Les fidèles du Boukornine

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vendredi 1 avril 2011

Internes tunisiens soulevez-vous !

Je suis interne en médecine triste victime de la sauvagerie de la hiérarchie, pris bien des fois à tort, faut-il le rappeler, pour un esclave.

Exécutant des consignes sans discuter, ne bénéficiant d'aucune formation académique, livré à moi-même, se faisant gueuler dessus pour peu que le bilan ne soit pas "techniqué" à temps ou que le SOGEGAT n'ait pas prévu de faire sortir les familles alors qu'il est déjà l'heure.

Je suis un être humain mené à bout par des résidents sadiques qui se croient tout permis, qui viennent avec leur niveau primitif en langue française raturer le dossier médical que j'avais rédigé soigneusement sous prétexte par exemple que "aurait, ça n'existe pas, jamais entendu parler" me demandant à 4 heures du matin de refaire les dossiers juste pour me faire chier, alors qu'ils ronflent ces merdeux.

Hippocrate, tu m'excuseras. Ces confrères me révoltent. Je me lève contre le despotisme des supérieurs hiérarchiques qui te font baver pendant des mois, qui manifestent un favoritisme flagrant pour la gent féminine, qui ne t'apprennent jamais rien, qui te demanderaient presque de leur ramener deux baguettes au bureau pour déjeuner si ce n'était le peu de lucidité qui leur reste.

J'en ai marre. Parfaitement.
Tu cravaches et pour te récompenser, on te crache dessus au premier passage.
L'ouvrier ne fait pas son boulot et c'est à toi de corriger.
L'infirmier n'a pas envie de se déranger mais heureusement tu es là.
La secrétaire est là mais peu importe c'est toi qui fait le sale boulot.
Tu attends en plus pendant des heures pour récupérer des examens radiologiques, des bilans biologiques ou pour présenter des patients à une radiologue qui ne se préoccupe que de te chercher la moindre fausse excuse pour te refuser un rendez-vous,
Tu peux passer plus de trente heures de suite à bûcher, à courir dans tous les sens pour le bon déroulement de la vie du service et le lendemain tu frôleras la crise diplomatique si tu viens avec un quart d'heure de retard...

L'interne est un bouche-trou. Un aimant à merde, à embrouilles qu'on se plait à gifler parce que la hiérarchie le leur autorise.

Comme si ce n'était pas assez, l'interne, étant au premier plan, se trouve souvent victime d'actes de violence perpétrés par du personnel paramédical ou par des patients et comme d'habitude il n'y a qu'un syndicat (SIRT) paraplégique sourd et muet pour nous défendre. 

Je suis né libre. J'ai vécu libre et sur la "tête de la mère" de tous les SOGEGAT de cette terre je mourrai libre.

SVP, internes de toute part, ne vous sous-estimez jamais, vous êtes le maillon le plus important de la chaîne qui fait qu'un patient sort guéri d'un Centre Hospitalier Universitaire.

J'appelle à la mobilisation générale contre la barbarie de ce système. Notre dignité on ne nous l'offrira jamais, c'est à nous de l'arracher.


jeudi 18 novembre 2010

Ma nouvelle vie de prolétaire...

Après cinq mois de chômage, après avoir rangé le réveil, jeté ma montre et concentré mes efforts à meubler un énorme vide qui venait succéder à des années de dur labeur, je me suis retrouvé à faire les 35 heures tous les deux jours...

Oubliés la notion du temps, toute ébauche de vie sociale et tout semblant d'esprit critique.
C'est en forgeant qu'on devient forgeron mais c'est en ramenant des bilans du laboratoire de biochimie que l'apprenti médecin devient plus médecin que la veille et un peu moins que le lendemain.

Sourire à un nourrisson et l'examiner minutieusement avant que ce dernier dans un ultime signe de gratitude ne daigne émettre ses selles et nous éternuer en pleine figure nous transmettant par la même occasion un superbe cadeau viral qui nous clouera au lit durant nos jours de congé.

Bûcher, passer sa nuit à surveiller, la peur au ventre de voir l'état d'un petit bout de chou se décompenser.
Dormir une heure pour se réveiller avec la gueule de bois dont ne peut avoir raison qu'un sandwich chevelu de la buvette de la Rabta préparé par cette voilée.
D'ailleurs, je me demande jusqu'à cet instant précis d'où peuvent provenir ces cheveux d'une longueur approximative de cinq centimètres si la femme qui prépare les sandwichs est voilée...
Cette question restera probablement une énigme qui ne sera jamais élucidée...

Par ailleurs, il y a la hiérarchie. En un quart de siècle d'existence, je n'ai pas eu connaissance de la vraie portée de ce mot.
Petit, il faudra t'adapter et mettre de coté ta dignité pour survivre à ces deux années d'esclavage. Mais, moi je ne peux pas, j'ai un ego hypertrophié, des tendances anarchistes, des principes révolutionnaires et des idéaux d'égalité, de justice et de fraternité...
Il faudra, tant qu'à faire, enfiler une serpillière en guise de masque pour conférer à mon visage un caractère nettement plus absorbant...

Comme si cela ne suffisait pas à ma peine, après chaque garde, j'apprends la censure d'un site phare.
Au début ce fut le cas pour Vimeo avant que Megavideo n'ait décidé de le rejoindre dans le cimetière 404 du net.

Mais étant devenu une conscience inhibée et un esprit anesthésié, je ne trouve aucun mal à sourire, oublier et m'endormir aussitôt ai-je la tête sur l'oreiller... Plus le temps de s'indigner, juste assez pour récupérer...
Le prolétaire porte le dengri, écoute Zitouna FM et rôte à la fin de chaque repas en remerciant le Tout-Puissant d'être encore en vie...
Ne perdant jamais de son esprit que demain est un autre jour...
Bonsoir les enfants...