La démagogie, mes enfants, prenez de la peine !
C'est la lucidité du peuple qui manque le moins !
Un riche ex-réfugié politique, sentant sa fin prochaine,
Fit venir ses disciples, leur parla sans témoins,
Gardez-vous leur dit-il, de vous mettre à la page !
Tous les moyens sont bons pour faire du tapage !
Deux mots d'ordre: Populisme et double discours !
Et si vous vous sentez démasqués criez: "Au secours !"
Prostituez les paroles sacrées pour vous emparer du pouvoir !
Le peuple vous suivra, il est un peu trop con pour le voir !
Remuez-vous le cul, dés qu'on aura fait l'octobre !
Traitez d'alcooliques, les hommes les plus sobres !
Profanez les bureaux de vote, ne laissez nulle place !
Trichez, trafiquez, là où la main ne passe et repasse !
Le Ghannouchi parti, mais ont triomphé les méchants !
Par ci, par là, si bien qu'au bout de l'an !
Les barbus malveillants ont cousu une constitution
Limité les libertés, terrorisé et firent même davantage !
D'honneur, point de caché ! Mais le Ghannouchi fut sage,
De leur montrer avant sa fin,
Que J'aRdore était le meilleur parfum !
Quand tu récites un mawel, que l'écho te répond aussitôt et que les étoiles semblent vaciller d'ivresse. Quand tu bois et tu rebois, hélas, en vain ! Qu'à la longue, finissent les canettes et se tarit le vin.
Comment t'expliquer ? C'était trop beau pour être vrai.
Il y avait tout le monde dans la rue. Il y avait des matraques et du gaz lacrymogène à tous les coins de rue.
Mais personne ne pleurait.
Comment t'expliquer ? C'était magique.
Je regardais les bourreaux de la police dans les yeux dans une danse jubilatoire où la chorégraphie était si parfaite pour faire valser la dictature et terroriser le despote.
Comment t'expliquer ? J'étais naïf. Mais peut-on rêver sans être puérile ?
Je regardais le drapeau tunisien pendant des dizaines de minutes, le regard vide, en écoutant en boucle "can't take my eyes off you" interprétée par la magnifique Lauryn Hill.
Qui osait croire qu'on allait nous refaire le scénario de 87 ?
Et puis, il y a eu la contre-révolution. Et comment t'expliquer ? On s'est fait baiser.
Il n'y a pas d'autres mots.
On a chopé toutes les Maladies Sexuellement Transmissibles que Dieu a pu créer et même les autres.
On a eu mal au cul. Mais on s'est assis quand-même pour tenter de reprendre un souffle coupé à coups de cutters.
Et puis vint la mascarade électorale. Et puis vint les Kamel Ltaief, Kamel Morjane, les Mohammed Jegham, les RCD bis, Larbi Nasra les terroristes d'Ennahdha amnistiés de je ne sais quel droit et autorisés rien que pour nous faire payer.
Et puis il y a eu le pôle démo, cette secte de zombies qui te sortent de partout croyant détenir la vérité absolue. Ces raëliens qui feraient mieux d'aller se rhabiller.
Et puis il y a eu l'UPL, Ennahdha, Ettakattol et les voix achetées.
Et puis il y a eu ce peuple manipulable, mené en bateau et trahi par tout le monde, matraqué par les mensonges où qu'il étende le regard.
Et puis il y a eu le CPR trimbalant sa paranoïa à la con et ses putains d'alliances stratégiques.
Et puis il y a les rumeurs, les calomnies, l'amalgame, l'ignorance et les campagnes de dénigrement.
Et puis on nous a demandé de nous inscrire et on a payé le prix fort pour la campagne publicitaire avant de nous confier que de toute façon on était tous inscrit.
Et puis les scandaleuses écoutes téléphoniques de Ltaief rendues publiques qui n'intéressent pas les médias puisque cette pourriture détient tous les pouvoirs et contrôle tout le monde.
Et puis à Kamel Morjane d'affirmer l'air de rien qu'il a effectivement édité des passeports diplomatiques pour les Ben Ali datés du 16/1 et qu'on pouvait rien lui faire de toute façon. Putain de pays où il est permis d'avouer sa traîtrise impunément.
Et puis cette justice à deux balles qui fait de la figuration.
Et puis cette révolution à laquelle on a cru et qui nous a anéanti.
Et puis on nous parle d'élections. On nous chante que "Enti essout"
Et puis je vous confie, de vous à moi, que je crois plus à une éventuelle révolution dans les prochains mois qu'à cette mascarade électorale qui coûtera au contribuable un peu moins de 10 millions de dinars.
Un peuple naïf et opportuniste. Des hommes politiques plus véreux que jamais. Des partis qui convertissent nos voix en dollars. et moi je suis là à parler à un ciel inerte...
Pauvre de moi, je suis devenu fou. Fou de toi... Fou à cause de toi... Tunisie en perdition...
La démocratie... La souveraineté du peuple... "le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple" comme dirait Abraham Lincoln.
On en a tellement rêvé, qu'un jour, le rêve s'est fatigué et a légué nos espoirs trop encombrants à la réalité.
108 partis politiques se disputent maintenant 217 sièges pour rédiger la nouvelle constitution tunisienne et écrire par la même occasion un des passages les plus importants de ce "petit pays d'Afrique du nord".
Depuis, on n'a de cesse de nous le faire payer.
Les coups d'état policiers se multiplient avec des insurrections et des désertions de policiers qui croient (peut-être tristement à raison) avoir le droit de vie ou de mort sur cette nation qu'ils ont opprimée depuis des décennies.
Les forêts prennent feu simultanément dans des circonstances mystérieuses emportant des centaines d'hectares de paysages pittoresques et d'oxygène, faut-il le rappeler.
Pour peu qu'une question sérieuse soit discutée, le tribalisme éclate comme par magie, par ci et par là obligeant le gouvernement à faire du chantage.
On vous offre la sécurité en contre-partie de votre droit de manifester !
Si par malheur, une bande "d'irresponsables" ose quand-même défier les lois du Béji le Tout-Puissant dans une manifestation pacifique ! C'est la guerre annoncée !
Après avoir décimé les quelques dizaines de manifestants effarés, dans la nuit, surviennent des braquages, des prises de villes par des salafistes.
Le tunisien lambda qui n'a jamais rien demandé à personne, en arrive même à regretter Ben Ali ! Et ce n'est pas un cas isolé !
"Au moins il nous offrait la sécurité !"
"On ne mérite pas la démocratie !"
Que de conneries, n'ai-je entendu.
Et puis, au moment où l'on s'attendait le plus à des candidats pour les élections. On nous gratifie de Candida Albicans (qui est un champignon opportuniste polyvalent).
Des footballeurs, des RCDistes confirmés, des chanteurs de cabaret, des incultes en somme à qui on demandera d'écrire une belle page de notre histoire, eux, pour qui aligner trois fautes en un seul mot ne relève nullement d'un exploit.
Et on nous sort la fameuse histoire du référendum, juste avant la campagne électorale. Ils investissent les médias, ils nous sortent les arguments qui plaisent. Ils misent sur la peur du tunisien moyen.
On a voulu vraisemblablement nous dégoûter de cette démocratie dont on a si longtemps rêvé.
Malheureusement pour eux, on bataillera à corps défendant pour que la date du 23 octobre ne soit pas reportée à nouveau.
Pour la première fois de son histoire, le peuple tunisien aura le choix.
Quels que soient les choix de la majorité, il faudra respecter.
Honte à vous, contre-révolutionnaires acharnés ! Si vous aviez servis votre pays avec autant de conscience, on serait un pays développé.
Cela dit, vous avez choisi votre camp. L'histoire ne vous le pardonnera jamais.
Un de ces quatre elle vous chiera comme elle a fait avec votre saint-patron !
Et croyez-moi, on sera son laxatif !
Ton équipe nationale jouait à Radés. Dés qu'elle a encaissé un but inattendu contre une équipe nullissime, tu ne t'es pas abstenu de supporter l'équipe adverse et de siffler les joueurs qui te représentaient clamant à qui veut l'entendre que tu étais un supporter exclusif d'un des grands clubs tunisiens.
Ton pays vivait l'agonie sur le plan politique et économique. Tu ne t'en es jamais plaint. Tu te sentais merveilleusement bien, au contraire.
Tu ne connais rien de l'histoire de ton pays. Le 20 mars n'a jamais été pour toi plus qu'un jour férié. Par contre tu attendais impatiemment le défilé du 14 juillet.
Tu as vécu comme tout le monde, avec beaucoup de détachement le début de la révolution tunisienne. Puis un certain 13 janvier, tu as même eu le culot et le courage de mettre sur ton profil facebook un statut subtile que l'on pouvait interpréter de mille manières mais par lequel tu étais le seul à y voir une critique pour le régime en place.
Plus fort encore, le 14 janvier, tu es sorti devant le ministère de l'intérieur pendant 10 minutes chrono.
Depuis, tu sens que c'est toi qui as fait la révolution et tu répète à tue-tête que rien n'a changé dans ce pays, que le système pourri est toujours en place, qu'il n'y a aucune avancée en matière de libertés et que cette révolution est une arnaque purement et simplement, au moins aussi répugnante que le parfum contrefait offert par Ennahdha: J'aRdore de Abessalem Dior.
Tu te dis que tous les partis sont pourris et calculateurs et qu'ils sont tous à l'affût pour te voler ta révolution.
Sauf que si des gens sont sortis dans la rue sans gilets pare-balle et sans autre ambition que de libérer la Tunisie, c'est pour que des morveux comme toi et moi ayons l'opportunité inouïe de voter.
Si tu ne sais pas pour qui voter, tu sais au moins quel parti tu ne voudrais pas voir triompher. Au pire tu feras un vote blanc. Mais, c'est inconcevable de rater ce rendez-vous avec l'histoire encore impensable il y a six mois.
Pour une fois, tu as la possibilité d'aller voter en ayant l'impression de pouvoir changer le cours de l'histoire de ton pays.
On vivait sous une dictature qui nous empêchait de respirer librement. Aujourd'hui, on a enfin la possibilité d'inspirer l'avenir de notre pays.
Amis morveux, petits et grands, encore récalcitrants concernant l'inscription. Je suis comme vous. J'ai des doutes sur la transition démocratique. Mais tant que l'espoir persiste, il ne faut pas rater cette chance.
Si vous ne le faites pas par conviction, faites-le pour l'amour de ce pays, pour le respect du sang de nos martyrs...
Amis de toute part, pour l'amour de Dieu, INSCRIVEZ-VOUS !