Inutile de vous rappeler que le système médical tunisien est profondément malade, titre de mon précédent billet qui rapporte quelques pathologies qui menacent l'intégrité du patient et du médecin admis dans les hôpitaux tunisiens.
Samedi dernier, une demoiselle, interne dans le service de chirurgie A de l'hôpital Charles Nicolle, se fait violemment gifler par une patiente alors qu'elle assurait une garde aux urgences.
Etant de garde le même jour au sein du service de chirurgie en question, j'ai pu assister et essayer de défendre, non sans peine, la dignité bafouée de cette jeune interne, tout ce qu'il y a de plus sérieux et compétent.
On a permis avec quelques confrères volontaires que le service des urgences ne soit pas paralysée parce que l'interne violentée se devait d'aller porter plainte et ne pouvait plus continuer la garde.
Entre temps, l'interne est prise à partie par une bande d'ouvriers qui la menacent de témoigner contre elle si jamais elle ne retire pas sa plainte. Etant livrée à elle même, aucun soutien moral de la part de cette administration complice par son silence et sa passivité à outrance de cette agressivité ambiante qui nous touche chacun à son échelle.
L'interne affolée décide de se rétracter et de revenir compléter sa garde comme si de rien n'était.
Pire encore cet acte n'est pas isolé. Tous les deux-trois jours, dans les hôpitaux universitaires de Tunis, des médecins se font violemment agresser laissant chez certains d'importants dommages.
Ces crimes restent souvent impunis, du fait de la nonchalance de l'administration face à notre honneur piétiné.
Ces crimes restent souvent impunis, du fait de la nonchalance de l'administration face à notre honneur piétiné.
Les hôpitaux de Salah Azaïez, l'Hôpital d'Enfants ou tout dernièrement celui de la Rabta peuvent en attester.
Fort de l'appui de mon chef de service, le grandiose Pr. Zaouch, sommité mondiale dans le domaine chirurgical et militant de longue date et celui d'une pétition que j'ai fait, moi-même en compagnie de deux autres collègues, tourner le lendemain, selon laquelle on n'était plus apte à assurer des gardes aux urgences tant que notre sécurité n'était pas garantie et pour protester contre l'absence totale d'encadrement dans ces lieux où nous consultent des centaines de malades pendant chaque garde avec un rythme effréné et desquels nous sommes contraints de faire le tri parfois à tort et à travers vu le manque d'expérience et le débordement manifeste dont nous faisons l'objet.
La pétition a comporté plus de 300 signataires.
Nous en avons fait des copies et en avons adressé au dit service. et aux autres services de chirurgie.
Au final, hier mardi 21 juin 2011, je ne suis pas allé aux urgences. J'ai été dans mon service, en tenue et j'y ai passé toute la garde.
Le chef de service des urgences a été obligé de recruter d'autres internes pour me remplacer à la dernière minute. Mais je pense que le message est passé.
J'assume pleinement les conséquences de mes actes. Que ceux qui s'obstinent à nous encourager à se faire gifler en silence et à ne rien apprendre de surcroît fassent notre boulot à notre place. Que le système médical pourri bâti sur des chimères implose tranquillement.
Je précise à nouveau que c'est de notre ressort, nous jeunes médecins, de révolutionner notre secteur. Qu'on arrête avec notre sempiternelle peur de changer les choses et de bousculer les a priori !
Voilà qui est dit.
Affaire à suivre...
Affaire à suivre...