Les fidèles du Boukornine

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mardi 3 avril 2012

Au nom des martyrs et des blessés de la révolution...




Amis martyrs qui êtes aux cieux, amis blessés de la révolution qui ruminez votre amertume à chaque instant que Dieu fait, j'ai mal pour vous.

Au nom de ces familles aux tables desquelles un membre manque quotidiennement à l'appel quand c'est le moment de manger, de regarder un match ou de se partager un fou rire en dépit de la misère et de la tragédie qui les a frappé de plein fouet.

Au nom de ces infirmités, de ces membres amputés, au nom de ces plaies infectées, de ces muscles mis à nu, de ces chaises roulantes acquises grâce à des dons de particuliers alors que l'état faisait le mort pour ne pas mettre la main à la poche, au nom de la bureaucratie derrière laquelle on se cache pour vous mener en bateau.

Au nom de ta maman tabassée, au nom de ton crane fracturé, de tes méninges remués, des hématomes qui te couvrent le corps, de ta dignité traînée par terre, de ta chaise roulante démontée, de ta perplexité devant cet acharnement, cette férocité, cette sauvagerie et au nom du gaz lacrymogène que tu as inhalé.

Au nom des insultes qui ont fusé de partout, au nom des brodequins qui t'ont piétiné alors que tu n'avais même pas la capacité de te mettre debout, séquelle d'une révolution que tu as faite mais qui te crache dessus, au nom des mensonges "officiels" du ministère des droits de l'Homme avec lesquels on veut justifier l'injustifiable et donner à l'inexcusable un certain aspect rationnel qui n'a simplement pas lieu d'être, au nom de ces méthodes dignes de l'époque la plus sombre de Ben Ali, de sa violence et de sa désinformation.

Au nom de ce gouvernement qui te doit tout et qui te tourne le dos, acceptant au plus d'intégrer ton nom à celle des bénéficiaires de l'aumône qatarie, toi qui ne réclamait rien d'autre que le droit à la dignité et à la reconnaissance de ton pays et non pas de Hamad et de sa Mouza.

Au nom de tout cela, mes frères, permettez-moi de mépriser ce gouvernement et de honnir sa triste "légitimité acquise grâce aux urnes qui exprime la volonté populaire" avec laquelle ils se croient tout permis, avec laquelle ils ont confisqué la révolution et par la même occasion puni ses symboles.

Loin des appartenances partisanes et de toute tentative d'instrumentalisation, votre cause est la nôtre, celle de tous les tunisiens !
Les livres d'Histoire retiendront l'ingratitude de cette nation à l'égard des héros qui l'ont hissé au sommet grâce à cette révolution, au péril de leurs vies.

Trop occupés à palabrer sur les sempiternelles questions identitaires et les interminables querelles idéologiques, ils avaient pris l'habitude à ponctuer leurs phrases de "Netra7mou 3la arwé7 echouhadé2" oubliant que vous mourriez à petit feu, que vos corps si purs se décomposaient dans l'indifférence, que les blessés de la révolution n'étaient pas une légende urbaine mais des personnes bien réelles à la tragédie atrocement vraie et palpable.

En votre nom aussi, chers compatriotes, chers héros, permettez-moi de me cracher dessus ainsi qu'aux gueules de tous mes semblables, pour avoir mis tout ce temps pour réagir.
Le rendez-vous est donné pour le 9 avril, qui j'espère sera le plus grand rassemblement en faveur de notre cause nationale la plus prioritaire, à l'occasion de la fête des martyrs, on se battra pour vous, plus question de se taire et advienne que pourra !

Qu'ils répriment ! Qu'ils lâchent leurs sbires ! Tous les coups du monde ne sont rien face à l'injustice que vous vivez.
J'ai honte pour ma nation, pour la révolution qui a mangé ses enfants ! 

vendredi 5 août 2011

La mère du martyr





Couverte d’un voile qui laisse entrevoir une frange d’une chevelure teinte au henné…  Mais un voile qui n’a de religieux que l’apparence vu qu’en réalité ce n’est qu’un voile de misère, un voile de sénilité, un voile de tristesse…
Elle a la soixantaine. Pourtant, elle en fait vingt ans de plus. 


Rien ne la retient à cette vie si ce n’est ce résidu de foi en un Dieu qui la rôtirait inévitablement si elle passait à l’acte et se donnait la mort.
Khalti Fadhila est une dame respectée du quartier, on l’estime pour sa bonhommie, pour son sourire figé et tout récemment pour son martyr d’enfant.

La révolution tunisienne… Elle ne veut même pas en entendre parler. Elle a sacrifié malgré elle son fils unique pour que des morveux de Gammarth lisent en diagonale attablés au café journal la deuxième page de Charlie Hebdo.

Pour elle, rien n’a changé depuis Ben Ali. Mis à part, faut-il le rappeler, cet enfant parti trop tôt par une balle perdue qui s’est logée dans sa boite crânienne lui ôtant la liberté de penser et par la même occasion une vie miséreuse mais ô combien précieuse pour cette bonne femme qui n’avait d’autre fortune que les anecdotes de cette progéniture égarée.

Mohammed, ou Hamma pour les intimes, est un jeune qu’on se plait à appeler délinquant rien que parce qu’il roule des joints, rien que parce qu’il boit chaque soir du vin rouge de marque Koudiat, rien que parce qu’il s’en fout de la religion, rien que parce qu’il n’évoque Dieu que pour blasphémer, rien que parce qu’il est édenté, célibataire et perdu à 30 ans, rien que parce qu’il ne correspond à l’idéal tunisien.
Mais sa mère l’adorait.

Après la mort de son mari dans un accident de la voie publique il y a trois ans, il ne lui restait que ce rejeton pour raison de vivre. Aujourd’hui il n’est plus.
Il est l’un des trois cents martyrs « morts pour la révolution de la dignité, la révolution de la liberté, la révolution du jasmin »

Il a quand-même eu droit à des funérailles exceptionnelles où on lui a chantait les larmes aux yeux : « La ilaha ella allah w echahid habib allah »
Même si, juste après,  il a regagné sa place de damné dans ce quartier où l’on ne savait pas pardonner aux ivrognes et encore moins aux présumés hérétiques.
Aujourd’hui, khalti Fadhila, veuve depuis trois ans, mère de martyr depuis six mois vit dans une solitude infernale.

Ce fils que personne ne regrette était l’amour de sa vie, sa raison d’exister, son sourire quotidien, son soleil, sa merveille et paradoxalement, sa fierté.
N’a-t-on pas le droit d’être fier d’un enfant impie ? N’a-t-on pas le droit de s’en battre les couilles de la révolution ? N’a –t-on pas le droit d’en vouloir à la terre entière ? N’a-t-on pas le droit d’espérer que la révolution échoue ?

« Qu’ils aillent au diable avec leurs valeurs suprêmes. Mon seul principe dans la vie, mon seul moment de bonheur correspondait à ces blagues que venait me raconter mon fiston, ivre-mort.  Il ne faisait de mal à personne. »

Aujourd’hui Khalti Fadhila vit un ramadan des plus plaisants. Sous le soleil de kasserine, elle fait le jeûne et se tourne vers Dieu au moment de manger cette seule soupe qui meuble une table pourtant assez conséquente, pour lui dire :
« Toi Dieu qui est si grand ! Toi le Très-Haut ! Toi le Juste ! Pourquoi as-tu pris mon enfant alors que tu sais qu’il n’a rien à voir avec ces idées pourries importées de l’occident ? Toi qui m’inflige le supplice de perdre mon fils, t’a-t-il dérangé, toi dans les cieux, quand il buvait du Koudiat ? Qu’a-t-il fait pour être un martyr maudit ? Ni bien au paradis ni accepté dans ce monde ? Toi, Dieu, je t’offre mon jeûne, ma foi de mère de martyr damné qui voit son cœur mourir tous les jours, prends mon âme, mais ne leur donne pas ce qu’ils veulent avoir. Apporte-leur un autre dictateur ! Je veux qu’ils sombrent dans des querelles sans fin, Je veux que tu leur pourrisses la vie ! Je veux que mon fils ne soit pas mort pour les rendre heureux alors qu’il n’a jamais été un des leur ni n’a jamais vécu pour les faire sourire.  O toi le Tout-Puissant exauce mes prières au nom de tous les martyrs partis pour rien !»

Ceci est le récit d’une malédiction… 

samedi 9 avril 2011

Gloire aux martyrs !




Glorifier la mort peut paraitre absurde, longtemps je l'ai pensé.
Comment une mère peut-elle bien lancer des youyous pour accompagner les funérailles de son fils unique de vingt deux ans mort d'une balle perdue ?
Un être humain bien portant, sans tares, sans rides, débordant de jeunesse et de vie qui rejoint l'au-delà d'un coup de "Baga" (Estafette de la police) magique... Comment peut-on admettre une telle nouvelle d'autant plus quand il s'agit d'un proche ?

Il a fallu que les évènements de la fin décembre 2010 viennent éclairer ma lanterne.

Chaque jour où je partais la peur au ventre manifester mon mécontentement dans les rues de Tunis, il y avait une partie en moi qui espérait secrètement qu'une balle vienne en finir avec ma vie non pas par témérité ni pour qu'on me divinise ni par élan suicidaire mais parce que j'étais tellement convaincu de la grandeur de la cause pour laquelle je manifestais, que je trouvais que c'était loin d'être cher payé d'offrir son âme en offrande pour que les générations futures vivent mieux et pour que ces millions de compatriotes aient l'opportunité inouïe de s'émanciper après que leur dos se soit courbé par ces années de dictature.

Alors que nous commençons à récolter les fruits de cette révolution, il ne faut pas perdre de vue qu'il y a des mères qui ont sacrifié sans hésiter leur propre progéniture si chère soit-elle à leurs yeux pour que nous puissions dire que s'attaquer sauvagement à des manifestants est inacceptable ou pour traiter le ministre de l'intérieur de ripoux sans craindre pour sa vie.

En ce jour béni où l'on célèbre nos héros, des mères ne peuvent tout de même toujours pas faire leur deuil. La cause ? Les assassins de leurs enfants, emblèmes de notre révolution, circulent impunément et librement partout en Tunisie.
On va me dire que c'était des directives ? Qu'on leur tapait sur les mains pour tirer sur les manifestants pacifiques ? Qu'ils n'avaient pas le choix ?
Faux !
Ils pouvaient se désister, maintenant qu'ils assument !
Ces mères manifestent aujourd'hui devant le ministère de l'intérieur. Un sit-in à l'emplacement très symbolique, puisque c'est de cet édifice lugubre qu'ont été donné les ordres par lesquels tant d'âmes innocentes ont péri.
J'invite tout le monde à y participer parce que comme disent les anglosaxons: No justice, no peace ! 

Gloire aux martyrs de la révolution ! Gloire à ceux des évènements du 9 avril 1938  et tous les autres !
Jamais on vous oubliera !
A toutes ces mères légitimes de la révolution, on ne vous remerciera jamais assez...