Les fidèles du Boukornine

lundi 24 octobre 2011

Ma Tunisie, pourquoi ?



J'ai écrit depuis longtemps ma peine de te voir malmenée, mordre la poussière par les soins d'un dictateur sanguinaire.
J'ai été censuré, j'ai été tabassé, j'ai couru, j'ai crié, les larmes aux yeux, je t'ai souvent pleurée, je t'ai crue perdue, je t'ai vue pendue, je t'ai pensée partie pour de meilleurs lendemains.
Le lendemain arriva un jour, on avait dégagé le despote, la main dans la main, la voix enrouée, le coeur en ruines, les martyrs pas encore enterrés.

En un quart de siècle d'existence, j'ai toujours cru en ce peuple, en sa capacité de renaître de ses cendres, de semer la citoyenneté, la conscience, la dignité, la liberté là où rien ne pouvait pousser et de voir fleurir un jour la démocratie dans ce petit pays d'Afrique du Nord.
Comprenez alors, je vous prie, l'ampleur de ma désillusion.

Au terme de cette mascarade électorale où toutes les règles ont été violées, où le citoyen lambda a été soudoyé, manipulé, mené en bateau. Où les médias nous ont assassiné ! Où le peuple a fait preuve de connerie monumentale, où la tolérance, les valeurs suprêmes ont été diluées dans le régionalisme et la haine réactionnaire d'une société qui à défaut de se trouver dans l'utopie, se cherche encore dans la médiocrité.

Cela fait des jours que je ne dors plus. Mon taux d'adrénaline ne baisse pas. J'ai voté. J'ai regardé les responsables du bureau de vote dans les yeux. Je suis resté un bon moment dans l'isoloir, j'ai regardé le ciel et j'ai voté.
Je vous mentirais si je vous disais que je n'ai pas tremblé, que je n'étais pas pris d'une chair de poule, que je n'ai pas brimé ces larmes de joie d'avoir vécu ce jour où mon peuple a triomphé.

Mais les résultats, voyez-vous, m'ont atterré.
Hechmi Hamdi ? L'homme qui devrait se taire à jamais ? Celui qui retourne sa veste plus vite que son ombre  qui fait un tabac ? Parce qu'il est de Sidi Bouzid ?
Moubadra ? Qui est classé premier au Sahel ? Parce que c'est un parti fasciste ? Parce qu'il est tenu par des sahéliens ?
C'est quoi ce bordel ?
Ennahdha qui joue à guichets fermés ? Le parti des ennemis de la tolérance, du civisme, les tricheurs, les manipulateurs, les vitrioleurs, les extrémistes à peine masqués d'un semblant de sourire modéré !

Le peuple a dit son mot ? Ok !
Ce sont les règles du jeu ? Ok !
Hechmi Hamdi est grandiose ? Ok !
L'Initiative, c'est des militants ? Ok !
Ennahdha est la voie du salut ? Ok !

Amis de longue date, je ne sais où aller... Je ne sais à qui me confier... Je ne sais qui insulter...
Je m'en vais de ce pas m'euthanasier... Peuple de mon coeur, tu m'as tué...
Pourtant, le henné n'a pas eu le temps de s'effacer. C'est triste comme tout, une mariée qui décède le soir de son mariage...

samedi 22 octobre 2011

Ghannouchi et ses disciples (Fable de La Fontaine)





La démagogie, mes enfants, prenez de la peine !
C'est la lucidité du peuple qui manque le moins !

Un riche ex-réfugié politique, sentant sa fin prochaine,
Fit venir ses disciples, leur parla sans témoins,
Gardez-vous leur dit-il, de vous mettre à la page !
Tous les moyens sont bons pour faire du tapage !
Deux mots d'ordre: Populisme et double discours !
Et si vous vous sentez démasqués criez: "Au secours !"

Prostituez les paroles sacrées pour vous emparer du pouvoir !
Le peuple vous suivra, il est un peu trop con pour le voir !

Remuez-vous le cul, dés qu'on aura fait l'octobre !
Traitez d'alcooliques, les hommes les plus sobres !
Profanez les bureaux de vote, ne laissez nulle place !
Trichez, trafiquez, là où la main ne passe et repasse !

Le Ghannouchi parti, mais ont triomphé les méchants !
Par ci, par là, si bien qu'au bout de l'an !
Les barbus malveillants ont cousu une constitution
Limité les libertés, terrorisé et firent même davantage !
D'honneur, point de caché ! Mais le Ghannouchi fut sage,
De leur montrer avant sa fin,
Que J'aRdore était le meilleur parfum ! 

lundi 17 octobre 2011

A3ta9ni !



J'étais de garde hier. Je n'ai pas pu assister à cette manif où mon âme n'a eu aucun scrupule à se rendre me laissant inerte, tremblotant de passion comme au bon vieux temps.

Aujourd'hui, j'ai pu voir les images, encore tout tremblotant à l'idée qu'il y avait encore de l'espoir dans cette lutte acharnée contre l'obscurantisme qui semblait perdue d'avance.

Il faut tout d'abord replacer les choses dans leur contexte. On ne veut pas d'un affrontement, pas de haine, pas de mépris, pas de psychose. On veut juste que cette Tunisie qui a su à travers les âges chérir tous ses enfants en dépit de leurs différences, qui a su garder au fil des siècles la même tolérance, le même visage accueillant, la même chaleur et la même: "Kollkom wlédy" qui a permis qu'on fasse l'exception dans ce monde de brutes où les différences aussi futiles soient-elles ont pu désunir et empêcher des êtres humains de cohabiter harmonieusement.

A3ta9ni est destiné aux violents, aux paternalistes, à ceux qui croient détenir la vérité absolue et devoir y soumettre l'ensemble de la population par la force, à ceux qui osent croire qu'un virage à 180° est possible crachant sur les valeurs d'ouverture et de tolérance sacrées depuis toujours dans ce petit pays d'Afrique du Nord.
On pourrait y rattacher 3anna9ni, une sorte de Free Hugs à la tunisienne, où l'on ira les uns vers les autres, parce qu'il y a tellement à voir dans les spécificités des autres, à y voir une source inépuisable d'expériences, de bonheur au quotidien...

Ceci est mon interprétation personnelle de cette manifestation.
J'ai beaucoup discuté hier, avec des gens de différents milieux. Ce que j'ai remarqué, c'est que les gens s'ignoraient complètement et préféraient se terrer dans la carapace de la haine farouche de l'autre au lieu d'essayer de comprendre les motivations de ce frère de sang, fils légitime de la même mère, de la même patrie.

On est tous les enfants de ce pays. Il est tout à fait légitime de rêver que le futur de notre nation nous englobe tous sans exclure et sans marginaliser.
J'estime que cette manifestation et sa réussite est un pas en avant vers la réconciliation, une main tendue, un pansement pour couvrir les blessures que les manipulateurs tentent de nous infliger en vue de nous occuper des questions essentielles et d'approfondir des clivages, certes déjà dessinés mais loin d'être assez importants pour nous empêcher de nous aimer et de nous unir pour bâtir la Tunisie de demain, celle dont on rêve tous !

On a peut-être des conceptions différentes de cet avenir proche et lointain mais il est évident qu'on cherche tous chacun à sa manière à ce que ce pays devienne un havre de paix.

Je sais que cela fait trop cliché, mais je terminerai sur l'incontournable citation de Saint-Exupéry dans le Petit Prince: "Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m'enrichis..."

mardi 11 octobre 2011

Persepolis, la discorde moyenâgeuse !



Un petit rappel des faits: Nessma TV, chaîne tunisienne satellitaire privée, diffuse le 7 octobre le film d'animation iranien de Marjane Satrapi "Persepolis" doublé en dialecte tunisien.
Pour ceux qui auraient raté ce film, c'est un long-métrage primé de nombreuses fois dont le prix du jury du festival de Cannes en 2007, adapté d'une BD autobiographique dessinée par la réalisatrice qui parle, en gros, de la grande désillusion que fut la montée des islamistes lors de la révolution iranienne. 

J'ai vu le film, qui était excellent, à la fois drôle et touchant, amer et tendre, beau et effrayant. L'adaptation en dialecte tunisien n'a fait que le rendre plus proche, plus accessible, plus tunisien en somme. 

On en sort, le coeur tordu, la gorge serrée, partageant la tristesse d'une petite fille attachante devenue grande, qui a tout perdu d'avoir trop rêvé, d'avoir trop vécu, de s'être trop passionnée pour une révolution qui ressemble étrangement à la nôtre. (comme toutes les révolutions) 

Cela dit, un détail insignifiant au beau milieu du film, qui n'a suscité en moi qu'un sourire du coin des lèvres, s'est avéré crucial pour la suite des évènements. 

La petite fille rêve qu'elle est une prophète et dans l'imaginaire puérile de cet enfant, Dieu ressemble à un vieil homme avec une longue barbe blanche. Elle discute avec cette conception enfantine de l'être supérieur qui régit le monde. 
Elle suit ses conseils puis se rendant à l'évidence que ces derniers n'ont mené à rien, elle se soulève lui désobéit et le gronde. 
Rien de plus anodin ! Rien de plus normal ! On a tous vécu ce genre d'histoires étant petits. Quoi de plus exquis que les délires d'un gosse ! 

Le "peuple" n'a pas vu les choses du même oeil ! Représenter Dieu relève du blasphème ! 
Puis au tour de la descente aux enfers de commencer ! 
Des "cheikhs" qui appellent à la guerre sainte contre cette chaîne ! Les pages facebook qui surenchérissent dans la violence et la haine ! Il faut brûler les locaux de la chaîne ! Et que ça saute ! Nabil Karoui, le diable en personne ! Le porte-parole de Lucifer !
  
Le lendemain matin, des dizaines de personnes se dirigent comme prévu, certains décidés à croiser le fer d'autres animés d'une simple volonté citoyenne de faire savoir leur mécontentement et leur indignation. 


La police procède à de nombreuses interpellations dont la majorité écrasante concerne des barbus qui ont été par la suite pratiquement tous libérés. 

Beaucoup de gens s'insurgent contre ce délit de faciès  et crient à la manipulation ! 
On veut diaboliser Ennahdha juste avant les élections et faire passer les islamistes pour des sauvages ! 
Nessma en complicité avec l'état, aurait manigancé ce plan machiavélique ! 
Provoquer puis se victimiser ! Une tactique à l'israélienne ! 

Un peu plus tard dans la journée, des salafistes investissent la mosquée du campus d'El Manar et provoquent une altercation très violente avec la police qui durera pendant des heures !


S'en est suivie une vague de protestations qui touchera après, de nombreuses villes ! Des citoyens qui portent plainte contre la chaîne pour propos blasphématoires contenus dans le film...

De nombreux partis politiques condamnent ! Ennahdha sort trois communiqués tout à fait différents ! Condamnant mais... La bataille des élections bat son plein. Il faudra savoir caresser tout le monde dans le sens du poil ! Les nahdhaouis, sachant manier à merveille le double discours disent à chacun ce qu'il veut entendre !

A vrai dire, le timing de la diffusion de ce film et le doublage en dialecte tunisien traduisent vraisemblablement une intention de la chaîne de toucher le maximum de gens pour mettre en garde contre la menace islamiste qui guette nos rêves trop fragiles d'une démocratie moderne où la liberté et les droits de l'homme seraient respectés. 
Vous pouvez me dire qu'elle n'en a pas le droit ! Mais ce serait lui faire un procès d'intention ! 
Elle a diffusé un programme, si vous n'êtes pas d'accord, vous pouvez changer de station et tout le monde sera content !
Si vous n'êtes toujours pas satisfat, il y a l'ISIE qui surveille les médias et qui pourrait intervenir ! Saisissez la justice au pire des cas, si vous trouvez que votre voix est bafouée ! La violence n'a jamais rien réglé ! 

Mais non ! Où avais-je la tête, là n'est pas votre problème !  Vous laissez tomber l'essentiel pour un détail ô combien pesant ! Vous occultez tous les problèmes soulevés par le film pour une maudite image ! 
Vous faites la soude oreille pour les maux de Marjane et vous criez à tue-tête votre mépris du dialogue ! 

Vous vous êtes indignés simplement parce qu'il y a une représentation de l'être suprême, le Tout-Puissant ! Le Seul ! L'Unique ! Et c'est clairement interdit par la religion ! 
Mais où étiez-vous  quand dans pratiquement tous les dessins animés, on donne à Dieu à chaque fois un aspect pas très à son avantage en plus ? 
Où étiez-vous quand ce film a été projeté dans les salles de cinéma de toute la Tunisie ? 
Où étiez-vous quand le film Bruce le Tout-Puissant a été projeté un peu partout ? 
Vous gueulez ! 
Vous appelez à la fermeture de la chaîne ! 
Vous jurez vos grands dieux que vous vous vengerez ! Vous saisissez la justice pour blasphème et atteinte à la sacralité ! 
Vous dénoncez l'islamophobie de Nessma TV et pour ce, vous faites preuve d'un comportement pour le moins sauvage ! 
Quelle pub vous faites pour votre conception de l'islam ! 

S'il est vrai que Nessma tv vous a piégé, on peut dire que vous vous êtes fait prendre comme des bleus ! 
Dans ce pays, on n'a pas viré un dictateur pour se taper deux millions de despotes ! 
Il existe une notion nommée liberté d'expression ! Je sais, vous ne comprenez pas très bien... 
Il existe aussi une autre invention nommée communément l'art ! 
L'art dans toute sa splendeur ! L'art dans toute sa liberté ! L'art dans toute sa profondeur ! L'art au service de la liberté, de la révolution et de l'égalité ! 

Et puis, vous savez quoi... Laissez tomber ! Continuez à gueuler, à tout casser, à faire les sauvages ! 
Vous n'êtes passés maîtres que dans l'art d'être con... 

vendredi 30 septembre 2011

Leena Ben Mhenni, voilà ce que je pense de toi...



Leena, on s'est jamais attardé dans une discussion. Sauf une ou deux fois peut-être. Mais voilà ce que je pense de toi.

Je n'ai jamais supporté le style avec lequel tu écris.
Que veux-tu ? ça ne passe pas... J'essaie de te lire, mais je n'y arrive pas. Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir essayé...
Sauf quand tu écris pour les GlobalVoices... Peut-être que c'est parce que c'est en anglais. Et ma connaissance de la langue de Shakespeare est un peu moins que rudimentaire.

Leena, je ne te cache pas que je n'ai jamais réussi à t'écouter plus d'une minute. Les interminables "eeeeeeeeuh" et autres "euuuuuuuuuuuh" pour pondre à la fin des réflexions pas si brillantes que cela... J'ai peut-être un peu mieux à faire.

Leena, quand tu parles aux médias étrangers et que tu commences tes phrases avec: "Le peuple tunisien veut..." ça me met hors de moi. Tes idées ne représentent que ta personne, ça tu devrais le savoir.

Leena, quand je tombe par hasard sur ta voix en changeant de station radio, je passe à la suivante sans tarder. Je me dis qu'un jour, je t'écouterai, mais pas aujourd'hui ! Parce que j'ai mieux à faire !

Leena, quand j'ai appris que tu a écrit un livre, je suis resté bouche bée. Tu n'es même pas capable de me retenir l'espace d'un texte d'une dizaine de lignes, il me faudrait plus d'un siècle pour terminer ton livre, je pense, non sans me forcer.

Cependant, Leena, il me serait impossible de passer outre ton combat.
Tu étais l'une des rares à bloguer sous ton vrai nom. A parler aux médias étranger, à militer, à afficher clairement tes positions sans craindre les représailles d'un régime sans merci.
Tu es sortie dans la rue, comme nous tous. Mais sous ton vrai nom et non sous un pseudo comme c'est le cas de la plupart d'entre nous.

Leena, je pense que tu n'as pas beaucoup de talent mais que tu as donné sans compter pour une cause qui nous concerne tous au péril de ta vie.
Leena, je pense que tu mérites toutes les distinctions du monde. Si on nous annonce que tu es prix Nobel de la paix je serais au moins aussi heureux que toi.
Après tout, Shamon Perez et Barack Obama n'ont rien fait pour la paix au moment de leur consécration et toi, tu as collaboré à nous rendre plus heureux et un peu plus libre quand-même.
Leena, je t'aime bien, parce que tu es une blogueuse tunisienne libre et émancipée.

Mes sincères amitiés ! 

La mascarade électorale




Quand tu récites un mawel, que l'écho te répond aussitôt et que les étoiles semblent vaciller d'ivresse. Quand tu bois et tu rebois, hélas, en vain ! Qu'à la longue, finissent les canettes et se tarit le vin.

Comment t'expliquer ?  C'était trop beau pour être vrai.
Il y avait tout le monde dans la rue. Il y avait des matraques et du gaz lacrymogène à tous les coins de rue.
Mais personne ne pleurait.
Comment t'expliquer ? C'était magique.
Je regardais les bourreaux de la police dans les yeux dans une danse jubilatoire où la chorégraphie était si parfaite pour faire valser la dictature et terroriser le despote.

Comment t'expliquer ? J'étais naïf. Mais peut-on rêver sans être puérile ?
Je regardais le drapeau tunisien pendant des dizaines de minutes, le regard vide, en écoutant en boucle "can't take my eyes off you" interprétée par la magnifique Lauryn Hill.

Qui osait croire qu'on allait nous refaire le scénario de 87 ?

Et puis, il y a eu la contre-révolution. Et comment t'expliquer ? On s'est fait baiser.
Il n'y a pas d'autres mots.
On a chopé toutes les Maladies Sexuellement Transmissibles que Dieu a pu créer et même les autres.
On a eu mal au cul. Mais on s'est assis quand-même pour tenter de reprendre un souffle coupé à coups de cutters.

Et puis vint la mascarade électorale. Et puis vint les Kamel Ltaief, Kamel Morjane, les Mohammed Jegham, les RCD bis, Larbi Nasra les terroristes d'Ennahdha amnistiés de je ne sais quel droit et autorisés rien que pour nous faire payer.

Et puis il y a eu le pôle démo, cette secte de zombies qui te sortent de partout croyant détenir la vérité absolue. Ces raëliens qui feraient mieux d'aller se rhabiller.
Et puis il y a eu l'UPL, Ennahdha, Ettakattol et les voix achetées.
Et puis il y a eu ce peuple manipulable, mené en bateau et trahi par tout le monde, matraqué par les mensonges où qu'il étende le regard.
Et puis il y a eu le CPR trimbalant sa paranoïa à la con et ses putains d'alliances stratégiques.
Et puis il y a les rumeurs, les calomnies, l'amalgame, l'ignorance et les campagnes de dénigrement.

Et puis on nous a demandé de nous inscrire et on a payé le prix fort pour la campagne publicitaire avant de nous confier que de toute façon on était tous inscrit.

Et puis les scandaleuses écoutes téléphoniques de Ltaief rendues publiques qui n'intéressent pas les médias puisque cette pourriture détient tous les pouvoirs et contrôle tout le monde.
Et puis à Kamel Morjane d'affirmer l'air de rien qu'il a effectivement édité des passeports diplomatiques pour les Ben Ali datés du 16/1 et qu'on pouvait rien lui faire de toute façon. Putain de pays où il est permis d'avouer sa traîtrise impunément.

Et puis cette justice à deux balles qui fait de la figuration.
Et puis cette révolution à laquelle on a cru et qui nous a anéanti.
Et puis on nous parle d'élections. On nous chante que "Enti essout"

Et puis je vous confie, de vous à moi, que je crois plus à une éventuelle révolution dans les prochains mois qu'à cette mascarade électorale qui coûtera au contribuable un peu moins de 10 millions de dinars.
Un peuple naïf et opportuniste. Des hommes politiques plus véreux que jamais. Des partis qui convertissent nos voix en dollars. et moi je suis là à parler à un ciel inerte...
Pauvre de moi, je suis devenu fou. Fou de toi... Fou à cause de toi... Tunisie en perdition...

lundi 19 septembre 2011

قلم الرصاص الحي



إسمي بوقرنين.
ساعات نضحك والقلب ينين
على شعب داسوا كرامتو سنين،
ولسلبو ونهبو يأتيهم الحنين.
حبوا يقضيو عليه وهو في كرش أمو جنين. 


ندون كي ندوان
وندوان كي شعبي يتألم.
نحكي وما نخافش ضربة مقص وبلسان المجموعة نتكلم.
مرة نقول الصح مرة نزيد فيه ومرة نفلم. 

حكاية بدات ثلاثة سنين لتالي.
قلت نكتب ولا أبالي.
لا يوجد فرق إذا مت هرماً أو بعد اغتيالي.
والمهم نزيد خدمة لعمار البوهالي.

ثلاثة سنين، ساعة حلو ساعة مر.
البلعة ماء زمزم والكمية خمور.
المهم ديما ناشط ولا مكان للخمول.
نكتب ديما في الفجاري وفي
الصباح نقوم مثمول. 

ثلاثة سنين فيهم الرديف، بن قردان وبوزيد الغالية،
حبوا يخمدوا كلام الحق بالدمومات الجارية،
قاملهم شعب ينادي بمعرفة الحقيقة عارية. 

ليوم كيما سنصرني عمار
 أقسم أن أبقى في قلوبكم المرضى مسمار
ومن نشر الدمار لن يحصد أبداً العمار 


Ce texte a été publié le 29 décembre 2010 sur ma page facebook après la censure de ce blog. 

jeudi 15 septembre 2011

Pour elle...





Pris au piège dans son sourire. Je ne me débats point. Je ne cherche pas à fuir. C'est à travers elle que je m'évade.

Je vois dans ses yeux la violence du syndicalisme, et la délicatesse d'une transition démocratique dans un pays trop attaché à ses valeurs tiersmondistes.
Pour ce qui est des élections, j'ai déjà un parti pris pour son visage.
De l'extrême gauche à l'extrême droit et même d'un point de vue centriste, elle me fait rêver.
Ni régime parlementaire ni présidentiel. Sa taille de guêpe n'a nullement besoin de régime.
Ses traits sont musulmans, sa dentition chrétienne, sa chevelure juive et son sourire sioniste. Me concernant, je dois avouer que "I laïque"

Le Bon Dieu vit dans l'éclat de son regard. Et moi, je crois en Dieu. Le créateur et la création se confondent en l'espace d'un clin d'oeil magique qui résume en un instant des millions d'années, des civilisations entières. 

Tenir la main de ma resplendissante demoiselle, la regarder en silence avec des yeux baignés d'émotion, espérer secrètement être encore là quand les rides plisseront son visage. C'est ça l'amour, mon fils ! 

Au clair de lune et de son triste reflet sur le port de Sidi Bousaïd... Je bois ses paroles calmement, religieusement. Je m'enivre de la musicalité de sa voix. Sa classe princière m'étourdit. Je ne vois plus qu'elle. 
Le monde s'arrête de tourner. Le monde se tait un moment pour laisser aux deux âmes sauvages le bonheur de s'apprivoiser. 

Une brise marine vient titiller les sentiments et attiser le feu de leur passion.
Les étoiles se regardent timidement, un léger sourire au coin des lèvres comme pour dire leur immense honneur d'assister en direct à la naissance d'une légende. 

"J'ai fait ce rêve étrange où je suis tombé sur de très beaux diamants, où j'étais devenu un homme à la richesse inestimable. En me réveillant, j'ai pu comprendre que ce trésor qui m'est arrivé par enchantement c'était toi !"

Elle sourit, ne dit mot.
Le Boukornine, qu'on devine au loin dans cette nuit automnale à la chaleur collante, semble plus que jamais majestueux, plus que jamais heureux, plus que jamais fier de son enfant. 

Une tasse de thé aux pignons fit soudain, irruption dans ce rêve qui a pignon sur rue.

Puis, dans cette spiritualité ambiante, ces deux êtres souriants se levèrent, se prirent la main et s'éloignèrent, s'enfonçant doucement dans l'inconnu. 
Depuis, je ne les vois plus, mais ce flou, vois-tu mon enfant, c'est ça l'amour...  


mardi 13 septembre 2011

La révolution médicale, c'est pour très bientôt !




Je suis un jeune interne en médecine révolté par l'état des lieux de ce secteur pourri jusqu'à la moelle !

De jeunes internes, comme moi, sont en train d'être sauvagement agressés tous les jours dans les différents centres de soins du pays dans l'indifférence la plus totale.

Un policier qui brandit son arme sur les résidents et internes à Ben Arous, un patient qui défonce la gueule d'une résidente aux urgences ORL de l'hôpital Charles Nicolle, une interne qui à défaut d'un coup de pouce reçoit des coups de poing aux urgences de la Rabta, une interne qui frôle la mort de justesse lors d'une agression au CAMU, une interne et une résidente férocement pris à partie par une patiente au service de gynéco de Ben Arous.... Et j'en passe !

Tous ces évènements ont eu lieu il y a moins de deux semaines.
La violence est notre pain quotidien.
Tous ces incidents ont eu lieu sans que des poursuites ne soient engagées et dans la parfaite insouciance de nos seniors qui se disent pourtant affectés mais qui reprennent, après un léger soupir, le cours normal de leurs vies.

On est des êtres vivants ! Si c'étaient vos gosses qui se faisaient tabasser vous feriez quoi dis-donc ?!
On est arrivé à un point où les victimes de ce genre d'agressions ont honte d'en parler ou de porter plainte.
Je me suis déplacé à maintes reprises pour parler avec des confrères et des consoeurs qui ont été violentés et je puis vous dire que c'est la loi du silence.
Il n'y a pas de honte à réclamer son du  ! Il n'y a pas de honte à gronder pour exiger que notre dignité ne soit plus bafouée, d'autant moins avec si peu de scrupules et tellement d'impunité !

J'ai déjà publié sur ce blog la vraie histoire de l'incident de Ben Arous. (Cliquez-ici ) Depuis j'ai été contredit par les mensonges du torchon électronique "Attounissia" et par un communiqué du ministère (cliquez-ici).

Après quelques jours le ministère appelle, je cite: "les citoyens à aller protéger les centres de soin" (cliquez-ici) et puis, le conseil de l'ordre, plongé depuis je ne sais quand dans un mutisme inquiétant nous pond un communiqué qui condamne très timidement les faits alors qu'ils devraient penser sérieusement à s'alarmer !

On se moque de nous.
Les seniors sont vautrés tranquillement dans leurs fauteuils moelleux, bien au chaud alors que nous risquons quotidiennement nos vies. Ils se contrebalancent de ce que nous indurons.

Le ministère s'en fout royalement si tu te fais tuer dans l'exercice de ton métier. Au pire, il sortira un communiqué où il présente ses "sincères condoléances" à ta famille qui aura perdu un enfant qu'elle n'a pas vu grandir parce qu'il était trop occupé à préparer ses innombrables et interminables examens !
De toute façon le climatiseur marchera toujours dans les bureaux, le jeu solitaire sera toujours d'actualité, on se tournera toujours autant les pouces et la terre continuera de tourner !

Personnellement, j'ai été victime plusieurs fois aux urgences de menaces de mort sans que personne ne bouge le petit doigt.
Etant un enfant de la banlieue sud au sang chaud de nature, à la culture populaire et au verbe acerbe, j'ai su en venir à bout tout seul comme un grand avant d'initier une grève qui aurait pu me coûter très cher, en désertant les urgences appuyé par une pétition de plus de trois cents signataires.
C'était en solidarité avec une amie, interne, qui s'était faite gifler par une patiente sans que l'interne en question n'ait pu porter plainte. (Menaces, pressions...) (Cliquez-ici)

Aujourd'hui, il n'est plus question de se taire ! Il faut employer les grands moyens !
Jeunes médecins, l'heure est grave !
Si aujourd'hui c'est ton confrère qui mord la poussière, demain ce sera ton tour ! Si tu ne te bouges pas le cul maintenant, personne ne viendra te porter secours quand on te fracturera le mandibule à coups chaises qui volent et de tables qui se déposent sur ton faciès !

Le Syndicat des Internes et Résidents de Tunis organise une AG ce mercredi à l'amphithéâtre du service de médecine légale de l'Hôpital Charles Nicolle pour discuter d'une éventuelle action commune. (Cliquez-ici)

Dans notre secteur, il y a plus d'un problème. La pourriture est telle qu'on se demande si c'est récupérable. Mais rassurez-vous, on ira jusqu'à l'amputation, si tel est la volonté divine.
On est les seuls à pouvoir révolutionner notre secteur. Assumons notre responsabilité historique !
Pour l'heure, il y a extrême urgence aux urgences !
Commençons par le plus élémentaire à savoir réclamer des conditions de travail dignes...
Le combat continue mais la révolution est en marche !



samedi 10 septembre 2011

Vous voulez la démocratie ? On va vous faire payer !






La démocratie... La souveraineté du peuple... "le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple" comme dirait Abraham Lincoln.

On en a tellement rêvé, qu'un jour, le rêve s'est fatigué et a légué nos espoirs trop encombrants à la réalité.
108 partis politiques se disputent maintenant 217 sièges pour rédiger la nouvelle constitution tunisienne et écrire par la même occasion un des passages les plus importants de ce "petit pays d'Afrique du nord".

Depuis, on n'a de cesse de nous le faire payer.
Les coups d'état policiers se multiplient avec des insurrections et des désertions de policiers qui croient (peut-être tristement à raison) avoir le droit de vie ou de mort sur cette nation qu'ils ont opprimée depuis des décennies.

Les forêts prennent feu simultanément dans des circonstances mystérieuses emportant des centaines d'hectares de paysages pittoresques et d'oxygène, faut-il le rappeler.

Pour peu qu'une question sérieuse soit discutée, le tribalisme éclate comme par magie, par ci et par là obligeant le gouvernement à faire du chantage.

On vous offre la sécurité en contre-partie de votre droit de manifester !
Si par malheur, une bande "d'irresponsables" ose quand-même défier les lois du Béji le Tout-Puissant dans une manifestation pacifique ! C'est la guerre annoncée !

Après avoir décimé les quelques dizaines de manifestants effarés, dans la nuit, surviennent des braquages, des prises de villes par des salafistes.

Le tunisien lambda qui n'a jamais rien demandé à personne, en arrive même à regretter Ben Ali ! Et ce n'est pas un cas isolé !
"Au moins il nous offrait la sécurité !"
"On ne mérite pas la démocratie !"
Que de conneries, n'ai-je entendu.

Et puis, au moment où l'on s'attendait le plus à des candidats pour les élections. On nous gratifie de Candida Albicans (qui est un champignon opportuniste polyvalent).
Des footballeurs, des RCDistes confirmés, des chanteurs de cabaret, des incultes en somme à qui on demandera d'écrire une belle page de notre histoire, eux, pour qui aligner trois fautes en un seul mot ne relève nullement d'un exploit.

Et on nous sort la fameuse histoire du référendum, juste avant la campagne électorale. Ils investissent les médias, ils nous sortent les arguments qui plaisent. Ils misent sur la peur du tunisien moyen.

On a voulu vraisemblablement nous dégoûter de cette démocratie dont on a si longtemps rêvé.
Malheureusement pour eux, on bataillera à corps défendant pour que la date du 23 octobre ne soit pas reportée à nouveau.
Pour la première fois de son histoire, le peuple tunisien aura le choix.
Quels que soient les choix de la majorité, il faudra respecter.
Honte à vous, contre-révolutionnaires acharnés ! Si vous aviez servis votre pays avec autant de conscience, on serait un pays développé.
Cela dit, vous avez choisi votre camp. L'histoire ne vous le pardonnera jamais.
Un de ces quatre elle vous chiera comme elle a fait avec votre saint-patron !
Et croyez-moi, on sera son laxatif ! 

lundi 5 septembre 2011

Dans mon pays, il fait noir...









Il y a des mots balbutiés dans le noir, dans la douleur, au beau milieu d'une beuverie, avec les yeux qui pétillent, fixant une étoile précisément comme pour y accrocher l'infime espoir restant après que les immenses rêves se soient écartelés par les manigances des contre-révolutionnaires.

Ne m'en voulez pas si ce soir, j'ai juste envie de partager avec vous ces larmes, d'un gosse qui se réveille pour trouver qu'on vient de lui voler le joujou pour lequel il vivait, le mien s'appelle liberté.

Vous avez envie de partir ? Trop de pudeur pour partager tout ce désarroi avec un blogueur que vous ne connaissez même pas ? Restez quand-même.
On croit connaitre des gens qui s'avèrent au bout de quelques années comme étant de parfaits inconnus, alors de grâce arrêtez de tergiverser !

Je veux rendre hommage à ces soirées passées à sécuriser nos quartiers dans un froid de canard au péril de nos vies pourtant loin d'être miséreuses. Il faisait tout noir, mais nos visages étaient illuminés !
Quand je postillonnais, le poing levé, élevant la voix pour expliquer ce que je connaissais de la politique et des différentes révolutions qu'a connues l'humanité à ces jeunes incultes qui m'entouraient avec leurs regards intéressés, quand je chantais à pleine voix dans la rue, quand on partageait au delà des repas, des jus préparés à la maison, ces accolades fraternelles avec des gens que tu n'osais même pas saluer la veille.
Quand on sortait manifester dans les rues lacrymogènes de Tunis, ce centre-ville qui fut et restera à jamais mon plus grand amour, pour y avoir passé une très belle adolescence.
Quand du temps de Ben Ali, je rentrais le soir de mes aventures rocambolesques tunisoises matinales, pour regarder le ciel, l'étreindre et l'implorer avec insolence et piété. Comme pour lui dire que de toute façon on y arrivera, avec ou sans lui...
Quand on rêvait de mourir en martyrs pour la liberté.
L'univers entier nous enviait nos rêves insouciants, notre fougue incommensurable et notre effroyable sens du sacrifice, prêts à dévorer toute entrave à notre révolution.

Aujourd'hui, nous nous retrouvons avec des braquages à tous les coins de rue, à toute heure, des forêts qui ont cette formidable aptitude à l’auto-combustion simultanée, ces barbus qui imposent à des gens tolérants et ouverts depuis des siècles des lois venues de pays où l'on ne vit pas, ces policiers réservés exclusivement à la répression des manifestations légitimes et pacifiques et ce tribalisme qui éclate et s'estompe comme par magie par ci et par là comme pour nous sommer de calmer nos ardeurs, de baisser nos pantalons et de revenir dans nos tanières et de laisser les corrompus et les truands achever notre "révolution" sous les acclamations de la "majorité silencieuse" qui nous qualifie de délinquants.

Aujourd'hui, avec cette âme de révolutionnaires en herbe arrivée à bout de souffle, mordant la poussière, ne se levant plus que pour mieux trébucher, laissez-moi pleurer.
Parce que les hommes pleurent, de ces larmes qu'il serait criminel de brimer, ces gouttelettes qui s'insinuent pour creuser un visage à la mimique figée, sous le regard compatissant de cette étoile à laquelle on s'agrippe pour ne pas sombrer.


Sous les murs de ma ville sainte assiégée, de ma Jérusalem encerclée, de mon Andalousie attaquée, de ma défaite annoncée, de ma fierté submergée, de ma liberté bâillonnée et de ma dignité massacrée.
Mon âme pleure des larmes d'hommes, une tristesse de guerriers dont la témérité n'est plus à prouver, doués d'une persévérance à toute épreuve.
Dans mon silence, dans ma solitude, surgit ma haine farouche des journalistes et des politiciens à qui le peuple a offert un cadeau aussi inespéré qu'immérité.
Trop occupés à faire chanter les hommes d'affaires pour les premiers et le pauvre peuple malheureux pour les seconds, ils nous ont abandonné une énième fois. La fois de trop...

J'entends les bombes pleuvoir de toute part, les femmes crier et les enfants pleurer. Je vois des hommes fuir en toute lâcheté.
Je n'ai pas peur, j'ai juste une douleur qui m'afflige.
Je ferme les yeux, étend mon index et récite l'attestation de foi, me lève vaillamment, regarde une dernière fois mon étoile qui scintille et court vers ma destinée.
Ils veulent ma liberté, ils veulent mon droit de rêver.
Ils devront me passer sur le corps... 

samedi 27 août 2011

La police fait la loi aux urgences de Ben Arous !




Hier, le 26 août 2011, plus de sept mois après la révolution tunisienne, une semaine après le départ inopiné de Sofiene Chaâri et faut-il le rappeler, prés de deux mois après mon anniversaire, un policier a brandi son arme en direction d'un résident en médecine, pauvre "bac + 11" coupable de soigner des malades avec tout le désintéressement du monde dans des conditions inhumaines.

L'histoire s'est déroulée au trauma centre de Ben Arous à 14h.
Trois heures plus tard, je suis réveillé au beau milieu de ma sieste par un coup de téléphone. Un ami qui a été témoin de l'affaire, m'en parle, tout remonté, terrorisé même !
Je vérifie, appelle une dizaine de personnes. L'information se confirme.

Vers 14 heures, les consultants s'agitent dans la salle d'attente des urgences de l'Hôpital de Ben Arous.
Le résident d'orthopédie présent sur les lieux demande à l'agent de sécurité de faire sortir les familles à l'autre salle d'attente pour qu'il puisse examiner les patients dans de bonnes conditions.

Mais un homme habillé d'un jean et d'un tee-shirt refuse de sortir.
Devant l'insistance du "SOGEGAT" à faire appliquer la loi, il sort son flingue qu'il avait soigneusement caché, le charge et braque ces hommes en blouse blanche qui ont eu la malheur de sacrifier leurs vies pour que les citoyens se sentent bien.

"Vous faites moins les malins maintenant !  Vous voyez l'hôpital de Ben Arous ? Il suffirait que je ramène huit personnes et on le brûlera en entier bande de bâtards !"

Cependant, et comme on est dans un pays où la loi est au dessus de tout le monde, le policier rentre comme si de rien n'était.
Au départ, c'est un autre policier qui était venu le délivrer des griffes de ces citoyens "cagoulés" "sauvages" qui voulaient que justice soit rendue.
La foule s'excite, les esprits s'échauffent et on retient le policer jusqu'à l'arrivée des militaires...
Sauf que ces derniers surprendront tout le monde en laissant repartir le policier les mains détachés sans même le conduire au poste...

Esprit fraternel ramadanesque me diriez-vous ? Même si c'était le cas, laissez-moi en vomir...
Le directeur de l'hôpital est venu calmer les esprits. "C'est rien..." lance-t-il amicalement au policier cowboy à ses heures perdues.

Il y a des caméras de surveillance qui ont tout filmé. Espérons que les cassettes ne seront pas dérobées pour couvrir ces criminels !
A l'heure où j'écris ces quelques lignes, le Syndicat des Internes et Résidents de Tunis a été contacté et une action serait en train d'être entreprise à l'échelle nationale.

On savait qu'il n'y avait aucune reconnaissance face à tout le mal qu'on se donne pour rendre le sourire aux corps malades.
On savait que la fréquence des agressions dont font l'objet les médecins sont en nette recrudescence.

On savait que l'unique satisfaction dans ce métier était purement morale avec les "yer7am waldik" reconnaissants de patients soustraits à la maladie et réofferts à la vie.

On ne savait tout de même pas qu'on avait le droit de dégainer son arme et de nous braquer impunément. Un insigne est-il un passe-droit ?
Il faut savoir que les médecins n'ont jamais eu de revendications sociales. On n'a demandé que la réforme de notre secteur et que ce genre d'incidents soit réprimés d'une façon exemplaire pour ne pas donner d'idées à d'autres âmes malades.

Affaire à suivre !


Mise à jour du 30/08/11: Le ministère de la santé a précisé qu'il s'agissait d'un agent des services pénitentiaires, que les militaires ont "maitrisé la situation" et qu'une plainte a été déposée par la direction générale de l'hôpital.


Suffisant dîtes-vous ? Laissez-moi rire ! 

dimanche 14 août 2011

Klem Ellil



Je prends mon stylo, pose des mots sans fin, évoque des maux et une faim.

Une fin malheureuse, une fin inopinée, un amer passage obligé pour les âmes en détresse, pour les âmes qui souffrent d'une insatiable paresse, d'une douloureuse absence d’allégresse.

C'est dans la solitude que l'homme devient désespérément créatif. Pourtant, c'est mélangée à ses larmes, que l'homme déverse une poésie d'une infinie puissance, d'un infini courage, d'une sincérité déconcertante, d'une beauté désarmante.

C'est la mort qui donne à la vie tout son charme.
la paix n'est-elle pas autant convoitée par la ménagère de cinquante ans que par le trafiquant d'armes ?
le doute ne trouve-t-il pas son bonheur dans la certitude ?
les courbes de la vie ne se vautrent-elles pas dans la monotonie de la rectitude ?

C'est le doux spectacle des corps déchiquetés d'insurgés morts à la gloire de leur étendard, des têtes décapitées, des membres désarticulés et des testicules délogés qui nourrissent l'abnégation des survivants, leur désir de mourir comme leurs congénères pour l'amour de valeurs désuètes mais ô combien séduisantes.

Il faut dire à l'amour d'arrêter de mentir et de stopper les tirs.
Il est temps que s'arrête la mort et que l'on commence à bâtir.
Il faut évacuer les survivants et réciter des versets à la mémoire des âmes dans le vent.

Le monde part en couille, les corps sont paralysés par la trouille et les idées brillantes usées par la rouille.
Où sont-ils à présent ces chevaliers, ces preux ? Ils ne nous ont laissé que leurs chevaux lépreux...

Il faut dire à la vie, qu'avec ses malheurs, elle nous ravit. Elle nous ravive. Elle nous enivre. Elle nous lessive.
Il faut dire à la vie, que demain nous vaincrons, que demain, du moins, nous irons mieux. Nous sortirons dans les rues, nous danserons sur des airs qu'on connaissait pas. Nous sauterons plus haut que ne le voudrait la gravité. Nous sauterons plus que ne l'impose la gravité de la situation.

Ne jamais perdre espoir, prendre son temps et croquer jusque dans la troisième poire. Se dire que peu importe si ça foire. Puisque finalement, tout sera oublié avant que ne s'achève le soir.


samedi 6 août 2011

La révolution de la "Generation Gap"




Nous sommes la génération du DanUp qui t'emmène très loin (ihezzek leb3id), la génération des jeans Bogart, accoutrement de ceux qui n'ont pas de gout (labset leg3ar), la génération des jeans taille basse, la génération de la voix nasonnée, la génération qui discute les décisions injustes de ses parents quand on trouve que ces derniers ont tort, la génération qui n'a pas de savoir-vivre mais qui sait comme personne apprécier le moment présent.

Nous sommes la génération qui tutoie les dieux, se moque de la mort et vénère l'amour, une génération passionnante mais ennuyée, une génération vivante mais qu'on tentait par tous les moyens d'assassiner.

Nous sommes la génération que certains traitaient d'aliénée, de plagiaire de la débauche occidentale. Nous sommes la décadence des moeurs et on s'en fout royalement. La génération des baisers volés sur les bancs publics. La génération accablée par la loi relative aux outrages aux bonnes moeurs.

Nous sommes une génération qui parle en évoquant ses organes génitaux à outrance même en parlant de religion. Nous sommes la génération de la révolte, une génération intenable, une génération furieuse, une génération haineuse, une génération créative, une génération irrespectueuse, une génération sous-estimée mais une génération romanesque, utopiste et révolutionnaire.

Une génération vulgaire, une génération qui emmerde tout le cosmos, une génération qui hait la police, ces délinquants qui opèrent des braquages à l'insigne. Une génération qui arrose le monde de ses crachats mélangés à des expectorations purulentes. Une génération qui pisse sur les qu'en-dira-t-on. Une génération qui sait où se trouvent les radars automatiques, qui roulent à 170 km/h sur l'autoroute Tunis-Hammamet. Une génération qui dérape à la sortie de l'autoroute et qui frôle la mort avant de reprendre sa route sans aucun répit, l'index en extension en signe d'ultime repentir en vue d'une éventuelle étreinte avec les nuages.

Quand vous, générations précédentes qui vous transmettiez la culture de la castration de père en fils vouliez nous inculquer vos valeurs "sacrées", vous n'y avez vu que du feu.

Nous sommes cette épopée qui a fait rêver le monde et valser les dictateurs.

Quant à vous, bande de déments frappés de plein fouet par la sénilité, vous êtes le peuple de la soumission qui a toujours accepté de vivre sous une dictature avec une suffisance criminelle et un silence complice.

Il faut exploser la tronche aux tyrans. C'est la seule chose que nous comprenons. Nos références ? Le groupe de rap NTM qui chante Nique la police, assassins de la police sur fond de "Non je ne regrette rien" de Piaf.
Oui pauvres losers ! On a dégagé Ben Ali et vous vous êtes agrippés aux vestiges du système pourri de peur d'être dépaysés. Allez au diable bande d'incapables ! Vous avez peur pour l'économie ? Allez en Arabie Saoudite rejoindre votre amour Ben Ali, il vous offrira du boulot.

Quand je commencerai à vous ressembler, je me jetterai du haut d'un pont. 

vendredi 5 août 2011

La mère du martyr





Couverte d’un voile qui laisse entrevoir une frange d’une chevelure teinte au henné…  Mais un voile qui n’a de religieux que l’apparence vu qu’en réalité ce n’est qu’un voile de misère, un voile de sénilité, un voile de tristesse…
Elle a la soixantaine. Pourtant, elle en fait vingt ans de plus. 


Rien ne la retient à cette vie si ce n’est ce résidu de foi en un Dieu qui la rôtirait inévitablement si elle passait à l’acte et se donnait la mort.
Khalti Fadhila est une dame respectée du quartier, on l’estime pour sa bonhommie, pour son sourire figé et tout récemment pour son martyr d’enfant.

La révolution tunisienne… Elle ne veut même pas en entendre parler. Elle a sacrifié malgré elle son fils unique pour que des morveux de Gammarth lisent en diagonale attablés au café journal la deuxième page de Charlie Hebdo.

Pour elle, rien n’a changé depuis Ben Ali. Mis à part, faut-il le rappeler, cet enfant parti trop tôt par une balle perdue qui s’est logée dans sa boite crânienne lui ôtant la liberté de penser et par la même occasion une vie miséreuse mais ô combien précieuse pour cette bonne femme qui n’avait d’autre fortune que les anecdotes de cette progéniture égarée.

Mohammed, ou Hamma pour les intimes, est un jeune qu’on se plait à appeler délinquant rien que parce qu’il roule des joints, rien que parce qu’il boit chaque soir du vin rouge de marque Koudiat, rien que parce qu’il s’en fout de la religion, rien que parce qu’il n’évoque Dieu que pour blasphémer, rien que parce qu’il est édenté, célibataire et perdu à 30 ans, rien que parce qu’il ne correspond à l’idéal tunisien.
Mais sa mère l’adorait.

Après la mort de son mari dans un accident de la voie publique il y a trois ans, il ne lui restait que ce rejeton pour raison de vivre. Aujourd’hui il n’est plus.
Il est l’un des trois cents martyrs « morts pour la révolution de la dignité, la révolution de la liberté, la révolution du jasmin »

Il a quand-même eu droit à des funérailles exceptionnelles où on lui a chantait les larmes aux yeux : « La ilaha ella allah w echahid habib allah »
Même si, juste après,  il a regagné sa place de damné dans ce quartier où l’on ne savait pas pardonner aux ivrognes et encore moins aux présumés hérétiques.
Aujourd’hui, khalti Fadhila, veuve depuis trois ans, mère de martyr depuis six mois vit dans une solitude infernale.

Ce fils que personne ne regrette était l’amour de sa vie, sa raison d’exister, son sourire quotidien, son soleil, sa merveille et paradoxalement, sa fierté.
N’a-t-on pas le droit d’être fier d’un enfant impie ? N’a-t-on pas le droit de s’en battre les couilles de la révolution ? N’a –t-on pas le droit d’en vouloir à la terre entière ? N’a-t-on pas le droit d’espérer que la révolution échoue ?

« Qu’ils aillent au diable avec leurs valeurs suprêmes. Mon seul principe dans la vie, mon seul moment de bonheur correspondait à ces blagues que venait me raconter mon fiston, ivre-mort.  Il ne faisait de mal à personne. »

Aujourd’hui Khalti Fadhila vit un ramadan des plus plaisants. Sous le soleil de kasserine, elle fait le jeûne et se tourne vers Dieu au moment de manger cette seule soupe qui meuble une table pourtant assez conséquente, pour lui dire :
« Toi Dieu qui est si grand ! Toi le Très-Haut ! Toi le Juste ! Pourquoi as-tu pris mon enfant alors que tu sais qu’il n’a rien à voir avec ces idées pourries importées de l’occident ? Toi qui m’inflige le supplice de perdre mon fils, t’a-t-il dérangé, toi dans les cieux, quand il buvait du Koudiat ? Qu’a-t-il fait pour être un martyr maudit ? Ni bien au paradis ni accepté dans ce monde ? Toi, Dieu, je t’offre mon jeûne, ma foi de mère de martyr damné qui voit son cœur mourir tous les jours, prends mon âme, mais ne leur donne pas ce qu’ils veulent avoir. Apporte-leur un autre dictateur ! Je veux qu’ils sombrent dans des querelles sans fin, Je veux que tu leur pourrisses la vie ! Je veux que mon fils ne soit pas mort pour les rendre heureux alors qu’il n’a jamais été un des leur ni n’a jamais vécu pour les faire sourire.  O toi le Tout-Puissant exauce mes prières au nom de tous les martyrs partis pour rien !»

Ceci est le récit d’une malédiction…