honte à gronder pour exiger que notre dignité ne soit plus bafouée, d'autant moins avec si peu de scrupules et tellement d'impunité !

J'ai déjà publié sur ce blog la vraie histoire de l'incident de Ben Arous. (Cliquez-ici ) Depuis j'ai été contredit par les mensonges du torchon électronique "Attounissia" et par un communiqué du ministère (cliquez-ici).

Après quelques jours le ministère appelle, je cite: "les citoyens à aller protéger les centres de soin" (cliquez-ici) et puis, le conseil de l'ordre, plongé depuis je ne sais quand dans un mutisme inquiétant nous pond un communiqué qui condamne très timidement les faits alors qu'ils devraient penser sérieusement à s'alarmer !

On se moque de nous.
Les seniors sont vautrés tranquillement dans leurs fauteuils moelleux, bien au chaud alors que nous risquons quotidiennement nos vies. Ils se contrebalancent de ce que nous indurons.

Le ministère s'en fout royalement si tu te fais tuer dans l'exercice de ton métier. Au pire, il sortira un communiqué où il présente ses "sincères condoléances" à ta famille qui aura perdu un enfant qu'elle n'a pas vu grandir parce qu'il était trop occupé à préparer ses innombrables et interminables examens !
De toute façon le climatiseur marchera toujours dans les bureaux, le jeu solitaire sera toujours d'actualité, on se tournera toujours autant les pouces et la terre continuera de tourner !

Personnellement, j'ai été victime plusieurs fois aux urgences de menaces de mort sans que personne ne bouge le petit doigt.
Etant un enfant de la banlieue sud au sang chaud de nature, à la culture populaire et au verbe acerbe, j'ai su en venir à bout tout seul comme un grand avant d'initier une grève qui aurait pu me coûter très cher, en désertant les urgences appuyé par une pétition de plus de trois cents signataires.
C'était en solidarité avec une amie, interne, qui s'était faite gifler par une patiente sans que l'interne en question n'ait pu porter plainte. (Menaces, pressions...) (Cliquez-ici)

Aujourd'hui, il n'est plus question de se taire ! Il faut employer les grands moyens !
Jeunes médecins, l'heure est grave !
Si aujourd'hui c'est ton confrère qui mord la poussière, demain ce sera ton tour ! Si tu ne te bouges pas le cul maintenant, personne ne viendra te porter secours quand on te fracturera le mandibule à coups chaises qui volent et de tables qui se déposent sur ton faciès !

Le Syndicat des Internes et Résidents de Tunis organise une AG ce mercredi à l'amphithéâtre du service de médecine légale de l'Hôpital Charles Nicolle pour discuter d'une éventuelle action commune. (Cliquez-ici)

Dans notre secteur, il y a plus d'un problème. La pourriture est telle qu'on se demande si c'est récupérable. Mais rassurez-vous, on ira jusqu'à l'amputation, si tel est la volonté divine.
On est les seuls à pouvoir révolutionner notre secteur. Assumons notre responsabilité historique !
Pour l'heure, il y a extrême urgence aux urgences !
Commençons par le plus élémentaire à savoir réclamer des conditions de travail dignes...
Le combat continue mais la révolution est en marche !



samedi 27 août 2011

La police fait la loi aux urgences de Ben Arous !




Hier, le 26 août 2011, plus de sept mois après la révolution tunisienne, une semaine après le départ inopiné de Sofiene Chaâri et faut-il le rappeler, prés de deux mois après mon anniversaire, un policier a brandi son arme en direction d'un résident en médecine, pauvre "bac + 11" coupable de soigner des malades avec tout le désintéressement du monde dans des conditions inhumaines.

L'histoire s'est déroulée au trauma centre de Ben Arous à 14h.
Trois heures plus tard, je suis réveillé au beau milieu de ma sieste par un coup de téléphone. Un ami qui a été témoin de l'affaire, m'en parle, tout remonté, terrorisé même !
Je vérifie, appelle une dizaine de personnes. L'information se confirme.

Vers 14 heures, les consultants s'agitent dans la salle d'attente des urgences de l'Hôpital de Ben Arous.
Le résident d'orthopédie présent sur les lieux demande à l'agent de sécurité de faire sortir les familles à l'autre salle d'attente pour qu'il puisse examiner les patients dans de bonnes conditions.

Mais un homme habillé d'un jean et d'un tee-shirt refuse de sortir.
Devant l'insistance du "SOGEGAT" à faire appliquer la loi, il sort son flingue qu'il avait soigneusement caché, le charge et braque ces hommes en blouse blanche qui ont eu la malheur de sacrifier leurs vies pour que les citoyens se sentent bien.

"Vous faites moins les malins maintenant !  Vous voyez l'hôpital de Ben Arous ? Il suffirait que je ramène huit personnes et on le brûlera en entier bande de bâtards !"

Cependant, et comme on est dans un pays où la loi est au dessus de tout le monde, le policier rentre comme si de rien n'était.
Au départ, c'est un autre policier qui était venu le délivrer des griffes de ces citoyens "cagoulés" "sauvages" qui voulaient que justice soit rendue.
La foule s'excite, les esprits s'échauffent et on retient le policer jusqu'à l'arrivée des militaires...
Sauf que ces derniers surprendront tout le monde en laissant repartir le policier les mains détachés sans même le conduire au poste...

Esprit fraternel ramadanesque me diriez-vous ? Même si c'était le cas, laissez-moi en vomir...
Le directeur de l'hôpital est venu calmer les esprits. "C'est rien..." lance-t-il amicalement au policier cowboy à ses heures perdues.

Il y a des caméras de surveillance qui ont tout filmé. Espérons que les cassettes ne seront pas dérobées pour couvrir ces criminels !
A l'heure où j'écris ces quelques lignes, le Syndicat des Internes et Résidents de Tunis a été contacté et une action serait en train d'être entreprise à l'échelle nationale.

On savait qu'il n'y avait aucune reconnaissance face à tout le mal qu'on se donne pour rendre le sourire aux corps malades.
On savait que la fréquence des agressions dont font l'objet les médecins sont en nette recrudescence.

On savait que l'unique satisfaction dans ce métier était purement morale avec les "yer7am waldik" reconnaissants de patients soustraits à la maladie et réofferts à la vie.

On ne savait tout de même pas qu'on avait le droit de dégainer son arme et de nous braquer impunément. Un insigne est-il un passe-droit ?
Il faut savoir que les médecins n'ont jamais eu de revendications sociales. On n'a demandé que la réforme de notre secteur et que ce genre d'incidents soit réprimés d'une façon exemplaire pour ne pas donner d'idées à d'autres âmes malades.

Affaire à suivre !


Mise à jour du 30/08/11: Le ministère de la santé a précisé qu'il s'agissait d'un agent des services pénitentiaires, que les militaires ont "maitrisé la situation" et qu'une plainte a été déposée par la direction générale de l'hôpital.


Suffisant dîtes-vous ? Laissez-moi rire ! 

mercredi 22 juin 2011

Le Pr. Zaouch, la révolution des jeunes médecins et mon humble personne

Inutile de vous rappeler que le système médical tunisien est profondément malade, titre de mon précédent billet qui rapporte quelques pathologies qui menacent l'intégrité du patient et du médecin admis dans les hôpitaux tunisiens.

Samedi dernier, une demoiselle, interne dans le service de chirurgie A de l'hôpital Charles Nicolle, se fait violemment gifler par une patiente alors qu'elle assurait une garde aux urgences.
Etant de garde le même jour au sein du service de chirurgie en question, j'ai pu assister et essayer de défendre, non sans peine, la dignité bafouée de cette jeune interne, tout ce qu'il y a de plus sérieux et compétent.

On a permis avec quelques confrères volontaires que le service des urgences ne soit pas paralysée parce que l'interne violentée se devait d'aller porter plainte et ne pouvait plus continuer la garde. 

Entre temps, l'interne est prise à partie par une bande d'ouvriers qui la menacent de témoigner contre elle si jamais elle ne retire pas sa plainte. Etant livrée à elle même, aucun soutien moral de la part de cette administration complice par son silence et sa passivité à outrance de cette agressivité ambiante qui nous touche chacun à son échelle. 
L'interne affolée décide de se rétracter et de revenir compléter sa garde comme si de rien n'était. 

Pire encore cet acte  n'est pas isolé. Tous les deux-trois jours, dans les hôpitaux universitaires de Tunis, des médecins se font violemment agresser laissant chez certains d'importants dommages.
Ces crimes restent souvent impunis, du fait de la nonchalance de l'administration face à notre honneur piétiné. 
Les hôpitaux de Salah Azaïez, l'Hôpital d'Enfants ou tout dernièrement celui de la Rabta peuvent en attester.  

Fort de l'appui de mon chef de service, le grandiose Pr. Zaouch, sommité mondiale dans le domaine chirurgical et militant de longue date et celui d'une pétition que j'ai fait, moi-même en compagnie de deux autres collègues, tourner le lendemain, selon laquelle on n'était plus apte à assurer des gardes aux urgences tant que notre sécurité n'était pas garantie et pour protester contre l'absence totale d'encadrement dans ces lieux où nous consultent des centaines de malades pendant chaque garde avec un rythme effréné et desquels nous sommes contraints de faire le tri parfois à tort et à travers vu le manque d'expérience et le débordement manifeste dont nous faisons l'objet. 
La pétition a comporté plus de 300 signataires. 
Nous en avons fait des copies et en avons adressé au dit service. et aux autres services de chirurgie. 

Au final, hier mardi 21 juin 2011, je ne suis pas allé aux urgences. J'ai été dans mon service, en tenue et j'y ai passé toute la garde. 
Le chef de service des urgences a été obligé de recruter d'autres internes pour me remplacer à la dernière minute. Mais je pense que le message est passé. 
J'assume pleinement les conséquences de mes actes. Que ceux qui s'obstinent à nous encourager à se faire gifler en silence et à ne rien apprendre de surcroît fassent notre boulot à notre place. Que le système médical pourri bâti sur des chimères implose tranquillement. 

Je précise à nouveau que c'est de notre ressort, nous jeunes médecins, de révolutionner notre secteur. Qu'on arrête avec notre sempiternelle peur de changer les choses et de bousculer les a priori  !   

Voilà qui est dit.
Affaire à suivre... 

mardi 14 juin 2011

Un secteur médical profondément malade...



Je suis profondément dégoûté de la pratique médicale dans les hôpitaux tunisiens.
Sans vouloir tomber dans l'extrême facilité et la bassesse de la généralisation, mais on voit chaque jour des abus de pouvoir qu'il serait criminel de passer sous silence.
Les hôpitaux sont corrompus et sales. Il faudra être plus que patient pour être patient en Tunisie.

Pas de compresses stériles. Et pour cause, tous ces infirmiers qui ont ouvert illicitement des infirmeries en utilisant le matériel hospitalier. Personne ne fait rien, parce que tout le monde est complice. 

Des malades qui sont obligés de passer par la consultation privée du chef de service pour être hospitalisés dans un hôpital que le contribuable a payé de son sang et de son argent avec la complicité des surveillants. 

Des médecins cupides et intéressés. Des patients égarés, quoique souvent bien soignés.


Mais où est le serment d'Hippocrate dans tout cela ?
Nous en sommes à des années lumières...

Des médecins qui se traitent de tous les noms d'oiseaux en public comme en privé. Des patients dont on abuse de la confiance, de l'argent et de la dignité.

Je m'insurge ! Je me révolte !
J'ai fais médecine parce que j'ai des idéaux de philanthropie. Oui mesdames et messieurs, j'ai bien dit philanthropie !
Connaissez-vous seulement, le sens de ce mot ?

N'en parlons même pas de ces rats que j'ai croisé dans une certaine biberonnerie. Il est aussi d'innombrables autres problèmes très profonds telle la prise à partie des médecins par les patients devenue une triste

Dernièrement, j'ai suivi avec beaucoup d'intérêt le Syndicat des Internes et Résidents de Tunis qui a organisé des manifestations ainsi que des grèves pour mettre la pression sur les responsables. Je croyais qu'on menait le même combat pour des soins dignes pour tous les citoyens de ce pays.
Il s'est avéré que le seul réel problème jugé urgent par ce syndicat c'est le droit de faire des stages à l'étranger et la suspension de cette fameuse loi relative au service national vu que finalement les grèves prévues pour les 13-14-15 juin ont été suspendues à la dernière minute.

Dans la page officielle du syndicat, on ose même crier victoire ! Mais de quelle victoire parlez-vous ?
Il n'y a aucune gloire quand la gangrène qui évolue depuis des années dans ce milieu médical pourri n'a pas été traitée d'une façon radicale.
En sachant que l'activité du syndicat des médecins est gelé depuis trois bons mois, Dr Khelil Zaouia ne faisant plus l'unanimité, on doit endosser la responsabilité historique de révolutionner notre secteur. C'est à nous, qu'il incombe d'agir désormais !

On est, de jeunes médecins, encore imprégnés de hautes valeurs morales contrairement à certains de nos aînés que l'argent a dévié du droit chemin, sauf le respect que je leur dois.
C'est à nous de mener ce combat et de mettre les bouchées doubles pour qu'un jour, le patient redevienne la prunelle de nos yeux.
Prenons exemple sur nos voisins, les médecins algériens et marocains, qui malgré la répression sauvage de la police continue à se battre pour la dignité du médecin, celle de la médecine et celle du patient.

Maintenant, si vous me dites qu'il s'agit d'un gouvernement provisoire, qu'il serait impromptu de lui demander des comptes alors qu'il n'est là que pour gérer les affaires courantes en attendant ces foutues élections historiques qui tardent à venir. C'est une idée que j'accepterai volontiers. Cela dit, ce sujet mérite d'être discuté et toute vérité est bonne à dire !


A bon entendeur, salut !  

dimanche 5 décembre 2010

La Tunisie, ce pays où il est parfois INTERDIT de se soigner...




Récit des faits:
Un nourrisson issu d'un milieu très défavorisé qui se présente à l'hôpital pour, notamment, une symptomatologie respiratoire et cardiaque plutôt sévère.
Après moult explorations, une échographie cardiaque est réalisée et pose le diagnostic d'une HTAP primitive (Hypertension Artérielle Pulmonaire).
Cette pathologie est rare. Le cas est présenté à des sommités dans le domaine de la cardiologie et de la pneumologie en Tunisie qui concluent tous à la nécessité de le mettre sous Sildénafil, un médicament qui a fait ses preuves dans le traitement des HTAP primitive et qui a le mérite de ne pas coûter la peau des fesses comme les autres médocs proposés.


Mais le hic dans l'histoire c'est que le Sildénafil porte le doux nom commercial de Viagra®, une substance connue surtout pour détendre les vaisseaux sanguins améliorant la qualité de la fonction érectile, efficace dans 80% des cas d'impuissance sexuelle.
Oui ! Jusque là rien de vraiment méchant. 


Interrogé sur les raisons de son interdiction en Tunisie, M. Kamel Idir, patron de la direction de la pharmacie et du médicament au sein du ministère de la santé publique rapporte que la Tunisie a d'abord d'autres priorités et qu'enfin, ce médoc pouvait causer la mort s'il était pris de façon abusive sans respecter les précautions d'usage.


Ayant été de passage dans un service d'urologie, il y a quelques années, je puis vous affirmer que l'impuissance sexuelle est un motif de consultation très fréquent. Ce qui est compréhensible et légitime. Ces infortunés se tournent alors vers un marché noir en plein essor. Un médicament qui coûterait trois fois rien s'il était commandé officiellement par le ministère de la santé publique s'en trouve vendu en catimini à des prix faramineux...

Le pire, c'est qu'au-delà du non octroi de l'AMM (autorisation de mise sur le marché) pour cette substance, il est par ailleurs interdit d'en détenir même si tu arrives à t'en procurer par des moyens aussi détournés et coûteux soient-ils.



Concernant, les réponses de Kamel Idir, il est évident que la Tunisie a d'autres priorités. Mais le traitement des troubles érectiles est aussi une priorité monsieur le directeur. Faites un sondage en bonne et due forme et vous verrez. Quand on sait qu'une simple pilule bleue peut changer les vies de centaines de milliers de familles... Quand on sait que l'OMS définit la santé comme étant: "Un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité."
C'en devient clair qu'importer le Viagra® est aussi une priorité.


Quant à votre second argument, vous savez au moins autant que moi, que l'on pourrait en important ce médicament, l'intégrer dans une législation très stricte en rendant sa commercialisation très surveillée et sujette à de nombreux obstacles et à différents niveaux. (Cf. substances du tableau B)


A moins que toute cette obstination ne soit due qu'à une énième affaire de népotisme. Ce qui ne me surprendrait guère, je ne  vous le cache pas. 

Revenons, tout de même à l'affaire que j'ai voulu initialement soulever par cet article. Celle de ce nourrisson qui a besoin de Viagra
® pour exister. 
Etes-vous en mesure de lui refuser son droit à recevoir des soins ? 
Etes-vous en mesure de lui refuser une simple dérogation ? 


Les réponses des pharmaciens sont affligeantes. Ce médicament est simplement et purement interdit en Tunisie. En d'autres termes, il n'y a pas moyen de négocier.


A noter que le patient en question présente en parallèle une multitude de tares et qu'au mieux cela s’apparenterait à du palliatif plus qu'autre chose, en améliorant la qualité de ce qui lui reste à vivre. 


Permettez-moi quand même, sauf le respect que je vous dois, d'exprimer mes plus profonds émoi et dégoût face à des calculs pécuniaires, répugnants et inhumains qui ne tiennent même pas compte des avis de nourrissons (ou de malades +/- âgés) à qui personne n'a rien demandé. 


En espérant avoir sauvagement et farouchement défendu les droits de ces laissés pour compte qui ne connaissent du sommet de l'information que le gouffre de la civilisation. 

mardi 24 août 2010

Fares Belhassen a-t-il le droit d'incarner Tarek dans Casting?

Le mois de ramadan de cette année est arrivé avec son lot d'imprévus.
En effet, grande fut ma surprise quand je me suis rendu compte que l'acteur principal du feuilleton produit par Cactus prod' et réalisé par Sami Fehri, n'est autre que Fares Belhassen.
Fares Belhassen, pour ceux qui auraient raté ce feuilleton, incarne Tarek, le personnage principal. 
Jusque là tout va bien, me diriez-vous. Oui, mais voilà que les choses se corsent: Fares Belhassen, chers lecteurs, est un résident de chirurgie.

Les médecins en Tunisie et dans le monde entier sont soumis à un ensemble de règles au sein d'une confrérie qu'on appelle communément: L'ordre des médecins. 
Ces règles sont rassemblés dans un code à savoir le code de déontologie. 
Tout médecin qui viole l'une de ses règles encoure des punitions.
Le hic dans l'histoire, c'est que l'article 15 du code de déontologie tunisien stipule que 
Il est interdit à un médecin d'exercer en même temps que la médecine, une autre activité incompatible avec la dignité professionnelle.
Voici la source pour que vous puissiez vérifier.

Reste à vérifier que "l'activité" qu'a exercé Fares en parallèle avec son activité médicale est "incompatible avec la dignité professionnelle".

En sachant que le personnage de Tarek incarné par notre chirurgien a réussi jusqu'à ce 13ème épisode à avoir des rapports extraconjugaux avec une mineure de 17 ans, que sa femme l'a d'abord quitté quand il lui a tout avoué, qu'il a essayé d'étrangler la jeune fille quand elle a voulu lui rendre visite et qu'enfin, il a été écroué quand cette dernière, la fameuse Kenza, a porté plainte contre lui auprès du procureur de la république.

Je crois savoir que question "dignité professionnelle", on peut mieux faire qu'un repris de justice qui trompe sa femme avec une mineure avant d'essayer de l'étrangler.
Pourtant jusqu'à ce jour, aucune réaction officielle.
Tout le monde trouve cela plutôt normal, sinon valorisant qu'un médecin se prenne pour un acteur...

Pour finir, je me permets de donner mon avis sur le jeu d'acteur de Fares: Un piètre acteur est né, aucun naturel, aucune présence et aucun talent... Mais cela reste un avis personnel et peut-être subjectif.
Cependant, je trouve aberrant, vu le nombre très réduit de productions télévisuelles annuelles en Tunisie, de faire appel à des amateurs qui ne maitrisent aucunement l'art de Al Pacino, Robert De Niro, Marlon Brando, Fethi Haddoui et cie (oui j'ai fait exprès de mettre Fethi sur le même piédestal que ces dinosaures parce que cet acteur crève l'écran dans chaque passage)


سامحوني ساعات كي الواحد يحس بالعجب والغلبة يولي يرجع للغة أجدادو...
إذن، كيما قلنا تمثيل أدوار كيما هكا تتناقض بصورة واضحة مع مجلة واجبات الطبيب أصبح أمر عادي ويمر مرور الكرام. 
فعزيزي القارئ (نعرف روحي كثرت منها هاذي أما راني مغروم بيها)، نحب نعلم الناس الكل والحاضر يوصل للغايب انني قررت من اللحظة هذه باش نولي مزاودي نخدم العروسات، ونطيب في الطهورات، ونمثل روايات، ونكور مع الهمهاما، ونخدم ملتقط كرات كي يبدا الفيزيك غايب، ونعمل ضربات حجام إذا كان فما رؤوس يتامى يعرضوني في الطريق باش نستصين في المهنة... وكان بقالي وقت أهوكة نمشي نعمل طلة عل السبيطار نداوي ما تيسر من المرضى...

jeudi 10 décembre 2009

Le terrorisme médical ou le calvaire d’un tunisien grippé





La pandémie de la grippe, voilà un nom dont la simple évocation fait trembler des bataillons de guerriers surentrainés, à la musculature saillante et au courage pourtant démesuré.

En Tunisie, les médias font comme tous les médias du monde. Parce qu’à ce niveau aussi la contagion est d’une vitesse effrénée.
Comme le bulletin d’informations est d’un creux inimaginable, on se laisse prendre par la magie de diffuser la terreur dans les concitoyens.
Pour faire comme les confrères. Parce que le journalisme est aussi un de ces milieux où la solidarité justifie les moyens parfois.
De toute façon, l’audimat justifie tous les moyens et toutes les ruses. Cette dernière idéologie est hélas, une règle d’or.

Le terrorisme médical bat son plein dans le monde. L’OMS se dit inquiète et semble même affolée face à cette grippe A.
La grippe ordinaire tue chaque année des centaines de milliers de personnes. Je n’ai pourtant jamais vu une mobilisation ou une campagne quelconque sur le sujet. Peut-être que les labos qui produisent les vaccins contre la grippe n’ont pas la main aussi longue que ceux de la grippe A.

En Tunisie, comme partout ailleurs j’imagine, la panique a diffusé vers la population.
Il suffit aujourd’hui, de porter une bavette pour passer pour un individu galeux que l’on devrait fuir à tout prix.

Cette expérience je l’ai vécu à travers un proche qui vient de présenter quelques signes évocateurs d’une grippe.
Toux, écoulement nasal, larmoiement (Catarrhe), douleurs musculaires, fièvre…
Je lui ai conseillé d’aller consulter à l’hôpital de l’Ariana, où comme dans tous les hôpitaux et centres de santé, des bureaux ont été entièrement réservés à la grippe.

Il m’a raconté que dés son arrivée, et juste après avoir prononcé le mot magique « Puis-je savoir où se trouve les consultations de la GRIPPE ? », le personnel soignant et même les gardiens n’ont même pas daigné le regarder, se sont gentiment éloignés de lui faisant un signe vague de la main.

Dans son incompréhension, il a préféré se retirer et aller seul à la recherche du médecin.
Ce dernier l’achèvera finalement en prononçant la sentence on ne peut plus lourde de conséquences : « Vous avez vraisemblablement la grippe A ».

Oui !
Merci !
Une bavette lui donnant des airs d’un évadé d’un des pavillons de haute surveillance d’un hôpital psychiatrique étasunien. Comme ceux qu’on nous montre dans les thrillers américains.
En sortant, aucun taxi n’a accepté de s’arrêter pour le déposer chez lui, à deux kilomètres de là. Il a du tant bien que mal, prendre son courage à deux mains et marcher.
En arrivant il trouva que l’information avait déjà fait le tour du quartier. Aucun de ses voisins qu’il venait de saluer n’avait pris la peine de lui répondre.
Ils ont tous préféré fuir frénétiquement sans même faire semblant qu’il était pareil qu’hier, un voisin bien-aimé par tous.

En entrant chez lui, sa propre famille. Ses femmes et ses enfants tous deux adolescents, lui réservèrent une surprise de taille. Il était mis en quarantaine dans une chambre.
On le pria gentiment de ne pas en sortir jusqu’à nouvel ordre.
Il croyait halluciner. Pourtant ce n’était que la vérité crue.

Même ceux à qui il téléphonait pour leur annoncer la mauvaise nouvelle, ne décrochaient pas. A le croire la grippe se transmet par téléphone aussi. Pourquoi pas !

Un ami d’enfance en arriva même à l’accuser de lui avoir transmis le virus non sans un brin de reproches.

Excédé, usé mentalement et même marqué au fer rouge après seulement 24 heures d’isolement et de haine incompréhensible. Il décida sans tarder d’aller faire un test de la grippe dans le laboratoire d’analyses le plus proche.
Ce test coute actuellement 30 dinars. Mais ce n’était pas très cher payé face à la délivrance qu’il pourrait ressentir si ce test revenait négatif.


Écouvillonnage nasal, la réponse était venue par téléphone, parce qu’on le pria, là encore, de quitter immédiatement après le prélèvement, les lieux. TEST NEGATIF !
Ce n’était qu’une vilaine bronchite.

Il s’en alla prévenir les autres.
Comme toujours, ils répondaient qu’ils savaient, qu’ils étaient juste occupés quand il les a appelés et qu’ils ne daignaient pas décrocher.

Désormais, il le sait, par expérience, dans ce contexte particulier, il vaut mieux attraper un cancer métastasé que cette abominable mais ô combien simple grippe A.

dimanche 15 novembre 2009

La Tunisie et la grippe A : Au diable les étudiants en médecine !



La Tunisie est l’un des pays qui prennent le plus de précautions pour essayer de limiter les dégâts de cette pandémie qui menace l’humanité.

Les tunisiens ont par exemple été privé d’aller en pèlerinage à la Mecque pour cette année.
Je tiens à saluer cette position. Aucun pays arabe n’en a eu le courage.

Cependant, il est naturel de faire bénéficier tout le personnel de santé du vaccin contre cette forme de grippe vu le risque accru de contagion quand on est en contact permanent avec des malades et d’éventuels porteurs de ce virus.

Les responsables n’étaient pas du même avis.
Les externes (étudiants en médecine qui, rappelons-le, doivent se présenter dans leurs stages respectifs six jours sur sept, de huit heures à midi et de qui on exige une présence maximale au lit du malade) ne sont pas compris avec le personnel médical. Ce qui est une aberration magistrale.

La vaccination sélective. Une nouvelle forme de ségrégation envers cette population estudiantine spécialement réputée pour ses incroyables capacités à fermer sa gueule même quand ses droits les plus élémentaires sont bafoués, en l’occurrence maintenant, celui d’apprendre, d’aider sans risquer sa vie.

A bas cette « léthargie citoyenne » !

A bon entendeur !

lundi 12 octobre 2009

La vie tranquille des gens des urgences…



Dans ce couloir lugubre truffé de chambres qu’on se plait à dénommer box, s’entassent des dizaines de malades.
Le lendemain, ils auront soit eu trop peur pour leur vie, soit eu le bon reflexe juste à temps soit pas assez de veine pour passer ce cap aigu en toute sécurité.

Mais la majorité écrasante s’accordera à affirmer que pour un pays classé premier au Monde Arabe et en Afrique dans un certain classement basé exclusivement sur la qualité de vie, c’est quand même curieux de se retrouver dans ces conditions tellement lamentables dans ce qui est considéré comme étant une grande artère du secteur médical du Grand-Tunis.

Ahmed un jeune habituellement souriant d’el Mallassine, simplement heureux de vivre qu’importait sa condition, se trouvait étendu aux côtés des innombrables Mohamed qui se tordaient de douleur en silence et des infinies Fatma qui piquaient leurs crises d’hystérie (ou crises H dans le jargon médical), tranquillement sous les regards à la fois effrayés et compatissants des Mehdi et des Samira qui les accompagnaient.

Il se faisait vraiment tard.
Dehors, ce n’eut été ces circonstances, on aurait pris un malin plaisir à apprécier une tasse de thé pour mieux être submergé par la quiétude de ce silence qu’on ne pensait jamais atteindre ce coin du monde malmené par les klaxons des taxis qui l’envahissent d’habitude, cette espèce de conducteurs hélas étrangère à toute forme de patience.

Ahmed perdit définitivement le sourire. Il fallait le comprendre le pauvre avec treize coups de couteaux qui lui ornaient l’abdomen et le thorax, on ne pouvait pas lui demander davantage de compréhension.

Pouls filant, tension imprenable, arrêt cardiaque… Réanimation acharnée…
Le patient récupère… Mais son cœur insiste pour avoir le dernier mot.
Heure du décès : 3h55.
Le braquage à l’arme blanche a eu raison de son âme.
Le médecin urgentiste impassible, coche la case obstacle à l’inhumation du certificat médical de décès et réclame de ce fait une autopsie.

Pourtant, à ses débuts, ce médecin pleurait toutes les larmes de son corps à chaque mort à laquelle il était confronté.
Le jour de l’aïd el kebir, il refusait d’assister à l’assassinat de cette créature innocente qui avait simplement eu le tort d’exister.
Aujourd’hui, le terme « mort » ne signifie plus pour lui qu’une place vacante de plus dans les lits du service. Ceci ne veut aucunement laisser croire qu’il n’était pas compétent ou qu’il se désintéressait de la vie de ses malades. Bien au contraire, il s’obstinait à donner le meilleur de lui-même pour assurer la survie de chaque patient qui le croisait.
Mais à voir autant de morts, c’en devient naturellement banal. La fibre sensible s’anesthésie et finit par succomber sous le poids de l’expérience.

Il est aussi des nouvelles apaisantes émanant de cet édifice plus angoissant que la villa d’Amityville, Les Mohamed n’avaient rien de grave et sont retournés chez eux avec une simple prescription d’antalgiques.

Les crises H et leurs spectaculaires théâtralisations ont fini par s’estomper. Les familles des malades ont compris que ce n’était autre qu’un signal d’alarme et un appel à l’aide.
Ils rentreront épaulés, se tenants les mains dans une ambiance des plus fraternelles.

La vie continue dans le service des urgences et suit son cours inéluctable sous le regard bienveillant des blouses blanches.

Le personnel au cours des rares périodes d’accalmies sortira prendre l’air et boire un café pour faire semblant d’adhérer à la tranquillité de ce qui reste de la nuit en attendant une autre vie à sauver…

jeudi 24 septembre 2009

Côtoyer la mort




Le matin d’un lundi qui ressemble drôlement au mardi qui suivra et à un mercredi ordinaire.
Le jeune stagiaire vétéran, remonte ce couloir bondé comme pas possible par des malades désespérés de voir leur plainte entendue un de ces jours.
En arborant cette blouse jadis blanche, jaunie et ternie par le poids des jours et du café et des excréments que les oiseaux se plaisaient à lui larguer de là haut…
Elle lui donnait de l’allure et même une autre dimension.
Il voyait dans leurs regards égarés, renaître un certain espoir en le voyant.
Mais il savait pertinemment qu’il ne pouvait à lui seul changer tout un système, répondre aux attente d’un peuple alors que sans juger bon de leur faire parvenir cette convicition

En entrant, il fut accueilli par un spectacle matinal des plus agréables.
Un premier cadavre et puis un autre…
Des victimes du destin.
Un jeune de 24 ans pris dans une bagarre et qui essayait tout bêtement de calmer les esprits…
Et un vieux de 72 ans qui s’excuserait presque d’avoir été aussi longtemps en vie à croire les tares qui s’entassaient sur son dossier médical depuis des décennies entières.

Et puis, ce fut chaque jour pareil.
Avec des pics d’une dizaine de morts.
On n’est ni en période de guerre ni de pandémie.
Mais, on a tout a fait le droit de mourir quand même, de se faire réanimer, intuber, ventiler, de faire un arrêt respiratoire ou circulatoire et d’avoir un certificat médical de décès remplis en bonne et due forme.
Même en période de paix.

A la longue, notre stagiaire, mi je-m’en-foutiste, mi consciencieux, en arriva à flairer la mort, à la percevoir de loin, à lui parler, seul dans le noir et aussi à la sentir mais cette dernière faculté, il ne s’en vantait pas trop, croyant fermement qu’il n’était pas le seul.


Chaque jour en apercevant les corps inanimés, il s’en allait très vite vomir sa peine, son angoisse et son profond dégout de la vie.

En vomissant, il omettait d’expulser ses questions existentielles et son mal-être.

Pourquoi vivons-nous, si c’est pour se vautrer au fond d’un couloir sous les regards désintéressé d’un corps médical qui aura tout vu et tout vécu ?

Pourquoi baisser la tête tellement de fois si une telle fin est inéluctable ?

Pourquoi se pourrir la vie de questions existentielles si on n’est même pas sûr d’exister et qu’on est au moins certain de ne pas perdurer ?

Si la vie est une maladie incurable, où trouver la force et l’envie de vivre pleinement sa maladie ?

Et les nausées repartaient de plus belles…

Il passa outre ces interrogations… Il s’efforça de sourire face à cette brune inconnue au salut matinal chaleureux et séduisant.

Mais ces efforts étaient vains.

Force était de constater, que tous ces aléas de cette maladie incurable de la vie lui prirent le sourire… et pour longtemps.

dimanche 19 juillet 2009

أقوى إختراع تونسي في المجال الطبي: الشيفونة السحرية

كمحب للنادي الرياضي لحمام الأنف، أول حاجة لاحظتها هو أنو أي لاعب يتضرب في وسط المباراة يجي طبيب الفريق يجري وفي يدو شيفونة يكون عادةً مازال كي غطسها في سطل ماء لونو أخضر معدي عمرو على حافة الميدان.

يجي سي الطبيب وحط الشيفونة على مكان الإصابة ولعله يردد عبارات ويستعين بطلاسم... لا ندري... المهم ما تتعداش ثواني حتى الملاعبي يقوم شيء ما بيه يطنطن كيف الجن.

برشة علماء حاولوا يهتموا بالحكاية هذه ويفهموا الميكانيزم وشيء...

الشيفونة السحرية قعدت لغز وأجمل دليل على قدرة الطاقات التونسية الشابة على الإبداع في كل المجالات واستحداث طرق جديدة للتداوي على غرار مداواة السرطان بآيات قرآنية، والسيدا بالياغورت الفاسد.

وهي طرق وإن لم يتمكن العلم من تفسيرها لكنها تستند إلى تسلسل منطقي في التفكير. الشيفونة السحرية تبرد الأوجاع وتقضي على مخلفات الإصابات...

معاً لنقترح مكتشف هذه الطريقة الجديدة التي ستعود السكانير والإي. آر. آم. للنيل على جائزة نوبل العالمية.

ودامت تونس بخير.

samedi 7 mars 2009

Dans les méandres de la blocosphère...


Mille fois plus singulier que la blogosphère.
Ce monde parallèle, cette autre dimension qu’est le bloc opératoire.
Déguisés à l’aide d’un calot, d’une bavette et d’un pyjama de bloc de couleur verte délavée ou bleue pétrole selon la disponibilité.
Les visages ne s’expriment pas d’une manière habituelle mais d’une excessivité remarquable. Une allusion anodine réussit à elle seule à entrainer un tsunami de ricanements et les expressions se figent aussi rapidement que le clignement des yeux d’un patient en cours de réanimation.
Dans le bloc opératoire, on n’a que faire des talents oratoires, la vie entière prend un sens giratoire… On ne voit pas défiler le temps, on n’a pas le temps d’admirer le passage furtif d’une étoile filante. Dans ce même bloc où les médecins de garde qui opèrent une appendicite à 4 heures du matin passée, les yeux creusés de cernes, n’arrivent plus à cerner la moindre logique dans cette existence ni la quelconque poésie dans un crépuscule de printemps…
Entre son aspect inflammatoire gangréneux ou abcédé, l’appendice vermiforme pourrait très bien être un diverticule de Meckel mais comme on s’en fout finalement… On donnerait tout pour une heure de sommeil.
Le repos ne le sait que trop bien, il en joue et se joue de nous. Car un verbe pronominal perd plus souvent son sens, parce que l’amour vécu tous les jours est difficile à gérer, je pense…
Individus stériles d’un soir aux paroles septiques et aux gestes calculés tel l’angle que fait leur bistouri avec la paroi à inciser…
Le soleil s’est enfin levé sur la douce planète Tunisie… On n’a pas senti le temps s’écouler… On n’a même pas eu la chance de fermer les yeux de la nuit…
Mais la vie continue tout de même…
Car c’est seulement au bloc opératoire que le temps ne s’arrête jamais !

samedi 17 janvier 2009

La tétrasomie18, un autre aspect de la médecine…

En interrogeant Hédia, une patiente de 40 ans à propos de sa présence dans le coin post-partum du service de néonatologie où les femmes sont censées être accompagnés par des anges à l’apparence humaine, elle me précisa qu’elle avait accouché la veille et qu'on lui a promis de lui ramener son bébé le lendemain. Elle me raconta, notamment, que cet enfant, elle l’attendait depuis belle lurette.
Elle me parlait de son mari, Samir mort « le 47ème jour de ma grossesse » et qui ne verra jamais son fils grandir. Elle me louait son caractère remarquablement calme, sa sensibilité à fleur de peau, son inégalable humour et surtout sa passion pour le club africain.
Elle me confiait qu’elle allait appeler son fils Samir en hommage à cet homme qui a su être patient avec elle à l’heure où les couples ne résistent même pas quelques mois à l’annonce de la stérilité de leur union. « On savait pertinemment que j’étais la responsable, mais il a toujours gardé foi en moi. »
Il avait raison, finalement, même si à ce moment bien précis, il ne pouvait nullement jubiler de sa victoire.
J’essayais tant bien que mal, de la consoler en lui rappelant que son mari serait surement fier d’elle quand il verra Samir Jr. sur les bancs de l’école.
Puis, je rentrais chez moi le cœur déchiré face à la souffrance de cette mère-veuve pour qui les prochaines saisons s’annoncent d’une aridité exemplaire.
Le lendemain, je rejoignais le staff du matin, il y avait toute l’équipe des internes souriants comme il n’est pas permis de le faire quand on a gouté à l’amertume des déclarations de la bonne femme.
Je leur demandais, étonné, ce qui était derrière cette bonne humeur inhabituelle. On me répondait par un « Tetraaaaaaaasomie 18 !!! » qui m’a glacé le sang.
Au fil des minutes, le cauchemar se précisait.
Le chef de service félicitait son interne : « Bravo ! En trente ans de carrière, je n’ai jamais vu de tétrasomie 18 ! Même dans la littérature internationale la tétrasomie 18 n’a jamais été aussi évidente… Vous avez pris des photos au moins ? »
L’interne rétorquait fièrement : « Oui, Mme ! Au début, quand j’ai pris le nouveau-né pour l’examiner, j’ai soupçonné, rien qu’à son faciès qu’on était en présence d’un syndrome polymalformatif grave… J’ai pris beaucoup de clichés… On va les publier… Hihihi »
Je n’en croyais pas mes oreilles.
Une horde de jeunes et de moins jeunes censés militer pour la survie de leurs patients sont en train d’exulter autour d’un cadavre…
Je ne nie pas la légitimité de se réjouir quand on fait avancer un tant soit peu la médecine et qu’on ajoute une part infiniment microscopique soit-elle à la science. Mais on devrait quand-même garder une certaine réserve et ne pas laisser libre court à sa sottise.

Je n’ai plus revu Hédia. A vrai dire je n’ai plus eu le courage de retourner dans le coin du service où on allait lui annoncer la pire nouvelle de sa vie.
L’histoire ne retiendra probablement pas qu’un jour de novembre de l’année 2008, un dénommé Samir Jr s’est éteint et même pas qu’à cet instant là une vie s’est brisée, celle d'une mère qui a tout perdu.
L’histoire racontera d'un ton solennel aux prochaines générations que dans un certain service de néonatologie tunisien, un cas rarissime de tétrasomie 18 a été déclaré et que la littérature médicale internationale s’est enrichie de valeureux clichés de ce monstre qui n’avait d’humain même pas le nombre de chromosomes.

mardi 11 novembre 2008

قسم المجاري البولية


بينما كنت في مستشفى الرابطة بالعاصمة ننتقل من "بوفات" لمشرب...
مرة قهوة مرة كفتاجي، جاني مواطن فاضل قالي خويا بربي قسم البولة...
ما نخبيش عليكم غلبني فيها هذه...
قسم البولة ؟
ياخي البولة عندها قسم خاص بيها ؟
تقول انتي تهنينا على العباد ياخي ولينا لاهين بصحة البول ؟
المعني بالأمر بطبيعة الحال قسم المجاري البولية... إختصاص جراحي حلو برشة واسع وشاسع وعندك ما تسمع فيه وعندك ما تتعلم...
وفي حالتنا الطريفة حتى الطبيب إلي القليل فيهم تلقاه قاري 11 سنة بعد الباك يولي إسمو طبيب البولة حاشاكم...
هاو القدر والا لوح...
هذا الجاه وإلا بلاش...
شكون إلي قال القراية ما عندهاش قيمة في بلادنا ؟
نعرف إلي البخل مصيبة وإلي في زمان السرعة ماذا بينا نزيدوا انقصوا من كل جملة كلمتين أما يا خويا كان ما صبرتش ماك سميه طبيب المجاري وجازاكم الله خيراً...
ولا حياء في الدين !

dimanche 28 septembre 2008

Ces êtres hospitalo-universitaires…


Ils se lèvent chaque matin vers cinq heures du matin pour s’adonner à ces petits plaisirs qui font de la vie ce qu’elle est. A savoir par exemple, les attentes interminables devant la station du bus, les pickpockets qui leur dérobent au choix un porte-monnaie ou un téléphone portable.

Ils rejoignent leurs services respectifs avec toujours le même sourire qui orne leurs faces illuminées par la soif du savoir.


Ils restent à longueur de journée au chevet de leurs patients à les interroger, à les rassurer et à vérifier le résultat de l’examen cytobactériologique des urines ou à discuter les étiologies de leur thrombopénie.

Ils ont le cœur qui chavire quand un malade du service décède subitement. Ils en gardent un souvenir impérissable mais ils avancent tout de même encore et encore…


Ces jeunes ont pour modèles leurs supérieurs hiérarchiques… Ils rêvent tous de devenir comme tel ou tel médecin. Ils n’ont pas l’ambition de posséder et de prendre mais de donner autant qu’ils peuvent.

Ils s’extasient en sentant l’odeur de l’éther qui se dégage des hôpitaux qu’ils peuplent joyeusement.


Ils se sentent plus à l’aise en portant un pyjama de bloc ou une blouse blanche qu’en affichant un jean de marque le temps des cerises… Ils ont une autre philosophie. Ils sont d’une autre ère.

Ils ont des cernes qui embellissent curieusement leurs regards et donne l’impression qu’on est en présence de grands hommes en dépit de leurs jeune âge…


Ils n’ont pratiquement pas de vie sociale. Pas le droit de suivre le feuilleton. Ni même celui de rejoindre leurs amis au café. Ils ont sacrifié leurs existences pour que Salah et Mohamed dont les visages ne leurs disent rien du tout se sentent mieux et ne meurent pas bêtement.


Même quand ils ôtent leurs blouses blanches leurs faces gardent l’illumination des gens nobles et ils se sentent obligés d’intervenir pour calmer les esprits si une bagarre éclate au coin de la rue ou si un nageur infortuné se noie dans la même plage où ils étaient venus, justement, oublier l’atmosphère médicale.

Je me souviens, lors de mon premier stage de soins infirmiers, je me sentais étranger à cette ambiance… Je ne me sentais vivre qu’à l’extérieur de ces édifices…


Mais qui l’eût cru ? Nous devenons de jour en jour des individus en marge de la société… Vraisemblablement, nous sommes nés pour exister en tant qu'êtres hospitalo-universitaires…

mardi 23 septembre 2008

L’externe du service

L’externe Ahmed se lève avec son air abattu après ce sommeil nullement réparateur.

Il prend le bus puis le métro pour rejoindre à la fin de son périple le service qui est censé le former à être un bon médecin.

Dés son entrée, il est accueilli avec les cris de la secrétaire qui lui rappelle encore une fois que le chef de service lui a ordonné de ne plus accepter aucun externe neuf heures du matin passée.

L’externe accepte volontiers cet accueil chaleureux et fait mine de n’avoir rien entendu devant les yeux larmoyants de cette étudiante qui l’accompagne et qu’il s’est évertué à émerveiller tout le long de son trajet.

Les deux victimes continuent leur bonhomme de chemin, tout droit vers la salle de staff où se trouve réunie toute l’équipe des médecins du service en attendant l’arrivée du messie alias le chef de service, qui comme tout être important digne de ce nom ne raterait pour rien au monde cette occasion rêvée de se faire désirer.

Le staff ayant enfin commencé, les yeux se sont mis à énumérer le nombre de chaises dans la salle, les mains à moitir et les esprits à vagabonder cherchant désespérément à meubler ce temps paradoxalement libre.

On discuta, le sourire aux lèvres de cas qu’on qualifiait généreusement de «foutus », « irréparables », « presque morts »… Et on ponctua les observations par des phrases à l’humour venu d’une autre époque.

Les autres externes s’évertuaient pourtant à rire aussi bruyamment que possible pour laisser entendre aux séniors, qu’eux au moins, ils avaient compris.

Soudain, le chef se tourna vers Ahmed et le pointa avec son index en criant « Toi ! L’externe ! »

En l’entendant, il commençait à suer, son cœur battait à une fréquence surhumaine sa paupière supérieure gauche semblait ne plus vouloir s’arrêter de cligner.

La star du service lui posa une question qui lui paru la plus longue de toute l’histoire des questions. Quand c’était à son tour de répondre, il se demandait même avec quelle tournure le supérieur de tous ses supérieurs avait préludé son interrogation.

Le chef des lieux n’ayant pas trouvé de réponse se mit gentiment à faire étalage de son immense savoir en matière d’évocation de la mère, de la tante et de toute la joyeuse famille de cet externe même pas capable de suivre une question jusqu’à la fin.

L’externe leva la tête pensant que cette hiérarchie virait trop souvent à l’anarchie et en voyant la tête que faisait cette fille qu’il essayait par tous les moyens de courtiser. Il n’y avait plus rien à faire. Il se devait de rétorquer pour aspirer un jour à sortir avec elle.

Il fixa de son regard glacial le chef des chefs, le maestro, le seul et unique à pouvoir insulter impunément tous ces clowns présents dans la salle de staff et il dit en criant : « Par les pouvoirs qui vous sont conférés, vous pouvez me refuser la validité de ce stage, vous pouvez me crier dessus, vous pouvez me mépriser autant que vous voudrez et je ne conteste aucunement ce statut privilégié sauf que la mère qui m’a porté neuf mois et qui a failli y passer en me mettant au monde m’a toujours demandé de garder la tête haute même dans les pires situations… La dignité n’a pas de prix mais elle a va certainement me coûter un stage non validé…Quelle perte ! Je me disais aussi que ce serait agréable de venir passer l’été dans ce service constamment climatisé ! D’ici là cherchez vous une autre tête de turc… Au plaisir »
Et il quitta la salle en arborant cette carrure impressionnante. Tous les êtres ici présents auraient salués cette réaction légendaire par des applaudissements (étant la seule activité à laquelle ils étaient vraiment doués) si ce n’était la violence avec laquelle le chef avait réagi.

L’externe érigé soudain en héro national retrouva la fille de son cœur qui fut sous le charme de ce brave chevalier au charisme incroyable qui a défendu l’honneur de sa famille jusqu’à son dernier souffle…

Il lui a confia dans une quiétude qu’on ne ressent que durant les moments qui suivent les grandes victoires : « J’espère qu’Hippocrate me pardonnera d’avoir manqué de respect à un maître… Mais je suis sûr que s’il écoutait toute l’histoire il comprendrait ! »

mercredi 30 juillet 2008

Cri de colère d’une femme au bout du rouleau


Elle venait de rentrer au premier bureau de consultations.

Avec une voix sanglotante, elle demanda au médecin présent (qui n’était autre que le médecin traitant de son mari) d’écouter ce qu’elle avait à dire.

Il ne put refuser.

Elle s’était assise.

Entre deux soupirs, elle parla de sa peine de voir son mari ravi à l’age de 48 ans laissant une femme au foyer et deux gosses à élever et qui plus est, à cause d’une minable insuffisance professionnelle d’un autre médecin.

Elle se taisait par moments comme pour reprendre son souffle, comme si elle ne réalisait pas encore ce qui lui arrivait.

Puis sa voix grondait.

Elle dénonça ce système pourri, ces médecins inhumains qui se sont occupés de l’amour de sa vie pendant ses derniers moments.

Elle évoqua ces regards méprisants, cette absence de chaleur humaine et cette prétention inutile entre un homme au bord du gouffre et un autre sensé lui porter secours même par un sourire trempé de compassion.

Ses larmes coulaient à flots. « On pouvait éviter cela » répétait-elle sans cesse, d’un ton qui se voulait plaintif et qui renfermait sûrement quelques reproches.

Elle cria enfin, amèrement : « Si je le pouvais, j’écrirais dans les journaux, j’utiliserai Internet je le clamerai haut et fort dehors dans la rue. Mais hélas, je n’ai que mes yeux pour pleurer ce sort auquel je n’ai pu échapper »

Par contre, ce qu’elle ne savait pas c’est que dans la même salle, un bloggueur comme il en existe tant aujourd’hui s’était juré de vous faire parvenir sa voix.

Rien que pour le respect de la dignité humaine.

Rien que parce qu’être médecin, c’est tout d’abord être philanthrope.

mercredi 16 juillet 2008

في القرن الحادي والعشرين مازالت ناس في تونس...


مازالت ناس في تونس يعطيو الثقة في العزامة ويتنساو الطب والعلم.
ومازالت ناس تقلك عليك بالدواء العربي وتصبح إتنطن.
نتذكر مرة كنت في سبيطار صالح عزيز وجاتنا مرأة في مقتبل العمر. كي جاء الطبيب يفحص فيها لقى المرض الخايب (عافانا و عافاكم الله) تسربلها إلى بدنها وما بقى أمام الطب إلا أن يتحسر إلي هذه المرأة ما جاتش قبل فكانت اجابتها مريعة:" عندي عام ونص نداوي عند طبيب يداوي بلأعشاب"
علاش يا ولاد بلادي يكذبوا عليكم وتصدقوهم ؟ يضروكم وتزيدوا بالفلوس تخلصوهم؟
ومرة جانا مواطن إسمو الهامل وآخر إسمو العيفة. ممكن تعرفوا السبب. أنا ما كنتش نعرف.
قالك الزوز جابوهم والديهم بعد سلسلة كبيرة متاع محاولات فاشلة.فالأول اسمو الهامل باش يتقوى على الموت نظراً لأنه باندي عليها والثاني إسمو العيفة باش الموت تعيفو وتخليه يعيش. نخليكم تتأملوا في عمق نصائح العزام إلي طلع بهذه الأفكار العلمية القيمة وإلي بسببو شاب في مقتبل العمر عايف روحو حتى هو .
يا ولاد بلادي، نعرف القلق عامل فينا وماذا بينا نؤمن بأي حاجة باش نعديو الوقت. لكن يعيشكم تنجمو تؤمنو بقيمة الخبز في تقرير مصير الشعوب وإلا تؤمنوا بالماء كمبدأ وحيد أما عمركم ما تصدق الدجالة إلي يقولولكم العيفة تعيفو الموت بربي

mardi 13 mai 2008

Mon ami le roublard... On ne dit pas "vieillard"!

Je m’insurge contre l’usage intempestif du nom « vieillard » en médecine. On sait tous la connotation dépréciative du suffixe « -ard » comme par exemple dans les adjectifs froussard, trouillard, vantard... (Et la liste est longue)
Mais on utilise quand même ce terme à outrance… Que ce soit dans des cas cliniques, dans des données épidémiologiques ou dans des polycopiés, vous trouverez toujours les vieux malmenés par ce suffixe dévalorisant comme si leur âge et leurs tares qui se décompensent n’étaient pas assez pour meubler leur vies tranquilles.
Rien que pour les aléas vécues, rien que pour cette brillante existence qui vire doucement vers l’ennui et au moins face à ce compteur qui affiche indécemment autant d’années, On se doit de virer le « -ard » définitivement de notre langage.
Je ne suis pas dupe non plus, je sais pertinemment que l’utilisation de ce mot relève plus d’un abus de langage que d’un mépris…
Faisons quand même un effort et reconnaissons notre tort…
Dans l’espoir qu’un jour, ce terme ingrat fasse à jamais partie de l’oubli…