Les fidèles du Boukornine

mercredi 1 février 2012

Sadok Chourou, la voix de la modération !



Sadok Chourou est un des leaders d'Ennahdha qui a enseigné la biochimie à la fac de médecine de Tunis jusqu'à 1991, année à laquelle il a été arrêté et emprisonné durant plus de vingt ans.

Sadok Chourou fait partie du courant radical du parti Ennahdha avec notamment Habib Ellouz.
Cet élu entretient avec les milieux salafistes des rapports très étroits. Juste après la révolution, il a déclaré dans un meeting d'un groupe de salafistes: "Ce que nous vivons actuellement est comparable à ce qu'ont vécu les croyants après le pacte de Houdaybia où Dieu avait protégé les croyants des tyrans et des mécréants. [...]
Le triomphe du 14 janvier fut comme celui de Houdaybia une victoire incomplète vu que les mécréants sont toujours d'attaque..."

En sachant que le pacte de Houdaybia sus-cité est un pacte cosigné par le prophète Mohammed et les mécréants  de Qouraych. Comprenez ici que ceux qualifiés de mécréants, c'est bel et bien nous !









 

   




Puis, s'en sont suivies des interventions à l'assemblée constituante complètement indignes d'un élu. Quand les autres élus discutaient en termes techniques, notre Chourou national sombrait dans la démagogie, ne faisait que citer des versets coraniques en les sortant de leur contexte et n'essayant que de toucher les téléspectateurs sans rien apporter au débat !

La dernière prouesse en date, fut celle où notre ami s'est emporté dans un délire mystique où il a utilisé des termes très crus appelant même à tuer, à crucifier sinon à renvoyer les manifestants de cette terre !







Après cet appel franc au meurtre et à la crucifixion de tous les manifestants, chose que même Ben Ali n'a pas osé faire aussi ouvertement, Sadok Chourou a réitéré le lendemain au micro de Mosaïque FM (cliquez ici
Les réactions des officiels d'Ennahdha sont d'autant plus bizarres et inacceptables puisqu'ils essayent par tous les moyens de faire l'apologie de ces déclarations indéfendables ! 
Quand Samir Dilou a invoqué l'argument "divin" selon lesquels il n'est pas défendu de citer des versets coraniques dans ce pays musulman (cliquez ici), Lotfi Zitoun a préféré parler de "liberté d'expression" ! 

Pendant ce temps là, le journal AlMaghreb est violemment attaqué par le syndicat, ses lecteurs et ses détracteurs pour un photo-montage qui a visé une photo de la marche pour les libertés malgré l'affluence record ce jour là ! 
Le journal AlMaghreb a expliqué que c'était une initiative personnelle de son infographiste qui a aussitôt été renvoyé et le journal a présenté des excuses officielles à ses lecteurs pour cette bourde monumentale ! 

Quand les progressistes se sont indignés et ont dénoncé sans aucune hésitation la manipulation dont a été coupable le journal AlMaghreb, les nahdhaouis se sont tués à la tâche afin de défendre un extrémiste qui s'est retrouvé comme par enchantement au sein de l'assemblée constituante et qui a formulé un appel franc à exterminer le peuple qui ose manifester ! 

Il est clair qu'on n'a pas les mêmes valeurs ! Quand les nahdhaouis défendent à la manière d'un public de football leur parti chéri, les progressistes n'ont aucun mal à se remettre en question quand leurs alliés emploient des procédés inacceptables ! 
Ce fut également le cas quand la quasi-totalité des progressistes ont dénoncé et se sont indigné de la mise en ligne de la vidéo montrant Ali Laârayedh avec un homme dans une posture peu orthodoxe, alors que nos amis nahdhaouis n'ont même pas trouvé inacceptable que Bhiri, notre ministre de la justice ait libéré son frère pédophile ! 
Je suis plus que jamais heureux de faire partie de ceux pour qui, il est naturel de faire primer ses principes sur ses appartenances partisanes et je regarde toujours avec la même perplexité et la même inquiétude les dépassements de ce Sadok Chourou directement débarqué d'un autre temps ! 

mardi 31 janvier 2012

La révolution du népotisme




AbdelWaheb Mâater, notre ministre de l'emploi et de la formation professionnelle a accordé une interview au quotidien Assabah parue aujourd'hui (Voici l'article).
Dans cette entrevue, le ministre confirme que sa fille a été bel et bien embauchée dans le cabinet ministériel de Sihem Badi notre ministre de la Femme avant de se justifier en rajoutant: "Que tous ceux qui émettent des critiques sachent que le ministre est libre de désigner les personnes qu'il veut dans son cabinet. D'ailleurs, la plupart des ministres ont désigné des proches ou des amis dans leurs cabinets ministériels !"

Je me sens outré en tant que citoyen tunisien non pas seulement par l'info elle-même mais par cette légèreté en l'annonçant, cette tendance à minimiser un fait grave et à défier l'opinion publique !

Il y a quelque temps, on nous annonçait Bouchlaka, le gendre de Rached Ghannouchi au poste de ministre des affaires étrangères. En nous le déclarant, Ennahdha avait sorti l'argument de la "compétence" n'étant même pas embarrassés en nous imposant encore une fois un satané gendre ! Au fil des jours qui ont suivi et des déclarations de guerre de Bouchlaka à la Syrie les menaçant de leur envoyer notre armée qui a pourtant toutes les peines du monde à garder nos frontières, on commençait à découvrir l'ampleur de ses présumées "compétences".
 
Dans une nation qui n'est toujours pas guérie du "syndrome des gendres" dont elle souffre depuis des décennies .  Je nous rappelle qu'on vient de faire une supposée révolution notamment contre le népotisme.

Avant qu'on ait le temps de s'en remettre, on nous ressert le même plateau pourri avec en prime, la cerise sur le gâteau: la minimisation ! L'air de dire: Népotisme et alors ?

Je plains les martyrs et leur sang qui a coulé, je plains les militants et leur dignité violée et je plains tous ceux qui y ont cru et tous ceux qui sont allés voter perdant de précieuses heures de leurs vies à attendre leur tour dans des files interminables, pour que des politiques au moins aussi véreux et assoiffés que les précédents, prennent place sur les trônes et transgressent les lois en se moquant des fondements les plus élémentaires de la révolution.

Est-ce trop vous demander messieurs de laisser de coté tout népotisme ? Est-ce si difficile messieurs de ne recruter que selon les compétences ? Trouvez-vous si pénible de respecter ce peuple et son combat pour la liberté et la dignité ?
J'ai honte d'avoir un jour cru en cette révolution ! Vous déshonorez à la nation ! Puissent un jour, vos consciences se réveiller de leur hibernation et vous torturer jusqu'à la fin de vos jours ! 

dimanche 1 janvier 2012

2012, le rêve continue...



Le dernier réveillon, je l'ai passé dans la douleur. Ce réveillon s'est déroulé sous le signe de l'émotion.
Je tiens à remercier 2011 pour ses larmes de joie, pour la révolte qu'il nous a inspiré, pour la peur dont il nous a exorcisé et pour la joie de reconquérir notre pays trop longtemps occupé.

C'est devant mes yeux baignés d'émotion que les images défilent virevoltantes, me donnant le tournis.
Zouhaïer Yahiaoui allah yarhmek ! Merci pour Tunezine ! Merci d'avoir existé !
Merci à Takriz ! Merci à Tunisnews ! Merci à ReveilTunisien ! Merci à Nawaat !

Merci à toutes les mamans qui se réveillent avec la douleur d'avoir perdu un gosse offert à la révolution d'un peuple qui n'en pouvait plus d'être asservi !

Merci à tous les opposants qui n'ont jamais prostitué l'encre de leurs plûmes ni les particules qui se rassemblent pour former leurs âmes si pures !

Merci à ceux qui ont un jour embrassé la terre bénite de ce pays ! Merci à tous les expatriés, qui comme moi, applaudissaient instinctivement dés que l'avion se posait sur le sol tunisien.

Merci à tous les sanglots étouffés dans le noir, sans que personne n'en sache jamais rien d'avoir donné naissance à cette révolte.

Merci à tous les "Je t'aime" chuchotés à ce pays dans ces moments où il était interdit d'embrasser le drapeau rouge à l'étoile et au croissant sans élever des soupçons quant à ses orientations politiques.

Merci à tous les militants du bassin minier qui ont pâti depuis toujours de l'ingratitude et de l'hostilité du pouvoir.

Merci à tous les regards que le destin a figé. Merci à tous les corps frileux que les couvertures trop insuffisantes ne réussissent pas à réchauffer. Merci aux déshérités. Merci aux marginaux. Merci à tous les coeurs gros. Merci à toutes les mères célibataires de mener leur combat contre l'injustice et les regards méprisants.

Merci aux diplômés chômeurs d'ingurgiter autant "d'express serrés" sans se donner la mort. Merci aux chômeurs qui n'ont connu de l'université que la virtualité des espérances de la famille qui se sont brisées contre l'iceberg de la réalité glaciale.

Merci à tous ceux qui ont espéré en cachette. Merci à ceux qui ont élevé la voix à leurs risques et périls. Merci à ceux qui ont pactisé avec le diable mais qui regrettent aujourd'hui amèrement. Merci à tous les tunisiens d'être tunisiens. Merci à la vie de m'avoir fait de cette terre. Merci à ma mère de m'avoir inculqué l'amour de cette patrie. Merci à mes parents de m'avoir enseigné qu'un homme n'est un homme que parce qu'il ne se tait devant aucune injustice.

Merci à tous les journalistes qui ont été frustré, qui ont bu chaque soir à vomir leur peine de tromper leur peuple, de trahir sa confiance, qui ont fuit leur image dans le miroir durant des décennies.

Merci à tous les sacrifices, à tous les compromis, à toutes les années de prison, aux coupables de délits d'opinion, à tous les sévices au nom d'une pensée ou d'une croyance non homologuée.

Merci à la censure de nous avoir exaspéré. Merci à la répression de nous avoir désespéré au point de nous étouffer faisant de nous des kamikazes prêts à nous sacrifier pour pouvoir souffler.

Merci à ce pays qui me manque atrocement pour peu que je le quitte pour mes heures de sommeil nécessaires à mon salut.

Je n'ai rien oublié. Je n'oublierai jamais rien. J'aime ce pays d'une manière maladive. Je suis un olivier qu'on ne peut plus déraciner qui s'enivre de la brise, qui danse au gré du vent, qui pleure au rythme des sécheresses et chante "fer7anine" de Cheikh Imam même quand ça va mal.

2012, je m'en fous des chiffres. Tu n'es qu'une formalité. Je suis un meuble tellement vieux qu'on ne peut plus le déplacer. 2012, on a une révolution à poursuivre. On a un combat à mener. 2012, quelles que soient tes prévisions pour mon pays, sache que tu auras affaire à moi pour peu que tu aie la moindre intention de toucher un seul cheveux de ce petit pays qui abrite une grande nation.

2012, on a une liberté d'expression à préserver sinon à renforcer. On a des régions oubliées à développer. On a une corruption à déraciner. On a un esprit dictatorial à combattre. On a une presse impuissante à remettre sur pied. On a une conscience politique populaire à élever. On a des dogmes à combattre. On a une misère à éradiquer. On a une culture à renforcer. On a une ignorance à arracher. On a un peuple à adorer et un pays à vénérer.

Tu es prévenu et tu n'as pas d'autre choix que de t'y plier. 

vendredi 23 décembre 2011

Monologue d'un condamné à aimer son pays à perpétuité




Il est temps de dormir.
Mais comment fermer l'oeil quand ta terre fraîche agonise ?
La dictature te souhaite la bienvenue.
Les assoiffés du pouvoir sont tous aux aguets pour violer ton histoire, la dignité de ton peuple, sous-couverts de la religion, un viol qui se veut halal.
Tunisie, je t'ai sous la peau, je t'ai dans mes sanglots, dans mes rêves et mes réveils difficiles.
Tunisie, je t'ai dans mes frissons, dans mes larmes et quand je trébuche.
Tunisie, j'ai le nez qui coule et le navire de mes utopies qui fait naufrage.
Tunisie, je ne te demande rien, juste le soin de porter haut ton étendard.
Tunisie, je ne crois pas en l'euthanasie, je crois en un Tout-Puissant, je crois en son pouvoir à assurer ta résurrection.
Tunisie, on parle déjà de censure, de népotisme et d'ingérence.
Tunisie, de ta révolution populaire pour la liberté et la dignité, il n'en est foutrement rien !
Tunisie, tes pauvres meurent encore de froid, tes chômeurs se tournent encore les pouces, tes damnés sont plus que jamais regardés de travers et tes marginaux encore oubliés.
Tunisie, tu ne t'en es toujours pas remise de tes anciennes blessures que tes vieux démons resurgissent pour t'asservir à nouveau.
Tunisie, je ne suis qu'un coeur, que deux poumons et qu'un seul et unique foie. Mais j'ai foi en toi, en ton peuple si "stupide" soit-il comme dirait Taoufik Ben Brick de voter délibérément pour sa prochaine dictature.
Tunisie, je dors chaque soir sur l'espoir de te voir heureuse et je me lève tous les matins sur la douloureuse désillusion de te voir prise dans les mailles des mêmes filets qui t'ont paralysé autant de décennies.
Tunisie, je ne m'en irai la conscience tranquille que lorsque je t'aurais offert mon âme et mon corps et tout ce que j'aurais économisé jusqu'ici.
D'ici là dors sur tes lauriers ! Je veille au grain pour que personne ne touche à un poil de ton histoire, de ta  civilisation et de ta formidable présence.
Tunisie, quel sort m'as-tu jeté pour que je ne puisse voir qu'à travers tes yeux ? Respirer que par tes arbres perchés ? et m'exprimer qu'à travers l'harissa avec laquelle tu m'as gavé ?
Quel qu'il soit ne m'en exorcise pas, de grâce ! Combien d'Hommes payeraient de leurs vies pour vivre le centième de mes émois !
Je prend Dieu à témoin, je t'aime de ta Bizerte à ta Borj El Khadhra ! De ta Gammarth à ta Cité Ettadhamen ! De tes bourgeois hautins à tes miséreux condamnés à avoir faim et froid !
Je ne sais pas si cela t'importe ou te procure-t-il une quelconque satisfaction, je sais seulement que tu es belle, que tu coules dans mes veines et que ton adoration est jouissive.
Dors bien ! Fais de très beaux rêves de dignité, de liberté et de démocratie ! Je garde l'oeil pour mordre jusqu'à la moindre intention malveillante. 

dimanche 18 décembre 2011

L'épopée du 17 décembre 2010



Je ne saurais laisser passer la première commémoration de cette date historique sans rédiger un hommage à ces moments inoubliables vécus comme un rêve, inattendus et féeriques.

Loin des projets de loi, de l'organisation des pouvoirs publics, des assemblées plus ou moins constituantes, des élus, de la légitimité des urnes, des rancœurs partisanes et des haines idéologiques, je ne puis que sourire en ruminant, tout seul dans mon coin, ces images de cette foule déchaînée, s'exerçant à ce sport national baptisé le lancer de pavés en direction de fonctionnaires de l'état qui suaient sang et eau pour faire leur boulot dans les règles de l'art, tout de noir vêtus et qui nous relançaient, comme pour nous remercier, des bombes lacrymogènes.

Pour dire vrai, nous n'avions pas besoin de gaz lacrymogène pour avoir les larmes aux yeux. Dans les rues de Tunis, je me souviens très bien de tous ces yeux qui pétillaient.  Ils pétillaient de passion, de dignité, de liberté retrouvée, du bonheur de vivre des moments historiques.
Pourtant, les visages ne se ressemblaient pas, loin de là ! Ils avaient certes ces vagues traits tunisiens qu'on reconnaîtrait facilement parmi des milliers d'autres faciès.
Mais certains étaient balafrés, d'autres couverts de taches de rousseur, il y avait aussi des candides, des utopistes, des geeks sortis de sous leur couette à l'insu de papa et maman et même des demoiselles qui avaient la démarche de lionnes qui se battaient telles des amazones ! Elles étaient, cela dit, quelque peu "safirat" comme dirait notre président intérimaire, même si alors, personne ne l'avait remarqué.

On était tous des citoyens tunisiens en colère. Cette définition nous suffisait. On passait outre la fracture sociale, l'inégalité des sexes, les masses musculaires différentes, le courage inégal, la diversité des morphotypes.
On était tous des héros. On misait gros ! On jouait notre intégrité physique. Malheur à celui qui se faisait attraper par ses policiers armés jusqu'aux dents ! Fractures du mandibule, fracas du carpe et luxations de l'épaule étaient aux aguets, à l’affût de la moindre faiblesse...
Et pourtant personne n'avait peur ou alors de cette peur festive, de cette peur par laquelle on fête le triomphe sur la peur ! La peur de ne plus avoir peur de rien ! La peur de l'inconnu, de pousser ses limites à l'infini !

On était des frères d'armes ! Des "moulathamine" (cagoulés) selon les dires de Ben Ali, même si on avait les visages découverts ! Des guérilleros endoctrinés à ces percepts universels de liberté, de dignité et de révolution ! 

Si vous n'avez pas vécu ces moments historiques in vivo, je ne crois pas que je puisse faire quelque chose pour vous. Vous ne pourrez jamais comprendre pourquoi la peur a été bannie de notre lexique ni l'ampleur des liens qui nous attachent à cette révolution populaire.

On était certes effrayés, la langue sèche, le coeur prés à quitter sa cage thoracique, le transit intestinal accéléré, ayant même le vertige.

Mais comment vous expliquer la toute-puissance qu'éprouve un jeune révolutionnaire en brandissant un bras d'honneur à destination de ses bourreaux, en pleines rues de Tunis, tout près de ce ministère de la torture et de la violation des droits de l'homme ?

Comment vous reproduire la sensation des larmes de bonheur qui sèchent par la force des choses au contact de l'air frais d'un début janvier à mesure que l'on courait pour fuir la sauvagerie de nos détracteurs ?

Comment ne pas tomber amoureux d'un pays qui t'a offert autant d'émotions, qui t'a fait autant déprimer auparavant avant de te rendre l'homme le plus heureux et le plus libre sur terre ?

Je n'oublierai jamais un certain 14 janvier, où après d'innombrables jours de manifs la journée, de blogging et d'insomnie la nuit et de gardes à l'hosto trop souvent, je me retrouvais face au ministère de l'intérieur.
En y allant, j'ai croisé le dispositif impressionnant de policiers qui tenaient des matraques de presque un mètre de long ! L'index levé, la voix enrouée, traînant un mal de gorge atroce, je me suis approché d'eux, les fixant du regard et je leur chantait à demi-voix malgré moi: "Houmet el hima ya houmet el hima, halommou li majd ezzaman, la9ad sarakhat fi 3ourou9ina eddimé2 namoutou namoutou wa ya7ia el watane"

Leurs mains tremblaient, leurs yeux clignaient, ils baissaient leurs regards tour à tour. Je comprenais au fur et à mesure que la peur avait définitivement changé de camp et que les gens ne feront jamais plus marche arrière.
C'était la gloire avant le triomphe. C'était l'émotion avant la délivrance. C'était un moment historique... Je tremble juste en l'évoquant.

J'avoue au départ, je n'y ai pas cru. Je sortais dans la rue dans l'unique but de participer à mon échelle au combat désespéré de mes compatriotes contre la dictature.
Je n'ai jamais cru, jusqu'au dernier moment, que Ben Ali pouvait s'en aller sans nous avoir tous décimé. Je me disais qu'il fallait quand-même envahir les rues quitte à mourir jeune, libre, inconscient et idiot. C'était toujours mieux que de survivre en étant vieux, moche, castré et assujetti.

A ta santé Bouazizi ! A ta santé Sidi Bouzid ! A ta santé Rdayef ! A ta santé Kasserine ! A ta santé Thela ! A votre ta santé toute parcelle de cette terre bénite qui a absorbé le sang de ses enfants défense pour chasser le despote sanguinaire ! A ta santé, ô valeureux Tunisien qui a un jour bouleversé le monde par la poésie de ton combat et ton inébranlable détermination de dégager la dictature devenue soudain insupportable !

Que tous les apprentis dictateurs qui auraient la mauvaise idée de réasservir ce peuple libre et de réitérer le coup d'état de Ben Ali, sachent qu'un détail ô combien important a changé la donne, depuis. Il s'agit bien entendu du facteur Peuple qui est intervenu cette fois-ci.
Si les postes, les escortes et le pouvoir vous reviennent, ne perdez jamais de vue que la rue nous appartient et je reprendrai pour finir la citation de AbulKacem Chebbi qui a été intégrée à l'hymne national tunisien: 

Lorsqu’un jour le peuple veut vivre,
Force est pour le destin de répondre,
Force est pour les ténèbres de se dissiper,
Force est pour les chaînes de se briser 




lundi 5 décembre 2011

استحلفك بالله أن تقرأ هذا قبل الحكم على إعتصام باردو



أخي المسلم، مهما كانت توجهاتك، ومهما كانت إنتماءاتك الحزبية، ومهما كانت الجهة التي تنتمي إليها، فلمجرد التذكير، نقلك إلي احنا إخوة في الله وإلي احنا ولاد أم واحدة، ولاد بلاد واحدة، بلاد عربية إسلامية متفتحة ذات حضارة عريقة تمتد على آلاف السنين.

أخي المسلم، لازمك تعرف إلي في الأنترنات هناك برشة أدمين متاع صفحات وبرشة مواقع باعوا ضمائرهم لأحزاب سياسية، يخدموا ليل ونهار لتزييف الحقائق، ويخدموا كأبواق يحركون الشارع على حسب تعليمات هذه الأحزاب. ياخذوا في شهاري وحواسيب مقابل ترويج إشاعات والقدح في أعراض الناس قصد خدمة بعض التوجهات المشبوهة بعيداً كل البعد عن البحث على مصلحة هذا الوطن العزيز الغالي.

أخي المواطن، في بلادنا صارت ثورة قاموا بيها ناس آمنوا بقيم سامية كالحرية والعدالة والكرامة وحاربوا أبشع الديكتاتوريات في العالم بصدرٍ عاري، أخي المواطن استحلفك بالله أن تبقى وفياً لدماء الشهداء ولهذا نتمنى ما يعديوهاش عليك. 

في ما يخص إعتصام باردو، فما برشة ناس تروج لأكاذيب، وتحارب في المعتصمين بشتى الطرق. نطلب منك أخي المواطن أن تتحلى بأخلاق المسلم وتعمل بقوله تعالى: 
"يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا إِن جَاءكُمْ فَاسِقٌ بِنَبَأٍ فَتَبَيَّنُوا أَن تُصِيبُوا قَوْماً بِجَهَالَةٍ فَتُصْبِحُوا عَلَى مَا فَعَلْتُمْ نَادِمِينَ"

يدعون أن إعتصام باردو قام به الأصفار رافضين إختيار الشعب لحركة النهضة. باش نكونوا واضحين لو كان جات هكا الحكاية، مستحيل نضم صوتي لصوتهم.
احترم رأي الأغلبية، وأحترم ما اسفرت عنه الإنتخابات من نتائج، وعاشت سلطة الشعب. 
ولكن من واجب المجتمع المدني أن يتحرك، كيما في كل الديمقراطيات في العالم، كل ما ارتأى أن الديمقراطية والمبادئ التي قامت عليها الثورة في خطر. وكلنا في الآخر نحلمو بنفس الحاجة، تونس حرة مستقلة تكون فيها السيادة للشعب ويكون فيها الشعب حر. 

وللأسف قامت بعض الأطراف ربي يهديهم بالترويج لكون هذا الإعتصام هو صدام بين التيار العلماني الحداثي مع التيار الإسلاموي وجعلوا من مسألة النقاب مسألة جوهرية في هذا التحرك.  
العياذ بالله ثم العياذ بالله. حكاية النقاب هذه لا تعدو أن تكون سوى محاولة بائسة لتحويل إهتمام الشارع من المسائل الجوهرية إلى مسائل شكلية. وباش يكون في علمكم باش يجي وقت يكون فيه نقاش إن شاء الله لتقريب أوجه النظر في ما يخص النقاب وغيرو من المشاغل المشروعة ولكن بعد ما نفضوا المشكلة المصيرية متاع المجلس التأسيسي.
ساعة بربي تعملوا مزية إنساوها حكاية العلمانية، وأعتقني وعنقني وغيرهم. احنا شعب واحد نأملوا أن نتعايش في سلام على إختلاف رؤانا كما كان الأمر منذ عشرات القرون. بالطبيعة نظراً إلي تونس بلد مسلم، لا يمكن أن نقبل بأي مساسٍ كان في ما يخص مقدساتنا وديننا الحنيف. 
ولكن كما قال تعالى: الفتنة أشد من القتل. 
ويا توانسة راكم شعب عظيم ما يخرجش عليكم تحصلوا وتتفرقوا بعض ما كنا صف واحد، جنباً إلى جانب نحاربو في ديكتاتورية بن علي. 


إذن نحاولو نفهمو شنوا صار بالظبط باش الناس خرجت لباردو: 
كل ما في الأمر أن الترويكا وهي كنية للتحالف المتكون من النهضة، التكتل والمؤتمر قدموا مشروع متاع قانون داخلي منظم للسلط بصفة مؤقتة كان فيه على سبيل الذكر الصلوحيات شبه الكلية ماشية عند الوزير الأول وبقطع النظر عن إنتماء الوزير الأول القادم، هذا غير مقبول بالمرة بما انوا يمثل في حد ذاتو أرضية ملائمة لنشأة بوادر إستبداد بالسلطة وهل يعقل يا رسول الله ذلك في بلد مازال كي قام بثورة ضد الديكتاتورية ؟!
يظهرلي لا يختلف إثنان في كون هذا الكلام منطقي ومشروع ولا يمت بصلة لرفض إرادة الشعب.  

وهنا تلقاو بقية المطالب إلي هي سياسية بحتة، ولا تخدم مصلحة حتى جهة على أخرى وإنما تسعى إلى لضمان حق كل الأطراف في وطننا العزيز وحق ولادنا وولاد ولادنا باش يعيشوا في ديمقراطية وهذا أملنا جميعاً ونلقاو فيها حتى إدراج تجريم التطبيع مع الكيان الصهيوني في الدستور إلي هو نتصور مطلب شعبي. 



ء          العدول الفوري عن برنامج تنظيم السلط المؤقت المطروح للنقاش كأمر  مقضي والذي يمثل تأسيسا لدكتاتورية جديدة محورها حزب واحد يسيطر دون أي شراكة أو رقابة على كل دواليب الدولة وسلطها التشريعية والتنفيذية والقضائية والإدارية والإعلامية.
ء          التعديل الفوري لمشروع النظام الداخلي للمجلس الوطني التأسيسي المطروح للنقاش وذلك بفرض أغلبية الثلثين على كل قراراته، وبوجوب تقديم نص مشروع الدستور للاستفتاء الشعبي، تكريسا للديمقراطية الفعلية عبر تشريك عدد ممكن من الناخبين والناخبات. 
ء          اعتماد أغلبية 50% +1 في تزكية الحكومة واعتماد نفس هذه الأغلبية في سحب الثقة منها.
ء          البث المباشر لجميع مداولات المجلس الوطني التأسيسي ولجانه، ونشر كل نصوصه ومحاضر جلساته لعموم المواطنين.
ء          المحاكمة الفورية والعادلة لقتلة الشهداء ورد الاعتبار لجرحى الثورة ماديا ومعنويا.
ء          إرساء الآليات الكفيلة بضمان التنمية الجهوية والتوزيع العادل للثروات.
ء          الاستجابة الفورية لجميع مطالب التشغيل المشروعة في جميع جهات البلاد وإعادة النظر في ملف مناظرة انتداب شركة فسفاط قفصة.
ء          تطهير الجهاز القضائي من رموز الفساد كشرط أساسي لاستقلالية القضاء.
ء          الشروع الفوري في معالجة ملفات الفساد الإداري والمالي والسياسي الذي لا يزال متفشيا في قطاعات الدولة.
ء          تعليق سداد الديون الخارجية.
ء          التزام المجلس الوطني التأسيسي بتضمين الدستور القادم مبدأ تجريم التطبيع مع الكيان الصهيوني.


إذن إخوة الإيمان، أرجو منكم أن تتفهموا وألا تتسرعوا في الحكم على إعتصام باردو. نحبكم صناديد وما إتبعوش تطبيع صفحات الجهل المأجورة لتضليلكم عن طريق الصواب.
فإعتصام باردو إمتداد لاعتصامات القصبة وإستكمال لثورتنا المجيدة لإستئصال الديكتاتورية من هذه الأرض الطاهرة وخلافاً لما يروج له البعض، ليست هجوماً على الإسلاميين وتحاملاً على إرادة الشعب التي ليس لنا إلا أن نحترمها وننحني إجلالاً لهذا الشعب العظيم الذي صنع بمفرده ربيع كل العرب وإنتخب بكل ديمقراطية رجالاً ونساءً نأمل أن يمثلونه خيرا تمثيل.

إذا كان بعد كل هذا ما أقتنعتوش، نحترم رأيكم ولكن أتمنى ألا يقع مستقبلاً اتهامنا باطلاً بمحاولة الإلتفاف على إرادة الشعب.

أقول كلامي هذا وأستغفر لي ولكم ولجميع المؤمنين، اللهم إشهد اني بلغت، اللهم إشهد فإني بلغت !  

dimanche 4 décembre 2011

Le Bardo 1, un rendez-vous avec l'histoire


Je  vivais un des pires moments de ma vie. Je ne dormais plus. J'étais coincé dans ma perplexité à mesure que les atteintes aux libertés individuelles se multipliaient, que le terrorisme culturel devenait banal et que les partis, notamment le parti islamiste "modéré" d'Ennahdha se terrait dans un mutisme complice et criminel.

Entre temps, la troïka formée par la coalition tripartite (Ennahdha, CPR et Takattol) faut-il le rappeler, propose un projet de règlement intérieur faisant clairement le lit d'une nouvelle dictature et refusent la retransmission télévisée des travaux de l'assemblée constituante.
Ils proposent notamment de donner au premier ministre (a priori, Hamadi Jbali) des prérogatives de calife et un poste de président pour le moins folklorique à Moncef Marzouki.
Comme si cela ne suffisait pas à notre désarroi, le projet prévoyait en plus, le transfert de toutes les prérogatives du conseil constitutionnel au premier ministre en cas de circonstances exceptionnelles sans préciser la nature de ces circonstances.

Pour faire passer la pilule, on invente un faux problème, comme lors du faux-débat sur la laïcité.
Cette fois-ci, c'est au tour de la fac des lettres de Mannouba d'être la scène de cette mascarade visant uniquement à faire diversion sur le théâtre où se joue réellement notre avenir à savoir l'assemblée constituante.

Des sit-inneurs qui n'ont pour la grande majorité rien à voir avec la faculté, viennent réclamer que les filles en niqab puissent passer leurs examens contrairement à ce qui  a été voté le 2 novembre dans le conseil scientifique de cette même faculté.
La nuit, j'y étais aussi. J'ai discuté avec ces jeunes, qui réclamaient rien de moins que: l'annulation de la mixité, que les filles soient dirigées par des femmes et que les hommes n'enseignent qu'aux garçons. Certains parlent même de cours en désaccord avec la chariâa et de profs qu'il faudra limoger parce qu'ils sont "mécréants".
Je me suis abstenu de répondre. Ce débat est moyenâgeux, pour le moins stérile et très loin d'être la priorité du moment !

Le réseau Dostourna commence par appeler à une manifestation au Bardo pour faire entendre notre mécontentement vis à vis de de ce "coup d'état institutionnel" comme l'appellera le journaliste du Nouvel Observateur.

La sauce commence à prendre. Mannouba vole la vedette au Bardo.
Tout le monde condamne les évènements de Mannouba et l'atteinte à l'indépendance de l'université.
Dilou monte au créneau au JT de 20 heures de tv7, use d'une langue de bois digne des années de plomb de Borhene Bsaies à la tête de la communication RCDiste.
Il affirme qu'un débat national devrait être entamé sur le niqab et le droit de ces demoiselles à un enseignement comme toutes les filles de leur âge.
Oui ! Vous ne rêvez pas ! Il réclame un débat national sur le niqab au moment où le pays coule économiquement et politiquement.

Pire encore, Jbali rapplique, il décrit le débat autour du niqab sur Express FM d'affaire nationale ! Excusez du peu !

Le sit-in du Bardo continue tout de même, malgré une vague de discréditation dans les médias officiels et les pages vendues à Ennahdha qui comptent des centaines de milliers de fans et qui mettent les moyens pour dépeindre des manifestants mécréants, franc-maçons, ennemis de Dieu qui s'obstinent à attaquer l'Islam.

La nuit, j'étais aussi présent quand des bandes de jeunes, cannettes de bière à la main, sont venues nous jeter des pierres, détruire nos tentes et voler nos vivres.
Quand je suis tombé sur quelques uns, juste après les incidents, je leur ai demandé pourquoi ils faisaient cela, ils m'ont répondu qu'ils étaient des quartiers avoisinants et qu'ils avaient marre de ces manifestants encombrants. En piochant un peu plus, ils ont reconnu que des gens leur ont offert de l'alcool en échange de ce "service".
On sait à qui profite le "crime" et on sait donc qui serait derrière. D'autant plus que, dans cette nuit là, il y a eu des voitures de location qui s'étaient arrêtées, d'où sont sortis plein de jeunes et qui nous ont pris de force nos tentes. Du crime organisé pour nous terroriser.
Pratiques ancestrales d'un parti mafieux. Des airs de déjà vu, notamment à la Kasbah !
Peu importe, le sit-in est là et il y reste tant que ces revendications restent en suspens. C'est notre droit élémentaire de manifester pacifiquement. C'est notre droit de s'exprimer.
Personne ne pourra nous en dissuader quelque soit la barbarie de ses méthodes.

Au Bardo, les journées sont longues. C'est en quelques sortes, un Hyde Park version tunisienne où des gens de différents courants viennent discuter.
Il suffit d'élever un peu la voix, même en parlant au téléphone pour qu'une foule se constitue autour de toi et vienne te postillonner dessus pour essayer de te convaincre.
Rien de plus beau jusque là. Sauf que le débat s'insinue, se perd dans des détails qui n'ont rien à voir avec les revendications de base du sit-in baptisé Bardo 1.

On vient discuter de niqab, raviver les sempiternelles querelles entre l'UGET et l'UGTE, des airs de A3TA9NI, Manouba s'invite malgré elle au Bardo et il y a ces jeunes du bassin minier qui étaient là avant nous, qui ont leurs revendications sociales et qui sont submergés par la foule des slogans.


Il est par ailleurs, souvent nécessaire, sans vouloir paraître élitiste, de passer des heures à expliquer des notions de base de tolérance, de démocratie, de respect des minorités, de manifestations pacifiques... 
J'ai aussi passé un bon moment à recentrer des débats vers l'essentiel, à savoir:

• La diffusion en direct des séances plénières de l’Assemblée Constituante.

• La nécessité de la séparation des pouvoirs et la définition des prérogatives de chaque pouvoir


• Le refus du cumul des pouvoirs entre les mains du chef de Gouvernement ou celles d’un parti.


• La nécessité du recours à la majorité de 50%+1 pour la nomination des trois présidences (celle de l’Assemblée Constituante, celle de la république et celle du gouvernement) et l’application de la même majorité de 50%+1 pour la motion de censure (révocation du gouvernement ou de l'un des ministres).


• Le vote pour chaque article de la Constituante avec la majorité des 2/3.


• La majorité des 2/3 doit être appliquée pour l’adoption des articles de la Constitution ainsi que pour l’approbation de la Constitution, même en deuxième lecture.


• Le rejet du transfert de toutes les prérogatives du Conseil Constitutionnel au chef du Gouvernement en cas d’empêchement du fonctionnement normal des pouvoirs, tel que mentionné à l’article 11 point 6 du projet de règlement provisoire des pouvoirs publics.


• La nécessité d’inscrire le code du Statut Personnel dans la Constitution.


• L’interdiction de cumuler les fonctions de membre de la Constituante et membre du Gouvernement.


Et puis vint le samedi 3 décembre 2011, où une contre-manifestation fut organisée par les jeunes d'Ennahdha au même endroit. Le parti islamiste avait rejeté toute implication dans cette manifestation même si on a vu les  innombrables voitures de location d'Ennahdha rôder autour.


Deux rives, séparées par deux rideaux de policiers et des journalistes. Les politiques véreux ont su créer la fracture, polariser à nouveau la population et voiler les regards du peuple sur les questions fondamentales politiques et sociales du moment.

Ces gens sont venus scander sur des airs de chants de stades des slogans tels que:
"Ennahdha fel tali3a ooooh ooooh"
"Ommahét 3azibét, ommahét 3azibét" (Comme pour dire que nous sommes des bâtards)
"Ech garrabek mel cha3b ya ma*houta"
des menaces, des doigts d'honneur et j'en passe. (comme vous pouvez le voir)

Ils nous ont même lancé des pierres et des barres de fer en fin d'après-midi faisant quelques blessés. Les policiers sont intervenus avec des bombes lacrymogènes pour disperser les agresseurs.

Il faut savoir que quand l'autre rive a crié: "Allah Akber" nous avons fait de même, à leur grand étonnement. Quand ils ont fait la prière d'el Asr, nous avons respecté et gardé le silence. Quand ils nous ont dit "Dégage !", on a applaudi. Quand ils nous ont traité de bâtard et de pédés, nous n'avons pas répondu.

Au cours de cette journée, j'étais juste à coté d'un nahdhaoui qui semblait remonté à bloc, les raisons de son enthousiasme. Il m'a répondu: "Ils font cette manifestation A3ta9ni, ils boivent de l'alcool juste en face de nous et veulent que ce pays sombre" (idakhlou el bléd fi 7it)

Mon frère si tu diffères de moi, loin de me léser, tu m'enrichis. Mais, Yerham waldik, quelques soient tes orientations, prends un moment pour lire les revendications du sit-in du Bardo 1 avant de le condamner.

Pour ceux qui sont convaincus, il ne suffit pas d'être solidaire dans votre coin, venez, personne ne vous mangera et plus nombreux, on ne sera que plus forts !

A bon entendeur. 

dimanche 27 novembre 2011

Requiem pour une révolution



Il est 3 heures du matin. J'ai des milliers de choses à faire demain.
Mais je n'ai pas sommeil.
Je pense à toi, à moi et à nous deux... à tout ce que l'on a pu vivre et à nos larmes de joie, aux coups de matraque, à ma vie sans toi, à mes innombrables nuits blanches, la peur au ventre et le coeur enflammé.
Je pense à Rdayef en 2008, à Fahem Boukaddous, à Taoufik Ben Brik, à Zouhaier Yahiaoui, à tous les autres et à nos rêves perdus.

Au clair de lune, je vois le diable danser, j'entends au loin les pleurs des anges, viens ma Tunisie, éloignons-nous de ce brouhaha.

Il fait beau. Le ciel est dégagé. Un temps idéal pour s'en aller. Le moment opportun pour que le monde s'arrête de tourner. La dictature de la rue s'installe, Tunisie, on est dans la merde, toi, carrefour des civilisations et pays d'ouverture depuis toujours.

Des barbes décident de dégager des profs de dessin des lycées, des profs universitaires à la tenue pas homologuée. Des barbes dévorent les libertés individuelles impunément et personne ne s'indigne de ce qui t'arrive, personne ne condamne. On essaie juste de juguler la furie des esprits sclérosés. En attendant... Mais qu'attend-on au juste ? !

Viens ma Tunisie. Je n'ai d'yeux que pour toi. J'ai vendu mon âme pour te voir heureuse. Mais aujourd'hui plus rien n'a de goût. Tu brûles. Tu pleures. Non ! Il ne le faut pas !
Ben Ali, le dictateur s'est envolé, souviens-toi ! Quel beau jour, c'était !

Ta terre est chargée en souvenirs glorieux depuis la nuit des temps, de Hannibal Barca à AbdelAziz Thaâlbi en passant par l'abolition de l'esclavage et la première constitution arabe ! Ta terre a vu bien pire ! Et elle s'en est toujours sortie indemne, grandie, plus forte, plus belle, toujours, encore et à chaque fois avec le même sourire, la même assurance, la même fougue, la même légèreté !

Viens, montons les escaliers de l'Africa. Contemplons Tunis, la nuit, splendide comme jamais.

Ma Tunisie, ils ont brûlé ton drapeau, égorgé ta révolution, donné à tes yeux rieurs des allures afghanes au nom de je ne sais quel dieu, de je ne sais quelle cause.

Essuie tes larmes, ma patrie, tu ne peux pas mourir car tu es éternelle, tu ne peux t'estomper car tu es infinie. Tu ne peux t'incliner car tu es invulnérable.

Souris ! le monde nous appartient.

On forcera le destin. On créera l'espoir du milieu des ténèbres. On creusera des sillons dans la terre boueuse et on en fera des routes pour aller de l'avant. On séchera tes larmes. On desserrera l'étau qui t'étrangle. On rationalisera l'aléatoire. On perpétuera l'éphémère. On soignera ton insomnie. On camouflera tes cernes. Ton sourire brillera à nouveau sur nos vies ternies depuis que tu fais grise mine. On amnistiera tes espoirs condamnés à mort. On reconquerras ta liberté. On ne desserrera jamais plus nos poings. Tu nous trouveras au moindre besoin, à la moindre occasion, à l'affût pour te porter secours.

Si de tout cela, il n'en est rien. Si je me berce d'illusions. Si la perdition est inévitable. Si je ne puis rien faire pour toi.
Sache que je me battrai jusqu'au bout pour que tu ne sombres jamais, quitte à perdre ce que j'ai de plus cher.
Sache que je te donne en offrande mon âme et tous mes organes, puisses-tu en faire bon usage, puisses-tu saisir un jour à quel point je t'aime.

Je serrais ta main. Tu me dirais que tu m'aimes. On nous jetterait au feu. On mourrait heureux. On nous enterrerait ensemble. Je serai ta vie et s'il le faudra, ta tombe. Je serais ton hirondelle et ta colombe et pour s'occuper on creuserait des catacombes.
On bâtirait un monde dans l'au-delà où l'on vivrait d'amour, où l'on chanterait la nuit et où l'on dormirait le jour.

Mon pays, je crois en toi, même s'il fait noir. Peu importe si j'en tremble, vivons ensemble ou à défaut, crevons ensemble.

lundi 21 novembre 2011

Solidaire avec Dr Ben Mansour



J'ai contacté aujourd'hui l'avocat de Dr Mourad Ben Mansour, le médecin qui vient d'être condamné à 6 mois de prison ferme. Selon lui, voici ce qui s'est passé.

Dans le contexte alarmant des 13-14/1, le Dr Ben Mansour se dévoue et assure les gardes aux urgences de l'hôpital Kheireddine au péril de sa vie.

Le 13 janvier, il reçoit un blessé par balle, l'examine, assure les premiers soins et juge nécessaire de l'adresser au Centre Hospitalio-Universitaire le plus proche à savoir, l'H. Mongi Slim de La Marsa afin de bénéficier d'une prise en charge plus spécialisée.

Au cours de son transport, le patient succombe à ses blessures. Il est immédiatement reconduit à l'Hôpital Kheireddine.
Le Dr Ben Mansour constate le décès.
La famille déchaînée par la nouvelle, et c'est compréhensible, décide de rentrer en emportant le cadavre.

Le lendemain, Dr Ben Mansour reçoit la visite de dizaines de proches du défunt furieux et armés jusqu'aux dents (armes blanches). Ils le somment de signer le certificat de décès pour pouvoir enterrer leur mort et faire leur deuil.
On est le 14 janvier, un jour où la Tunisie est plus que jamais un état de non-droit. Un jour historique où l'insécurité a atteint son paroxysme.
Le médecin n'a d'autre choix que de délivrer le certificat de décès signalant que la mort est de "cause naturelle" et qu'il n'y a pas d'obstacle à l'inhumation. En précisant que la cause du décès est un "arrêt cardio-respiratoire" ce qui est très vague parce qu'on meurt tous d'un arrêt cardio-respiratoire.
Le médecin a noté dans le dossier médical que le décès était probablement du à la balle et a décrit l'orifice d'entrée.

La suite de l'histoire, vous la connaissez surement. Ben Ali s'envole pour l'Arabie Saoudite, le pays connait ce qu'on appelle communément "la révolution de la liberté et de la dignité"
L'état décide en signe de reconnaissance aux martyrs de la révolution de dédommager les familles en déboursant à chacune 20 milles dinars.

La famille de la victime se voit refuser ce dédommagement vu qu'il n'y a pas eu d'autopsie confirmant la mort par balle.
C'est alors qu'elle porte plainte contre le médecin qui lui a délivré le certificat de décès, en l'occurrence Dr Ben Mansour.

Le verdict a été prononcé le 16/11/11: 6 mois de prison ferme, radiation du tableau de l'ordre des médecins à vie et une amende de 1500 dinars à tous les héritiers de la victime !

On va essayer de décortiquer ce jugement.

Pour commencer, pour qu'il y ait infraction, Il faut la réunion de trois éléments: éléments légal, moral et matériel !
L'élément légal est un texte de loi qui énonce clairement l'infraction et la peine encourue. (On dit qu'il n'y a pas de peine ni de crime sans loi)
L'élément matériel consiste en un acte et non une pensée. Il faut être passé à l'action pour être condamné.
L'élément moral est le caractère intentionnel de l'acte. Que ce ne soit pas un acte involontaire.
Il y a un quatrième élément qui peut annuler l'infraction même dans la réunion des trois autres comme c'est le cas ici: L'élément injuste, en d'autres termes quand l'acte entre dans le cadre d'une légitime défense, quand l'accusé a été contraint de réaliser l'acte.
La loi ne pousse pas à l'héroïsme. C'est ce que nos professeurs de médecine légale nous ont enseigné.

Ce qui veut dire dans ce cas précis que le médecin n'a pas commis d'infraction du moment où il a été menacé dans son intégrité physique en signant le certificat de décès. D'autant plus dans le contexte extraordinaire du 14 janvier où on ne comptait plus les désertions parmi les forces de l'ordre et où on pouvait tout faire impunément.

Pire encore, le médecin a rapporté tous ces faits au poste de police du Kram le lendemain vu que celui de la Goulette avait été incendié la veille.

Concernant la radiation du tableau de l'ordre des médecins à vie, depuis quand c'est du ressort de la justice ?
On nous a enseigné que c'était à l'ordre des médecins de radier, d'interdire temporairement l'exercice de la médecine ou de blâmer et non au juge !
Je ne puis vous cacher ma perplexité face à cette décision !?

Enfin, concernant l'amende de 1500 dinars à chaque héritier du défunt. Il n'a été souligné ni le nombre des héritiers, ni leurs identités, ni leurs adresses. Ce qui veut dire qu'on peut avoir 300 héritiers ? Ou que des gens peuvent s'autoproclamer héritiers ?

Le médecin, un des héros de la "révolution" qui a risqué sa vie pour soulager les maux de ses concitoyens. Le Dr Ben Mansour, un des bons citoyens qui se sont sacrifiés pour leur pays, est aujourd'hui en prison.

Je ne peux que me révolter. Surtout que l'acharnement de la machine judiciaire est sélectif et qu'aucun des assassins de nos glorieux martyrs n'a été condamné alors qu'on se sert des médecins comme bouc-émissaires et on les présente comme des complices de l'ancien régime qui voulaient camoufler les exactions de l'appareil répressif de l'état.

Il ne faut pas se tromper de bourreau. Il ne faut pas se tromper de héros.
La médecine a été l'un des secteurs qui a le plus souffert pendant la révolution.
Demandez aux internes, résidents, assistants et à tout le personnel soignant combien de jours d'affilée ont-ils passé à l'hôpital cette période là !
Demandez à leurs corps à quel point ont-ils souffert en silence pris dans un élan de patriotisme et de sens du devoir !
C'est ainsi qu'on nous remercie ? En nous logeant, tous frais payés, certes mais derrière des barreaux !

Le médecin va faire appel de ce jugement et j'espère que cette affaire ne passera plus inaperçue, qu'il y aura une mobilisation du corps médical pour faire valoir notre dignité et se soulever contre cette injustice.

jeudi 17 novembre 2011

Dans l'affaire Yosri Triqui, j'accuse...



J'accuse Yosri Triqui de naïveté, de bêtise, d'avoir été embobiné, endoctriné, manipulé par des putes barbues qui prônent le djihad mais ne le font pas, qui croient salutaire d'envoyer des jeunes promus à un brillant avenir s'embourber dans un enfer terrestre qui nous est étranger et lointain.

J'accuse Rached Ghannouchi d'avoir sauté sur l'occasion pour politiser un fait divers afin de passer pour le sauveur de la nation. Je l'accuse d'usurpation d'identité, de parler au nom du peuple tunisien, d'avoir tenté une médiation au lieu de laisser/sommer les autorités (de) le faire. Je l'accuse aussi d'avoir faussement rassuré l'opinion publique. Je l'accuse de manipulation, de mensonge et de "roukoub", devenu sport favori de notre ayatollah national !

J'accuse l'élite tunisienne de ne pas guider cette jeunesse en mal de repères, en mal d'idéaux, en mal d'ambitions, en mal de rêves et qui voit la réussite dans les âmes purifiées qui quittent les corps déchiquetés des bombes humaines.
Ayant été un de ces jeunes égarés qui rêvaient du martyr en Palestine et ailleurs, qui rêvaient de détruire et non pas de bâtir. J'en suis même arrivé à un certain moment à envisager le retard dans ce projet "paradisiaque" comme un échec cuisant.
Je ne dois mon salut qu'au miroir qui a réfléchi un jour, plus que d'habitude, avant de réfléchir une image abjecte et triste, ultime illumination, qui m'a permis de retrouver mon doute salutaire et ma vite de jeune utopiste, rêveur, ambitieux,  plein de vie et de projets !

J'accuse le père de Yosri Triqui de glorifier la mort bête et inutile de son enfant, de ne pas s'avouer qu'il a échoué dans son éducation, qu'il n'a pas été là pour le guider quand il a commencé à avoir ces idées macabres. Je l'accuse d'oser se pointer dans les médias pour exprimer sa fierté au lieu de pleurer dignement le défunt. Quelle leçon donne-t-il aux jeunes dans les esprits desquels ce genre de projets commencerait à naître? Que la gloire se trouve en Irak ? Je l'accuse d'avoir permis la récupération de la tragédie de son fils à des buts d'une bassesse révoltante. Je l'accuse de nous prendre pour des cons en disant que son fils n'y est pour rien ! S'il voulait faire du tourisme, il aurait bien pu préférer Hammamet et ne pas se rendre clandestinement dans un pays miné par une guerre civile des plus sanglantes.


Ton départ me torture, Yosri. Ton exécution me hante, je te regarde mais ne vois pas de terroriste.
Je hais ta crédulité, je hais la jeunesse perdue de mon pays, l'absence totale d'élite, la profanation de la religion par des putes barbues pour présenter des offrandes humaines dans l'unique but d'assouvir leurs besoins sadiques.
Sous ton regard candide, Yosri, je me vois et retrouve tous les jeunes qui comme nous, se sont perdus en voulant bien faire.

Que Dieu ait pitié de nous et qu'il pardonne ce que tu as pu perpétrer. Allah yarhmek.
Une dernière pensée aux victimes du terrorisme quel qu’il soit, quelqu'en soit la motivation ou l'étendard.


Mise à jour du 17/11 à 20h: 
Yosri Triqui était en contact avec ses parents jusqu'à la veille de son exécution. Yosri a toujours nié les faits qui lui sont attribués. Il a tout de même reconnu avoir participé à des opérations contre des militaires américains. Il a d'abord été arrêté par des américains qui l'ont par la suite relâché faute de preuves.
En 2006, il se fait arrêter à nouveau par les irakiens qui lui extorquent des aveux sous la torture selon lesquels il serait impliqué dans le meurtre et le viol d'une journaliste de la chaîne AlArabeya.
Procès expéditif et le voilà, condamné à la peine capitale sans sa présence au tribunal ni celle de son avocat en l'absence de toute preuve sinon ses aveux arrachés.
Tractations en coulisses, Rached Ghannouchi et Mbazâa disent avoir contacté Talabani, des journaux locaux démentent. Le père supplie des responsables irakiens qui le rassurent sur le sort de son fils !
La veille de son exécution, Yosri contacte son père et lui fait part de rumeurs persistantes selon lesquelles le lendemain seraient fusillés quinze condamnés à mort. Il pense qu'il est concerné, son père relativise.
Le lendemain l'impensable s'est produit. Yosri n'est plus. Allah yarhmou.
J'espère ne pas avoir heurté certaines sensibilités avec mon billet. J'ai peut-être été cru en m'expliquant, mais peut-on me reprocher d'être sincère ?
Toujours est-il, allah yarhmou w isabber 3ayeltou.

Morale de l'histoire, faites gaffe à vos enfants, écoutez-les, rassurez-les, ne les abandonnez pas à ces barbes assassines qui vous le voleront à jamais !
Expliquez à vos enfants que le plus intense et le plus glorieux des djihad est de réussir à l'école, de devenir un bon citoyen, de trouver un boulot, de fonder une famille et de vivre heureux.
A bon entendeur.

mercredi 9 novembre 2011

Souad Abderrahim, la super nanny du peuple tunisien




Souad Abderrahim, pour qui vivrait dans une autre planète et ne la connaîtrait toujours pas est une élue islamiste non voilée, à la limite moderne, qui est utilisée par Ennahdha comme vitrine pour mettre en avant cette image de parti islamiste modéré et vendre aux tunisiens un semblant de projet de société qui allierait modernisme et islam et rassurer ainsi les plus récalcitrants.
Seul hic dans l'histoire, cette dame sous son enveloppe corporelle presqu'élégante, cache des idées dignes des talibans.

Je vous cite quelques uns de ses exploits:

Il y a quelques jours elle déclarait: "Ennahdha ne compte pas fermer les boites de nuit mais ancrera les bonnes moeurs." (Source ici)

Quelques jours plus tard, elle réagit face à l'incident qu'a suscité la statue présentée l'espace de quelques heures en pleine avenue Habib Bourguiba en déclarant à un quotidien tunisien:
"la statue qui a été exposée à l'Avenue Habib Bourguiba est une oeuvre immorale et élitiste qui aurait du être présentée dans un espace privé et non dans un lieu public où cela devient de la pure provocation"

Pire encore, elle vient de déclarer en réponse à la question que feriez-vous pour les mères célibataires et les femmes mariées à des non-musulmans ? :
"Comment voulez-vous que dans un pays arabo-musulman comme le nôtre, on mette une loi pour protéger des femmes (mères) célibataires ? On essaiera de les remettre dans le droit chemin mais en aucun cas, on n'essaiera de leur résoudre leurs problèmes leur donnant alors une légitimité légale d'exister."







Je me sens sincèrement outré par tant d'ignorance et d'étroitesse d'esprit. Comment une femme aussi bornée, aussi obscurantiste puisse avoir autant de temps de parole, autant de tribunes pour accueillir ses extravagances et encore pire, participer à la réalisation d'une constitution historique qu'on espère équilibrée et garantissant les droits de tous les citoyens tunisiens ? 

Cette personne confond d'une façon flagrante des notions élémentaires, elle est là parce qu'elle a été élue pour essayer de préserver les libertés et les droits de tout un chacun et elle pense réellement qu'elle est là dans un but moral, pour éradiquer la débauche, pour corriger les citoyens égarés, pour donner une fessée à ceux qui oublient le droit chemin. 

Je rappelle que le rôle éducatif ne revient guère à l'état ! Mais à la famille, à l'institutrice, aux professeurs, peut-être même à la rue et à ses expériences parfois, mais ô grand jamais, ce rôle ne peut incombe à l'état ! 

La liberté est une notion fondamentale dans la société que nous rêvons de bâtir, d'autant plus dans notre contexte post-révolutionnaire. 
La liberté implique qu'on ne peut condamner une personne sur un fait sauf si ce dernier constitue une violation franche de la loi et empiète sur la liberté d'autrui.

Les mères célibataires ont toujours existé. Ce sont des citoyennes tunisiennes. J'ai eu à en côtoyer beaucoup notamment dans les services de pédiatrie dans lesquels j'ai été affecté et je trouve que ces femmes ont beaucoup de courage d'avoir refusé parfois délibérément d'ôter la vie à cette progéniture, quoique le fruit d'un rapport interdit par la religion. 

Ces femmes sont des militantes ! Elles vivent un calvaire quotidien pour faire face aux regards accablants d'une société intolérante, paternaliste et répressive. Elles sont déjà socialement marginalisées et il serait criminel d'ajouter des termes légaux à leur désarroi ou de s'abstenir de les protéger par une loi qui leur faciliterait bien la vie. 

Cette femme qui se veut ouverte et moderne, est d'une prétention et d'une démagogie que je trouve révoltantes. 
Elle est même beaucoup plus rigide et anachronique que Hammadi Jbeli, lui-même extrémiste, du haut de ses dix ans d'isolement à Borj Erroumi, excusez du peu ! 

Maintenant, si elle croit qu'avec son brushing, elle va venir nous faire croire qu'elle va nous endoctriner avec ses préjugés à deux balles, vieux comme le monde et qu'elle peut proférer ce genre de conneries oxydées sans susciter notre furie, elle peut aller se rhabiller tout de suite.
On est un peuple qui ne chasse pas une dictature pour en installer une autre !
Si Ennahdha a choisi de s'allier aux symboles du RCD déchu (Ltaief et cie) croyant qu'ils lui faciliteraient l'installation de ses outils dictatoriaux, ils peuvent toujours rêver ! 

La différence avec le coup d'état de 87 est le facteur "peuple" ! Avant, c'était ZABA, le libérateur, l'acteur du changement, le sauveteur de la nation, aujourd'hui, les  vrais héros, c'est nous ! Le peuple tunisien ! Celui qui fait valser les dictateurs à coups de "Diiiiiiiiiigage !" Celui qui n'a plus peur, celui à qui la rue appartient désormais à jamais ! 

Alors, esprits sclérosés, âmes malveillantes et barbes hirsutes poussiéreuses, changez de discours, changez de politique, ce qui vous serait salutaire.

Si vous comptez asseoir votre dictature, l'Arabie Saoudite vous attend comme ceux qui comme vous, ont sous-estimé la volonté inébranlable de ce peuple de demeurer libre, ne l'oubliez jamais ! 

mardi 1 novembre 2011

يَا وْلَاد بْلَادِي






يَا شَعْب يَا بَاهِي، يَا عَظِيم، يَا متأَلّق.
زَايِد نْكَرَّرلِك قَدَّاش نْحَبّك.
عَلَى كُلّ مادّة تْفَشّخِت فِيهَا خْلِيقْتِي مَكْتُوب إلّي أنَا نْحَبّك.
فِي كُلّ مَركِز صَحَّحت فِيه علَى إلْتِزَام مَنْحوت بسْتِيلُو بِيك إِلِّي أنَا مِنِّك وْلِيك.
تْأَلَّمت وكْتِبْت وْسَانِدت وْخْرَجْت وْنَدَّدت وْبْكِيت كي وْلاد إتّحَاد الطَّلَبَة تْضَرْبُوا وْتْشَدُّوا وكي الحَفْنَاوِي المَغْزَاوِي مَات والرّدَيّف شِعْلِت والفُسفَاط هَزُّوه إمّاليه والشّعب عيَى وهُوَ يِفْرِت فِي الزّبِل يْلوّج عْلَى لُقْمِة عَيْش، عْلَى كَرَامَة دَاسِتْهَا السّاقِّين.
بْكِيت زادة كِي بِيني وبِين رُوحِي حْشِمْت نهَارِة إلّي عَبْد السّلام تريمش حرَق رُوحو فِي المِستير عْلَى خَاطْرُو رَاجِل فِي زْمَان الرّاجِل مَا يْعيشِش بقَدرُو.

مات البُوعزيزي بَعْد مَا كلَى كَفّ، شِعلِت بُوزِيد، تحَرقِت تُونس، تِقلِب العَالِم، طَار الطّاغِيَة.
أَيّامات هْبِلت فيها. الأيّامات إلّي قَتلِي عليهَا الدّڤّازة. سقّايا تِشهِد عَ الجّري، شْفايفي يِشهدُوا عْلى الشّعارات وعْرُوق عينَايّا إلّي خَرجِت وقَلبِي إلًّي فِيه الدّقّة الزّايدة يِشهدوا عْلى ايّامات كُنت قبَل ما نُرقُد نقول: وَلَوْ شَرّدُونا كَمَا شَرّدُونا لَعُدْنَا غُزاةً لِهَذا البَلَد. و نقُوم الصّبَاح نِتْمَنّى ما نروّحش في اللّيل و يهِزّ رَبّي متَاعُو، نمُوت شَهِيد مُوش وَطَنِيّة فَحَسب وإنّمَا زَادة إيمان مِنِّي الّي الشّعب هَذَا يِستحَقّ تضَحّي على جالو بِالغَالي والنَّفيس.
هَذَا كلَام لا فِيه دَمْغْجة لَا شعبَوِيّة، كلَام يِشهِد رَبّي منِين خَارِج ومُوش هَذَا حديثنا.

بَعْد جَاو الإنْتِخَابات والوعود الكاذبة والعلالِش والكَسكروتات وباكووَات الحليب و تْساكِر الجَنّةو پرسيپوليس وكيلووَات اللّحَم والعَربي نَصرَة وكْراهِب اللُّوكاسيُون والصّحَافة إلّي طلَع مَا فِيها حتَّى دوَاء.


زَرّقنَا صوَابِعنَا، طَلعِت النّهضة، فَاجأتنا العَريضة.
وجِمْعَة بَعْد الإنتِخَابات، إلّي هَذَا ولّى حاصِر اللّحية ويُحْكُم بأحكامو ويدخّل ويخرّج لِلجَنّة وتجي مرأة تقَري والّا تَقرى ما تِعجِبهُمش يْقُولولها ديڤاج والنّهضَة تقول لِلعباد ما تْخافُوش عليكُم أمان الله والشّارِع يمَارِس في دِيكتَاتُريّتو بْكُلّ نَزاهة و شَفَافِيّة باسم فَوز النّهضة في الإنتِخَابات.

يَا نَاس. يَا إسْلامَوِيّين (إسْمُو التّيّار الإسلاَمَوِي خَاطِر أحْنا شَعب في الأغْلَبيّة السّاحقة متَاعُو إسلامي ومُسلِم وكي نْقولو نَهضَاوي مَعنِتها إسلامي كايِنَّا نِنعتو في غَير النّهضاوي بالكافر والمُرتدّ وهو ما لا يمتّ للواقع بصِلَة)
يا إخوان يرحَم والديكم ويبَعّد البلاء عليكم راهي بلادنا الكُلّ وراهو عيب كبير وكبيرة من الكَبَائر كان تجي تولي تشتم وتضرب قالوا شنوا تحامي على الدين. 
للدين ربٌ يحميه وكان فما اشكال فهناك طرق قانونية تاخو بيها حقك مش بنية ومشطة.
والمسلم من سلم الناس من لسانه ويده كما قال خير البرية محمدٌ صلى الله عليه وسلم.
إذن يرحم والديكم ويبعد البلاء عليكم راهي تونس للجميع، لا تجعل من بلدي جحيماً، فما ربي في الوجود وكلنا باش نتحاسبو يوم القيامة، لذا ميسالش نخليو ربي يحاسب الفاسق الفاجر وما تحاسبوهش نتوما، على حد علمي ما وكلكم حتى حد بهذه المهمة. 

هذا ميساج تسامح، وميساج تعايش، يا ناس خليو المبدع يبدع، والفنان يتفنن وعباد ربي تعبر وإلي يصلي يصلي وإلي يسكر يسكر. 
راكم بتصرفكم الهمجي باش تدخل البلاد في دوامة متع فوضى وإنفلات تخلينا ندخلو في ديكتاتورية أخطر من فترة بن علي ونتوما ذقتو المر البارح في الأيام وتعرفوا شنوا معنتها القمع ! 
هذا كلامي أقوله وأمضي وذكر فإن الذكرى تنفع المؤمنين.
وفيلامان 

lundi 24 octobre 2011

Ma Tunisie, pourquoi ?



J'ai écrit depuis longtemps ma peine de te voir malmenée, mordre la poussière par les soins d'un dictateur sanguinaire.
J'ai été censuré, j'ai été tabassé, j'ai couru, j'ai crié, les larmes aux yeux, je t'ai souvent pleurée, je t'ai crue perdue, je t'ai vue pendue, je t'ai pensée partie pour de meilleurs lendemains.
Le lendemain arriva un jour, on avait dégagé le despote, la main dans la main, la voix enrouée, le coeur en ruines, les martyrs pas encore enterrés.

En un quart de siècle d'existence, j'ai toujours cru en ce peuple, en sa capacité de renaître de ses cendres, de semer la citoyenneté, la conscience, la dignité, la liberté là où rien ne pouvait pousser et de voir fleurir un jour la démocratie dans ce petit pays d'Afrique du Nord.
Comprenez alors, je vous prie, l'ampleur de ma désillusion.

Au terme de cette mascarade électorale où toutes les règles ont été violées, où le citoyen lambda a été soudoyé, manipulé, mené en bateau. Où les médias nous ont assassiné ! Où le peuple a fait preuve de connerie monumentale, où la tolérance, les valeurs suprêmes ont été diluées dans le régionalisme et la haine réactionnaire d'une société qui à défaut de se trouver dans l'utopie, se cherche encore dans la médiocrité.

Cela fait des jours que je ne dors plus. Mon taux d'adrénaline ne baisse pas. J'ai voté. J'ai regardé les responsables du bureau de vote dans les yeux. Je suis resté un bon moment dans l'isoloir, j'ai regardé le ciel et j'ai voté.
Je vous mentirais si je vous disais que je n'ai pas tremblé, que je n'étais pas pris d'une chair de poule, que je n'ai pas brimé ces larmes de joie d'avoir vécu ce jour où mon peuple a triomphé.

Mais les résultats, voyez-vous, m'ont atterré.
Hechmi Hamdi ? L'homme qui devrait se taire à jamais ? Celui qui retourne sa veste plus vite que son ombre  qui fait un tabac ? Parce qu'il est de Sidi Bouzid ?
Moubadra ? Qui est classé premier au Sahel ? Parce que c'est un parti fasciste ? Parce qu'il est tenu par des sahéliens ?
C'est quoi ce bordel ?
Ennahdha qui joue à guichets fermés ? Le parti des ennemis de la tolérance, du civisme, les tricheurs, les manipulateurs, les vitrioleurs, les extrémistes à peine masqués d'un semblant de sourire modéré !

Le peuple a dit son mot ? Ok !
Ce sont les règles du jeu ? Ok !
Hechmi Hamdi est grandiose ? Ok !
L'Initiative, c'est des militants ? Ok !
Ennahdha est la voie du salut ? Ok !

Amis de longue date, je ne sais où aller... Je ne sais à qui me confier... Je ne sais qui insulter...
Je m'en vais de ce pas m'euthanasier... Peuple de mon coeur, tu m'as tué...
Pourtant, le henné n'a pas eu le temps de s'effacer. C'est triste comme tout, une mariée qui décède le soir de son mariage...

samedi 22 octobre 2011

Ghannouchi et ses disciples (Fable de La Fontaine)





La démagogie, mes enfants, prenez de la peine !
C'est la lucidité du peuple qui manque le moins !

Un riche ex-réfugié politique, sentant sa fin prochaine,
Fit venir ses disciples, leur parla sans témoins,
Gardez-vous leur dit-il, de vous mettre à la page !
Tous les moyens sont bons pour faire du tapage !
Deux mots d'ordre: Populisme et double discours !
Et si vous vous sentez démasqués criez: "Au secours !"

Prostituez les paroles sacrées pour vous emparer du pouvoir !
Le peuple vous suivra, il est un peu trop con pour le voir !

Remuez-vous le cul, dés qu'on aura fait l'octobre !
Traitez d'alcooliques, les hommes les plus sobres !
Profanez les bureaux de vote, ne laissez nulle place !
Trichez, trafiquez, là où la main ne passe et repasse !

Le Ghannouchi parti, mais ont triomphé les méchants !
Par ci, par là, si bien qu'au bout de l'an !
Les barbus malveillants ont cousu une constitution
Limité les libertés, terrorisé et firent même davantage !
D'honneur, point de caché ! Mais le Ghannouchi fut sage,
De leur montrer avant sa fin,
Que J'aRdore était le meilleur parfum ! 

lundi 17 octobre 2011

A3ta9ni !



J'étais de garde hier. Je n'ai pas pu assister à cette manif où mon âme n'a eu aucun scrupule à se rendre me laissant inerte, tremblotant de passion comme au bon vieux temps.

Aujourd'hui, j'ai pu voir les images, encore tout tremblotant à l'idée qu'il y avait encore de l'espoir dans cette lutte acharnée contre l'obscurantisme qui semblait perdue d'avance.

Il faut tout d'abord replacer les choses dans leur contexte. On ne veut pas d'un affrontement, pas de haine, pas de mépris, pas de psychose. On veut juste que cette Tunisie qui a su à travers les âges chérir tous ses enfants en dépit de leurs différences, qui a su garder au fil des siècles la même tolérance, le même visage accueillant, la même chaleur et la même: "Kollkom wlédy" qui a permis qu'on fasse l'exception dans ce monde de brutes où les différences aussi futiles soient-elles ont pu désunir et empêcher des êtres humains de cohabiter harmonieusement.

A3ta9ni est destiné aux violents, aux paternalistes, à ceux qui croient détenir la vérité absolue et devoir y soumettre l'ensemble de la population par la force, à ceux qui osent croire qu'un virage à 180° est possible crachant sur les valeurs d'ouverture et de tolérance sacrées depuis toujours dans ce petit pays d'Afrique du Nord.
On pourrait y rattacher 3anna9ni, une sorte de Free Hugs à la tunisienne, où l'on ira les uns vers les autres, parce qu'il y a tellement à voir dans les spécificités des autres, à y voir une source inépuisable d'expériences, de bonheur au quotidien...

Ceci est mon interprétation personnelle de cette manifestation.
J'ai beaucoup discuté hier, avec des gens de différents milieux. Ce que j'ai remarqué, c'est que les gens s'ignoraient complètement et préféraient se terrer dans la carapace de la haine farouche de l'autre au lieu d'essayer de comprendre les motivations de ce frère de sang, fils légitime de la même mère, de la même patrie.

On est tous les enfants de ce pays. Il est tout à fait légitime de rêver que le futur de notre nation nous englobe tous sans exclure et sans marginaliser.
J'estime que cette manifestation et sa réussite est un pas en avant vers la réconciliation, une main tendue, un pansement pour couvrir les blessures que les manipulateurs tentent de nous infliger en vue de nous occuper des questions essentielles et d'approfondir des clivages, certes déjà dessinés mais loin d'être assez importants pour nous empêcher de nous aimer et de nous unir pour bâtir la Tunisie de demain, celle dont on rêve tous !

On a peut-être des conceptions différentes de cet avenir proche et lointain mais il est évident qu'on cherche tous chacun à sa manière à ce que ce pays devienne un havre de paix.

Je sais que cela fait trop cliché, mais je terminerai sur l'incontournable citation de Saint-Exupéry dans le Petit Prince: "Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m'enrichis..."