Les fidèles du Boukornine

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lundi 5 septembre 2011

Dans mon pays, il fait noir...









Il y a des mots balbutiés dans le noir, dans la douleur, au beau milieu d'une beuverie, avec les yeux qui pétillent, fixant une étoile précisément comme pour y accrocher l'infime espoir restant après que les immenses rêves se soient écartelés par les manigances des contre-révolutionnaires.

Ne m'en voulez pas si ce soir, j'ai juste envie de partager avec vous ces larmes, d'un gosse qui se réveille pour trouver qu'on vient de lui voler le joujou pour lequel il vivait, le mien s'appelle liberté.

Vous avez envie de partir ? Trop de pudeur pour partager tout ce désarroi avec un blogueur que vous ne connaissez même pas ? Restez quand-même.
On croit connaitre des gens qui s'avèrent au bout de quelques années comme étant de parfaits inconnus, alors de grâce arrêtez de tergiverser !

Je veux rendre hommage à ces soirées passées à sécuriser nos quartiers dans un froid de canard au péril de nos vies pourtant loin d'être miséreuses. Il faisait tout noir, mais nos visages étaient illuminés !
Quand je postillonnais, le poing levé, élevant la voix pour expliquer ce que je connaissais de la politique et des différentes révolutions qu'a connues l'humanité à ces jeunes incultes qui m'entouraient avec leurs regards intéressés, quand je chantais à pleine voix dans la rue, quand on partageait au delà des repas, des jus préparés à la maison, ces accolades fraternelles avec des gens que tu n'osais même pas saluer la veille.
Quand on sortait manifester dans les rues lacrymogènes de Tunis, ce centre-ville qui fut et restera à jamais mon plus grand amour, pour y avoir passé une très belle adolescence.
Quand du temps de Ben Ali, je rentrais le soir de mes aventures rocambolesques tunisoises matinales, pour regarder le ciel, l'étreindre et l'implorer avec insolence et piété. Comme pour lui dire que de toute façon on y arrivera, avec ou sans lui...
Quand on rêvait de mourir en martyrs pour la liberté.
L'univers entier nous enviait nos rêves insouciants, notre fougue incommensurable et notre effroyable sens du sacrifice, prêts à dévorer toute entrave à notre révolution.

Aujourd'hui, nous nous retrouvons avec des braquages à tous les coins de rue, à toute heure, des forêts qui ont cette formidable aptitude à l’auto-combustion simultanée, ces barbus qui imposent à des gens tolérants et ouverts depuis des siècles des lois venues de pays où l'on ne vit pas, ces policiers réservés exclusivement à la répression des manifestations légitimes et pacifiques et ce tribalisme qui éclate et s'estompe comme par magie par ci et par là comme pour nous sommer de calmer nos ardeurs, de baisser nos pantalons et de revenir dans nos tanières et de laisser les corrompus et les truands achever notre "révolution" sous les acclamations de la "majorité silencieuse" qui nous qualifie de délinquants.

Aujourd'hui, avec cette âme de révolutionnaires en herbe arrivée à bout de souffle, mordant la poussière, ne se levant plus que pour mieux trébucher, laissez-moi pleurer.
Parce que les hommes pleurent, de ces larmes qu'il serait criminel de brimer, ces gouttelettes qui s'insinuent pour creuser un visage à la mimique figée, sous le regard compatissant de cette étoile à laquelle on s'agrippe pour ne pas sombrer.


Sous les murs de ma ville sainte assiégée, de ma Jérusalem encerclée, de mon Andalousie attaquée, de ma défaite annoncée, de ma fierté submergée, de ma liberté bâillonnée et de ma dignité massacrée.
Mon âme pleure des larmes d'hommes, une tristesse de guerriers dont la témérité n'est plus à prouver, doués d'une persévérance à toute épreuve.
Dans mon silence, dans ma solitude, surgit ma haine farouche des journalistes et des politiciens à qui le peuple a offert un cadeau aussi inespéré qu'immérité.
Trop occupés à faire chanter les hommes d'affaires pour les premiers et le pauvre peuple malheureux pour les seconds, ils nous ont abandonné une énième fois. La fois de trop...

J'entends les bombes pleuvoir de toute part, les femmes crier et les enfants pleurer. Je vois des hommes fuir en toute lâcheté.
Je n'ai pas peur, j'ai juste une douleur qui m'afflige.
Je ferme les yeux, étend mon index et récite l'attestation de foi, me lève vaillamment, regarde une dernière fois mon étoile qui scintille et court vers ma destinée.
Ils veulent ma liberté, ils veulent mon droit de rêver.
Ils devront me passer sur le corps... 

jeudi 7 octobre 2010

Qui défend les droits du peuple tunisien ?

Cela fait quelques jours que je ne dors plus.
La cause ?
Les images poignantes du public espérantiste victime d'une sauvagerie sans précédent de la part des forces de l'ordre égyptiens qui ont visiblement très mal pris qu'une dizaine de personnes allument des feux de Bengale dans les gradins du stade du Caire.

Quand ils subissaient l'impensable barbarie des policiers, le public, ne sachant plus à quel saint se vouer, se mit à entonner notre hymne national:
"Houmet al hima ya houmet al hima
halommou halommou li majd ezzaman,
Lakad sarakhat fi ouroukina eddima,
namoutou namoutou w yahia al watane"
à traduire:
"Ô défenseurs de la Nation, allons à la rencontre de la gloire !
« Mourons s'il le faut pour que vive la patrie ! »
Clame le sang qui coule dans nos veines."

Avant de conclure avec les deux vers de Aboulkacem Chebbi que je ne saurais citer sous peine de ne plus pouvoir continuer mon récit.

D'ailleurs, je suis malade de ce que j'ai vu. Je suis troublé, attristé, peiné, outré, révolté...
Couverts du drapeau national tunisien, ces jeunes instruits pour la plupart se sont trouvés face à face avec un bourreau qui leur a adressé sans se poser de questions des coups de matraque meurtriers...
J'en perds la suite de mes idées, ma logique, mon sang froid, ma raison... Je ne suis plus.

La police égyptienne mondialement et tristement connue pour ces nombreux cas de transgression des droits de l'homme les plus élémentaires, s'en est prise à mon peuple.
Or, je suis mon peuple.
Qu'ils soient ivrognes, pieux ou agnostiques. Riches, pauvres ou faisant partie de la classe moyenne. Je représente mon peuple totalement et complètement.
Et mon peuple me représente à chaque fois qu'il quitte le territoire ou qu'il se mesure à des étrangers quelque soit la compétition ou la discipline.
Quand Mohamed, Larbi, Sadok et les autres se sont pris des coups de matraque, je les ai ressenti ici, chez moi, dormant bien au chaud dans mon lit douillet.
J'en garde encore des stigmates indélébiles.
Je n'en pleure pas, parce que je ne sais plus pleurer, même si l'envie est tellement forte...

Après avoir craint pour leurs vies et avoir été arrêtés pour beaucoup, marqué au fer rouge pour les autres et à la matraque et aux poings parfois, ces gens là s'en sont pris plein la gueule de la part des médias égyptiens.
Ils ont été trainés dans la boue par nos amis de "Omm eddonya" avant d'être désavoués par les leurs.
Le Bureau directeur de l'espérance et le bureau fédéral de football tunisien présente ses excuses au nom du peuple tunisien pour ce hooliganisme de cette "frange égarée"...

Pourtant, sur les images, cette frange n'a été égarée que par la férocité de la police égyptienne.

Ne s'en est suivi aucun témoignage de sympathie, aucune défense acharnée et aucune intervention de l'ambassade qui vaille la peine d'être citée.

la "frange égarée" est écrouée au Caire et Dieu seul sait comment ils sont traités par ces bêtes féroces inhumaines. Mais, suis-je le seul à m'en inquiéter ?
Ils encourent jusqu'à cinq ans de prison, suis-je le seul con à en perdre le sommeil ?
Ils sont coupables d'avoir allumé des feux de Bengale ? De s'être défendu quand les policiers égyptiens les ont dévoré sans vergogne ?
Cinq ans ? putain... J'en perds les pédales...
Même pas la possibilité d'être rapatriés pour l'instant ?
Suis-je le seul à y voir une intolérable injustice à l'encontre de onze de nos ressortissants ?

Qui est là pour nous défendre ?
Nous sommes citoyens d'un beau pays nommé Tunisie.
Nous payons les impôts et nous suons sang et eau pour que des responsables ventrus, moustachus et écœurants de suffisance en venant se la péter dans le JT à propos de classements bidons où l'on est premier dans le monde arabe et le continent africain dans la qualité de "survie" notamment.
Nous subissons chaque année des accidents de transports en commun qui tuent plus que ne le fait le SIDA.
Aucun responsable n'est désigné. Aucun coupable n'est reconnu.
Pourtant, nous nous taisons, en attendant sagement que des problèmes techniques ou des freins défaillants viennent mettre un terme impunément à notre minable existence.

Cependant, quand nous sortons en dehors de nos frontières, Nulle aide, nulle reconnaissance, nulle solidarité et nulle pitié.
Pourtant, c'est notre droit d'être protégés et de voir nos intérêts défendus par l'état où que nous allions. Nous ne demandons pas la lune.
Juste un peu de décence et de dignité.

Touche un cheveu à un marocain ou à un algérien en Tunisie ou partout ailleurs et leur ambassade et leur consulat monteront aussitôt au créneau pour te corriger sévèrement.
Quant à nos ambassades et nos consulats, ils sont atones et léthargiques quand il s'agit de nous secourir.

Nous sommes tunisiens, nous en bavons pour avoir un simple VISA touristique pour le présumé "paradis" schengen, nous n'avons pas de presse digne de ce nom, nous n'avons pas de vie politique épanouïe ni de débats qui mériteraient d'être suivis et pourtant nous restons dans notre pays, nous militons pour lui permettre de gravir doucement mais surement les échelons du développement.
Alors, faites votre travail convenablement. Ce n'est pas une faveur que je demande, mais votre devoir de nous défendre que j'exige...

Pour cloturer en beauté, je cède finalement la parole à Aboulkacem Chebbi, le plus grand poète tunisien:

"Lorsqu'un peuple veut la vie, force est au destin de répondre
Aux ténèbres de se dissiper et aux chaînes de se rompre !"

jeudi 2 septembre 2010

Ils viennent de finir de libérer l'Irak...

Sept ans et demi après l'invasion de l'Irak par l'armée américaine et ses alliés se basant sur de fausses allégations à propos d'armes de destruction massive qu'aurait caché Saddam Hussein pour nuire à l'humanité... La guerre n'est plus...
George W. Bush promettait au peuple irakien la "démocratie" dont il aura toujours rêvé. Au final, il lui permet la guerre civile qu'il aura toujours redouté.

Mais une guerre civile, ce n'est pas rien ! Il a fallu donc la payer au prix d'armes prohibées par toutes les conventions pendant l'invasion de l'Irak que ce soit pour la première ou la seconde édition.

Ce que le père des Bush(er) aura entamé, le fils l'aura achevé. Il n'en reste pas moins que le saint esprit agonise à l'heure actuelle.

Au départ, les fins crapuleuses de cette guerre n'ont pas manqué à tous les hommes libres de ce monde, mais même les hommes libres courbent la tête devant la force dissuasive d'une superpuissance.

Les states placent des présidents un peu partout, en destituent d'autres, financent des coups d'état suivant leurs intérêts et provoquent des guerres pour doper leur industrie d'armement.
Ils se moquent de la fillette qui allait tranquillement à l'école sous l'ère Saddam et qui a perdu tous les membres de sa famille et quelques membres de son corps sous le bombardement "salvateur" de la US Army.

Saddam Hussein est aussi un criminel de guerre, il ne faut pas se leurrer. Au même titre, d'ailleurs, que Milosevic, que la famille Bush et que plein d'autres bêtes sanguinaires...
Je ne peux pas m'empêcher de penser que les kurdes et les chiites d'Irak qui ont assez pâti des frasques de leur leader, avaient cru un tant soit peu à la "mission civilisatrice" des USA au cours de cette guerre, même si la civilisation irakienne est dix fois plus importante que celle des states...  Ou du moins les avaient-ils accueillis à bras ouverts parce que l'ennemi de mon ennemi est mon ami,

Aujourd'hui l'armée américaine rebrousse chemin quittant le bourbier dans lequel elle s'était faite piéger...
"Le deuxième Vietnam", ils l'ont dans la poche... La guerre ils l'ont déjà gagnée en dépit des apparences...
Le pétrole est désormais sous leur emprise. Ils ont un allié de poids dans la région. Ils ont corrigé un leader qui leur tenait tête et donné par la même occasion une leçon à tous les dictateurs qui auraient la mauvaise idée de faire pareil.
Quant à leurs morts c'est rien comparé aux milliards de dollars qu'ils auront amassé en écoulant leurs armes et en détournant le pétrole et qu'il continueront à empiler en reconstruisant un semblant de pays à partir des vestiges de leur passage meurtrier.

Mais que laissent-ils finalement aux irakiens ?
Sept ans et demi de dévastation, d'affrontements, de chaos, d'insécurité ont eu raison de ce pays qui, rappelons le, il y a une vingtaine d'années et plus, ravitaillaient généreusement le peuple tunisien (entre autres)  de vivres et de livres...
Quoique l'on puisse dire de l'Irak de Saddam, c'était, en tout cas, un pays uni autour de son dictateur non par un rêve ou une utopie mais par l'insoutenable crainte des représailles des hommes de main du parti du baath.
Ce n'est pas une vie, me diriez-vous... Mais dans cette mosaïque ethnique comment pouvez-vous prétendre tenir en haleine ce pays autrement ?
C'est triste, mais c'est comme cela. Il y a des régions qui sont faites pour la dictature, elles ne s'épanouissent que dans les poings fermés d'un homme intransigeant. Il ne faut qu'observer l'histoire contemporaine de l'Irak pour s'en rendre compte, faite de coups d'état incessants et de prises de pouvoir sanglantes.

Aujourd'hui, comment oublier Abu Ghraib et son affreux scandale ? Comment passer outre l'humiliation des arabes en exécutant Saddam le jour de l'aïd el kebir ? Comment oublier les scènes de vol du grand musée de Baghdad sous les regards bienveillants des soldats américains ? Comment oublier que Bush W. a pissé sur l'ONU et la France (son droit de véto compris) et toute la communauté internationale? W. qui a plus que jamais ravivé le sentiment d'injustice de par le monde, W. qui a fait des centaines de milliers de victimes au cours des différentes guerres qu'il a amorcé ? Comment oublier que l'immense histoire d'un pays comme l'Irak, pays du Tigre et de l'Euphrate et Pays de Hamourabi, a été piétinée par des rangers boueux portés par les soldats ricains...

Telle une jeune fille qui se fait violer par un étranger dans une impasse au vu et au su de toute la planète et qui se fait aussitôt lyncher par ses proches pour le déshonneur causé à la famille, l'Irak, se lèvera, redressera ses habits, séchera ses larmes, apprendra à pardonner d'abord à ses proches, ce peuple exemplaire mais bien trop occupé à faire sa guerre civile...
Tout le monde omettra les effroyables cris de désespoir de cette jeune fille qui n'était pas heureuse, mais qui n'aurait jamais osé songer au suicide auparavant. Cependant, l'histoire n'oubliera jamais qu'elle a été la triste victime d'un viol qui restera impuni par indifférence ou par impuissance de tous les spectateurs d'une scène à vous glacer le sang.

Pis encore, demain les agresseurs seront accueillis en grandes pompes chez eux, tels des héros de guerre...

Pour finir, il faut dire que les USA, implantés comme il se doit dans ce pays, ne le quitteront plus jamais maintenant.
L'envahisseur est (presque) parti, certes... Mais, ils nous lègue un pays désert, une déferlante de violence et tout de même, faut-il se l'avouer, la liberté... d'enterrer nos morts ou de les faire incinérer...

vendredi 16 octobre 2009

Songes et élucubrations

Porter tous les maux du monde, pâtir de toutes les peines.
Etre réduit au statut de simple spectateur impuissant d’un spectacle ennuyeux, d’une merde ornée de paillettes à laquelle on peine à prendre gout.

Marcher seul en silence avec pour unique compagnie un désespoir incommensurable et une haine démesurée.

Mâcher ses mots et les avaler parce que personne ne comprendra.
Parce qu’on parle une autre langue.

Voir dans tous les murs du monde, dans tous les entractes et des chapitres inachevés, des chansons tristes, un son mélancolique de piano vieilli et délaissé.

Ecrire pour unique amour.
Ecrire pour unique raison.

Ecrire comme pour mourir et renaître entre les dents des insectes nécrophages.

Aucune envie de pleurer car plus de force et plus de volonté.
Juste l’envie de marcher seul en silence, tout aussi désespéré.

Laisser un cœur qui ne sait de l’amour que la fougue des héros romanesques, communiquer avec une lune irréparablement navrée de l’écouter.

Se laisser prendre dans les draps de la solitude.
Ne surtout pas s’obstiner à quitter trop vite son exil.

Parce que dans son bagne on peut déguster du Brel, apprécier Baudelaire et trouver Aznavour trop joyeux de s’exprimer.

Demain est un autre jour, demain est un jour nouveau.
Dans son esprit anesthésié, sa créativité muselée ou sa liberté piétinée… Le mieux n’est-il pas de se laisser dévorer par l’insatiable envie d’exister ?

jeudi 24 septembre 2009

Côtoyer la mort




Le matin d’un lundi qui ressemble drôlement au mardi qui suivra et à un mercredi ordinaire.
Le jeune stagiaire vétéran, remonte ce couloir bondé comme pas possible par des malades désespérés de voir leur plainte entendue un de ces jours.
En arborant cette blouse jadis blanche, jaunie et ternie par le poids des jours et du café et des excréments que les oiseaux se plaisaient à lui larguer de là haut…
Elle lui donnait de l’allure et même une autre dimension.
Il voyait dans leurs regards égarés, renaître un certain espoir en le voyant.
Mais il savait pertinemment qu’il ne pouvait à lui seul changer tout un système, répondre aux attente d’un peuple alors que sans juger bon de leur faire parvenir cette convicition

En entrant, il fut accueilli par un spectacle matinal des plus agréables.
Un premier cadavre et puis un autre…
Des victimes du destin.
Un jeune de 24 ans pris dans une bagarre et qui essayait tout bêtement de calmer les esprits…
Et un vieux de 72 ans qui s’excuserait presque d’avoir été aussi longtemps en vie à croire les tares qui s’entassaient sur son dossier médical depuis des décennies entières.

Et puis, ce fut chaque jour pareil.
Avec des pics d’une dizaine de morts.
On n’est ni en période de guerre ni de pandémie.
Mais, on a tout a fait le droit de mourir quand même, de se faire réanimer, intuber, ventiler, de faire un arrêt respiratoire ou circulatoire et d’avoir un certificat médical de décès remplis en bonne et due forme.
Même en période de paix.

A la longue, notre stagiaire, mi je-m’en-foutiste, mi consciencieux, en arriva à flairer la mort, à la percevoir de loin, à lui parler, seul dans le noir et aussi à la sentir mais cette dernière faculté, il ne s’en vantait pas trop, croyant fermement qu’il n’était pas le seul.


Chaque jour en apercevant les corps inanimés, il s’en allait très vite vomir sa peine, son angoisse et son profond dégout de la vie.

En vomissant, il omettait d’expulser ses questions existentielles et son mal-être.

Pourquoi vivons-nous, si c’est pour se vautrer au fond d’un couloir sous les regards désintéressé d’un corps médical qui aura tout vu et tout vécu ?

Pourquoi baisser la tête tellement de fois si une telle fin est inéluctable ?

Pourquoi se pourrir la vie de questions existentielles si on n’est même pas sûr d’exister et qu’on est au moins certain de ne pas perdurer ?

Si la vie est une maladie incurable, où trouver la force et l’envie de vivre pleinement sa maladie ?

Et les nausées repartaient de plus belles…

Il passa outre ces interrogations… Il s’efforça de sourire face à cette brune inconnue au salut matinal chaleureux et séduisant.

Mais ces efforts étaient vains.

Force était de constater, que tous ces aléas de cette maladie incurable de la vie lui prirent le sourire… et pour longtemps.

jeudi 13 août 2009

Le mendiant de l’amour

Sur le bord de cette route délaissée, accroupi et esseulé, se trouve un jeune homme à l’accoutrement qui ne paie pas de mine et au visage qui fait ressurgir des doutes sur la théorie créationniste de l’origine des êtres humains.
Parce qu’il n’est pas tolérable pour une présumée création divine de contenir en si peu de superficie autant de défauts.

Il ne pleurait pas.
Il ne gémissait pas.
Il ne mangeait pas.
Mais il n’avait pas faim.
Il attendait simplement la fin du calvaire en silence.
Il savait que c’était inéluctable.
Ce n’était qu’une question de temps.

Cette vision sombre du monde lui permettait paradoxalement de vivre et d’arborer constamment ce sourire insolent dont personne n’arrivait à percer les mystères.
Même pas lui, selon certaines interprétations.

Un sourire qui affichait une dentition jaunie et qui dégageait une haleine tellement fétide, qu’on préférait le qualifier désormais de sourire « trop » insolent, de sourire indigeste ou de sourire répugnant.

Il ne se faisait donc plus d’illusion quant à sa destinée, convaincu d’avoir perdu d’avance tout ce qu’il aurait la mauvaise idée d’entreprendre !

Jusqu’au jour où elle passait à côté de lui à pied.
Elle s’était retrouvée là bas par un pur hasard.
Elle fit un sursaut quand elle le vit.
Mais il eut ce jour là une véritable illumination.

Il n’avait jamais vu de visage aussi angélique, de sourire aussi ensorcelant ni de corps aussi parfait.
Il jeta de suite les idées noires qui l’ont accompagné tout au long de sa vie et lui fit une déclaration des plus enflammées.

Il lui révéla notamment, qu’elle était une déesse, un ange qui était descendu du ciel pour l’accompagner au paradis.
Il lui confia que le malheur était de règle dans sa vie mais qu’il la voyait en tant qu’exception.


Elle restait bouleversée devant des révélations aussi intenses…
Ses joues charnues devinrent toutes rouges signe de sa timidité proéminente.

Elle se mit sur ses genoux pour lui dire ô combien elle appréciait ses mots.
Mais en chemin et au cours de sa périlleuse descente, un vent nauséabonde l’arrêta net.
C’était l’insupportable haleine qui fit une entrée tellement remarquable dans ce jeu de séduction que notre ami ne connaissait que dans les livres qu’il a dû bouquiner avant de se retrouver à la rue.
C’est alors que la princesse de ce soir là, s’est réveillée de son emportement et son rêve a viré au cauchemar.
La réalité glaciale a figé tous ces mots qui l’ont fait frémir quelques minutes auparavant.

Elle le voyait enfin avec les yeux et plus avec le cœur. C’est alors qu’elle lui répondait au nez en criant d’aller voir ailleurs, soulignant qu’elle était trop bien pour lui.

Mais lui, il le savait…
Il l’a toujours su d’ailleurs.
Il en était convaincu pendant toute sa vie.
Mais en l’espace de quelques minutes, il s’était cru capable de tout bouleverser d’un coup.
Oubliant, à tort, l’effet ravageur de son haleine.

L’histoire si elle était finie de la sorte, ne lui aurait pas causé plus de peine que les innombrables déceptions qui ont ponctué sa vie.

Il a, malheureusement, fallu que la jeune fille en question finisse par lui cracher à la figure avant de s’en aller comme signe suprême de mépris vis-à-vis de ce clochard qui a osé se voir avec elle, même dans rêves !

C’était, comme on se plait à dire : « la goutte qui a fait déborder le vase ! »
On ne lui avait jamais faite, celle là.

Cet acte d’une violence inouïe rien que parce qu’il a eu l’audace de se croire vivant pour une fois dans sa misérable vie…

Notre ami, ayant perdu son sourire insolent avec lequel il combattait les aléas du destin et qui lui permettait d’attendre patiemment sa fin.

Plus besoin de vous faire un dessin. Notre ami en a fini à l’aide d’une lame récupérée sur le trottoir en face.
Il connaissait l’emplacement exact des veines à trancher tellement sa maigreur en laissait apparaître le relief.

Pour finir sur un note d’optimisme (comme le vent de joie de vivre qui souffle sur ma vie en ce moment en dépit des apparences) notre ami repose aujourd’hui au paradis en compagnie de soixante-dix vierges toutes plus belles que la fille en question.
Son sort nous a aussi ouvert les yeux quant à la désormais incontestable véracité de l’origine créationniste de notre héro.

samedi 25 juillet 2009

Quand rien que le fait de tourner une page devient un acte douloureux


Dans le roman de ma vie et ses rocambolesques méandres, le premier chapitre s’est achevé d’une rapidité déconcertante avec une incroyable clarté dans le texte aux magnifiques caractères écrits à la main avec une insolente insouciance.

J’ai, aussitôt, décidé d’attaquer le deuxième chapitre.
Par hasard ou peut-être bien par le fait d’un destin qui s’est maquillé en hasard, d’autres voix m’ont rejoint.
Je lisais le premier paragraphe et je m’agrafais illico aux yeux de mon « inter-lectrice ».
Ces expressions voulaient tout dire. Mais je voulais tellement en dire plus.
Cependant, dés que je commençais à m’attacher à la page 24, il était très vite temps de passer à la page 25.
Je le faisais, le cœur et les gestes alourdis par une déception qui était à la mesure de l’importance de la page. Mais je suis toujours arrivé à dépasser mes pages.
Et quand j’arrivais à la page 30, le numéro 24 ne me disait plus rien.

La plus belle page qui ne m’ait jamais croisé, c’est surement la page 37. J’ai croisé les doigts pour la garder. Mais j’ai peut-être trop croisé les bras en passant.
La lecture n’étant pas une activité de tout repos mais une véritable croisade contre l’oubli et l’ennui.

Ma page s’est enfuie avec un autre lecteur qui était surement moins assidu que moi.
Ma page ne savait pas ce qu’elle faisait en me brisant le cœur. Je demande au seigneur de pardonner à ma page. Mais, c’est improbable que le seigneur daigne pardonner.
Etant moi-même rancunier quand il s’agit des pages.

Depuis, j’enchaine les ratures. Mais le livre s’est fixé, à ce que je vois, irrémédiablement sur la page 37.

Quand le pouce et l’index, généralement légèrement hydratés par le bout de la langue, dans un mouvement, il est vrai, complexe mais réalisé machinalement, tentent de passer à la page suivante… Il y a véritablement blocage.
La douleur commence à gagner les doigts tel un tonnerre dans un ciel serein. Petit à petit ce mal atteint le cœur et irradie à tout le corps paralysant l’âme de tout ce qu’elle comptait entreprendre.

La page 37 a ainsi commencé à m’habiter… M’obséder… Me rendre fou et m’aliéner…
C’est fou ce qu’une simple page peut faire d’un organisme complexe fait de viscères, de cerveau, de cœur et de tout ce que vous savez…

Oui, j’ai pensé, comme vous brûlez d’envie de me le crier, à déchirer la page. Hélas mon cœur s’est déchiré avant que je n’en vienne à bout.

En attendant de trouver les solutions à ce problème existentiel qu’est celui de tourner une page, j’ai jugé que la meilleure chose que j’avais à faire était de fermer momentanément le livre et de le ranger sur cette étagère, le temps que la poussière du temps fasse son effet.

Après il suffira d’un coup de chiffon pour tout dépoussiérer, et au moment voulu on entamera volontiers toutes les pages qu’il faudra pour trouver sa page fétiche !

mardi 7 octobre 2008

عركة الزمان



بينو وبين الزمان حكاية كبيرة
لا يفضها لا حاكم لا دغرة لا جبيرة
خرجوا قدام عامة الشلايك
قالو يا زمان وين تهرب راني جايك

ليوم أخيراً نصفي حسابي معاك
وإذا تطلع ظلمتني يا خيبة مسعاك
قلي يا إلي تبدل في الناس
وترد العاشق الهايم خالي من الإحساس

بربي وين بطغيانك ناوي توصل ؟
ناس منك هجت لمدينة الموصل!
قداش منيتني بمستقبل رائع؟
قداش قعدت لأحكامك طائع ؟

وفي لحظة غفلة هدمت بيا الساس
خليتني في عمري مانيش لاباس
قلي علاش ومناش وكيفاش
ما نحبش نكمل نعيش بمرض ما يبراش

هيا قلي خليني نشفي قلبي من شدة الأهوال
وإلا دهشت من الناس آش تقاسي منذ عدة أجيال ؟
شبيك ساكت تكلم واشفي الغليل!
أنا عينيا ظلام كيف الصباح كيف الليل...

الحقيقة هانت عليا روحي، خوذها قربان
غير خلي الناس تعيش يا نذل يا زمان

mardi 19 août 2008

Au royaume des cœurs brisés…


Ils viennent de l’ériger en empereur.

Cet être à l’apparence anodine ni trop beau ni trop grand ni trop gros, a été élu pour diriger ce royaume perdu au fin fond des ténèbres vu son passé glorieux dans le domaine des blessures.

Son problème à lui c’est qu’il n’a toujours pas su comment se protéger de l’amour et ses désillusions. Il s’est toujours impliqué à fond dans ses histoires et il a toujours été déçu par ce sentiment qu’on présume noble.

D’ailleurs, il s’est toujours demandé d’où lui venait cette noblesse ?

Si c’est en faisant s’agenouiller ses adeptes, ce n’était pas un si beau chemin pour arriver à ses fins. Et rien que pour cela on pouvait mépriser cet état d’âme.

Il pouvait très bien s’aligner avec les jeunes de son époque et faire souffrir les charmantes demoiselles en développant sa carapace étanche aux émotions. Mais lui, il était fait d’une autre matière.

Il avait cette sensibilité à fleur de peau, cette cadence effrénée de battements de son grand cœur.

Il aimait trop rapidement, trop fort et trop longtemps pour être quelqu’un de normal.

Le pire dans tout cela, c’est qu’il n’a toujours pas compris, en dépit des expériences qu’il multiplie, des déceptions qu’il accumule et des innombrables blessures qui lui balafrent le cœur.

C’est une vraie tête brûlée et on ne peut rien y faire.

Le docteur lui a demandé de ne surtout pas négliger cette affaire car son cœur commençait petit à petit à lâcher.

Mais lui, il n’écoute jamais ce qu’on lui dit. Et dés qu’une brune à la peau claire vient lui parler d’amour et de passion il se jette les yeux fermés dans l’oasis et quand il se rend enfin compte que ce n’était qu’un mirage, il replonge dans sa détresse qui est son plus fidèle compagnon. Un peu comme le chien qu’il n’a jamais eu.

Et encore ces nuits blanches qui lui creusent les orbites en guise de cernes. Et davantage de maux de têtes. Et encore plus de tristesse.

Comment faudrait-il s’y prendre ?

Tuer ses sentiments ? Il ne veut même pas en entendre parler…

Attendre encore et encore que la princesse tape à sa porte ? Il n’est pas aussi naïf pour croire aux contes de fées…

S’ouvrir les veines ? Il a trop peur de ne pas mourir sur le coup et d’attraper le tétanos du fait du matériel souillé ou encore pire avoir la honte devant ses congénères et sûrement aussi la phobie de finir en enfer qui ne le quitte jamais.

Mais il s’accorde surtout à dire, devant son verre de jus à demi vide, que la vie est une chienne et que le dressage cela n’a jamais été son truc.